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HOMMAGE AU Pr JEAN-PIERRE HELD

Olivier DIZIEN
Paris, SOFMER 2004

Mon cher Jean-Pierre,
Tu n’aimais pas trop que l’on parle de toi. Je vais pourtant le faire à la demande de deux de tes élèves et amis, Michel PERRIGOT et Jacques PÉLISSIER. Je vais continuer à te parler comme cela, à te tutoyer comme tu me l’avais demandé il y a plus de dix ans. Ce fut d’ailleurs plus facile pour toi que pour moi. Mais c’était trop tard.

 Tu nous as quitté le 11 juillet, à Paris après avoir souri à Christiane, ton épouse. Beaucoup d’entre nous étaient en vacances.Ceux qui ont lu le Monde ou le Figaro l’ont su, beaucoup l’apprendront plus tard. C’est vrai que tu étais naturellement discret, tu pouvais même paraître effacé. Tu nous avais un jour avoué que tu étais d’une timidité maladive, mais qui guérissait avec le temps.Ce n’est pas une raison pour ne pas dire en quelques minutes, à ceux qui ne te connaissaient pas ou pas très bien, à nos jeunes collègues, quel fut ton parcours et ce que tu as fait pour notre spécialité. Ta vie personnelle et ta vie professionnelle ont été indissociables. Cela t’était difficile. Pendant des années, médecin à l’hôpital insuffisamment payé, tu as exercé pour vivre, la neurologie et la psychiatrie à ton domicile. Puis tu t’es donné à plein temps pour la spécialité. Dans ces vies à plein temps où tout se mélange, je pense particulièrement à ta famille, à Christiane, à tes trois filles et à ton fils qui sont présents aujourd’hui avec nous. A l’annonce de ta disparition par téléphone, Michel PERRIGOT a eu ces mots, qui auraient pu être les tiens : “Diable ! Quelle catastrophe !” Probablement tu as haussé les épaules : Catastrophe ! Quelle catastrophe ? Profondément croyant et pratiquant, tu nous aurais rappelé que la mort fait partie de la vie. “C’est la vie” aurais-tu dit avec le regard bleu un peu triste.

 Dans ton exercice professionnel, la mort tu l’avais très souvent croisée. C’est quand même une catastrophe, que tu le veuilles ou non. Et Michel a raison. Catastrophe de ne pas avoir eu le temps de te dire combien étaient grandes notre amitié, notre affection et plus simplement notre respect et notre reconnaissance. Combien nous ne savions pas assez ce que la spécialité te doit depuis son origine. En fait on ne dit jamais assez notre amitié ou notre amour. C’est ça la catastrophe ! Tu n’as jamais cherché les honneurs, tu as refusé toutes les décorations qui t’étaient régulièrement proposées, ce que je n’ai jamais compris. Peut être par peur de devoir faire un discours que tu craignais pompeux, ou ne pas savoir te tenir immobile les quelques secondes nécessaires pour accrocher la médaille. C’est vrai que tu ne tenais pas en place. Quand tu étais énervé ou contrarié, tu avais une sorte de trépidation épileptoïde volontaire mais inconsciente de la jambe droite qui faisait trembler toutes les tables. On savait que le patron n’était pas content.

 Tu es né en 1922, à Paris. Le médecin de ta famille était Robert DEBRÉ, le père de Michel, celui de l’hôpital. Pour être avocat comme ton père, tu fais deux ans de droit. Cela t’ennuie. Alors tu fais médecine, comme ta soeur, à Paris. Elle y avait de jolies amies. Nous sommes en 1940. Tu décides un matin de rejoindre DE GAULLE à Londres mais l’armée allemande vient de bloquer le port d’où tu veux t’embarquer. Tu rentres donc à Paris. Dès la deuxième année de médecine, tu réussis le concours de l’externat des hôpitaux de Paris. Tu ne connais personne, et DEBRÉ te recommande à quelques patrons. Drôle d’époque où les patrons circulent en voiture avec chauffeur et où tu déposes tes voeux de bonne année dans une boite chez le concierge de leur hôtel particulier. Tu trouvais ça drôle. Pour échapper au travail obligatoire, tu te caches plusieurs mois chez un gendarme en région parisienne, en priant pour ne pas te faire arrêter alors que tu continues ton travail à l’hôpital. A la fin de la guerre, médecin lieutenant engagé volontaire, tu te portes volontaire pour partir en Indochine. DE LATTRE, que tu rencontres te demande de rester en France où l’on manque de médecins. Ton rêve indochinois disparaît et il te faudra attendre encore cinquante ans pour découvrir le Viêt-Nam. Tu es nommé Interne des Hôpitaux de Paris en 1948 et tu deviens chef de clinique neurologique chez ALAJOUANINE à la Salpetrière, La Mecque de la Neurologie. Ta vie croise une nouvelle fois celle d’André GROSSIORD, dont tu avais été l’interne à Garches. Sur les conseils de Paul CASTAIGNE, successeur d’ALAJOUANINE, tu deviens en 1952, l’assistant de GROSSIORD au Centre national de traitement des séquelles de poliomyélite à Garches. André GROSSIORD, neurologue, médecin des hôpitaux sans poste s’est porté volontaire pour diriger le service de 200 lits ouvert à Garches en 1949.
Bombardé spécialiste de rééducation, il se sent terriblement incompétent et seul. Ses collègues se sont moqués de lui. Il a besoin
de toi. Tu partages son bureau. Tu resteras à ses cotés pendant douze ans, tout en continuant à assurer trois consultations de rééducation par semaine à la Salpêtrière. Avec les polios, ensemble, vous découvrirez les bases de notre spécialité. Vous vous enrichirez des contacts avec les chirurgiens de l’orthopédie naissante, chirurgiens prestigieux comme LE COEUR, JUDET, ROY-CAMILLE, LETOURNEL. Tu es nommé médecin des hôpitaux de Paris en 1962, puis agrégé de Neurologie et Psychiatrie en 1964. Cette année là à la demande de CASTAIGNE, tu crées le service de rééducation de la Salpêtrière par transformation de 35 lits de neurologie : c’est la salle Racine. Tu y côtoies tous les neurologues de cette prestigieuse école qui essaimeront, hors du sanctuaire, à Paris et en province, à partir de 1968. Les relations amicales que tu garderas avec eux seront particulièrement utiles lorsqu’il faudra défendre la spécialité, créer des services et nommer des universitaires. Tu es agrégé de Rééducation en 1969 et professeur sans chaire en 1977. Au départ en retraite d’André GROSSIORD, en 1979, tu lui succèdes à Garches. Tu laisses ton service de la Salpêtrière à ton élève et ami Emmanuel PIERROT-DESSEILIGNY dont tu admires l’intelligence et l’esprit scientifique. Tu lui permettras de poursuivre ses travaux car il est secondé par Michel PERRIGOT que tu avais accueilli et formé, comme interne puis comme chef. Tu garderas pour eux deux une très grande affection. C’est Michel qui sera le premier informé de ta mort. De retour à Garches, tu n’as cessé de moderniser ton immense service de presque 180 lits. Tu réorganises, tu regroupes les bureaux médicaux, les plateaux techniques que tu fais reconstruire. Tu fais même réaliser un audit de qualité ce qui est révolutionnaire à l’époque. Te souviens-tu que le responsable de l’audit fut Francois LELORD, psychiatre et actuellement auteur de livres à succès : La solitude de l’esquimau au bar du Ritz : l’Eloge de la solitude, et plus récemment : Le voyage d’Hector ou la recherche du bonheur ? Deux livres qui t’allaient bien : la solitude du chef, dans la prise de décision, ce qui te vaudra des incompréhensions voire d’inimitiés qui te peineront, la recherche du bonheur qui te semblait difficile à atteindre au contact du malheur de tes patients.

C’est à Garches, que beaucoup d’entre nous découvrons ton humanité, ton extraordinaire sens clinique, ta puissance de travail, ta force et ta façon d’appréhender notre spécialité. Tes visites sont longues, elles se poursuivent même l’après-midi, c’est normal puisque tu ne déjeunes pas à midi. Tu travailles même le samedi matin. Tu reçois tes interlocuteurs à 7 heures du matin. Ils somnolent dans le couloir en attendant que tu les accueilles chaleureusement. A 13 heures, tu manges parfois, mais juste une pomme de ton jardin, tout en téléphonant. Puis tu repars pour d’autres activités. Le soir tu quittes le service, toujours à la même heure vers 18 heures 30. Tes élèves sont un peu étonnés, parfois fatigués. On n’ose rien dire, d’autant que tu connais les 180 patients hospitalisés, leur pathologie, leur vie, leurs familles, mais aussi celles des infirmières, aides-soignants, agents, cadres,rééducateurs, psychologues, assistantessociales, institutrices et j’en oublie. C’est vrai que tu as souvent connu leurs parents lors de ton premier séjour, 25 ans auparavant. Tu consultes deux fois par semaine du matin jusqu’à 20 heures le soir. A ta consultation, on rencontre de tout, des princes, des pauvres, des artistes, de grands médecins. Il y a même quelques habitués qui viennent régulièrement pour que tu leur donnes un peu d’argent.

A coté de tes activités hospitalières, tu organises les enseignements du CES puis du DES dont tu es le coordonnateur parisien. Tu continues à téléphoner tard le soir à tes amis de la spécialité, pour préparer les rencontres avec les ministres, leurs conseillers, les politiques, les doyens, les présidents de CME. Tu notes tout, sur des carnets, des feuilles volantes. Tu ne perds rien. Ton bureau immense, hérité de ton ancien patron, supporte un effroyable foutoir de piles de dossiers. Pourtant tu sais précisément où trouver chaque document, chaque courrier. Tu as refusé que l’on repeigne ton bureau qui garde les couleurs jaunes verdâtre de l’assistance publique Tu n’as jamais voulu que l’on pose de la moquette sur les carreaux multicolores. Est-ce ta rigueur protestante ? Probablement oui en partie, tu penses que l’argent serait mieux dépensé ailleurs. Ah oui, dans ton bureau, il y avait toujours un mégot de Craven A qui se consumait dans un cendrier plein. Tu n’as jamais bien su éteindre les mégots. Alors tu vidais le cendrier fumant dans la corbeille en plastique et là ça brûlait pour de vrai. Tu consommais et consumais les corbeilles de l’AP et puis tu as cessé de fumer. Sans que l’on en soit vraiment bien conscient, tu t’es battu chaque instant pour la spécialité. Et tu n’arrêteras que plusieurs années après ta retraite. Mais ton combat est ancien. Cela vaut la peine d’en rappeler quelques épisodes puisqu’ils ont construit notre spécialité. A la fin des années 1950, le ministre de l’Education Nationale n’est pas favorable à la création d’un CES de médecine Physique demandé par la Société Nationale Française de Médecine Physique (crée en 1952). Avec André GROSSIORD, tu organises un enseignement officieux et un peu secret de la spécialité, qui a lieu dans le laboratoire d’hygiène de la faculté de médecine de Paris. Tu prends la responsabilité de cet enseignement illégal. Cet enseignement se poursuivra jusqu’en 1965, date du décret de création du CES de RRF. A cette date, la spécialité est enfin reconnue officiellement. Tu garderas de ce combat de solides amitiés complices : MAIGNE, DE SÈZE, FÉVRE, BORIS
DOLTO à Paris, DELCOUX et WAGHEMAKER à Lille, ISCH à Strasbourg, PIERQUIN à Nancy, LEROY à Rennes, RIEUNAU et LESCURE à Toulouse, BOURRET à Lyon, SALMON à Marseille, SERRE et SIMON à Montpellier, ARNÉ
à Bordeaux. Tu garderas aussi un attachement particulier et de fortes amitiés pour leurs élèves, devenus les patrons de la spécialité : BARDOT, BARAT, MAZAUX, MINAIRE, EYSSETTE, ANDRÉ… En 1983, surprise pour toi qui avais fêté au
champagne mai 1981 dans le service. Notre spécialité est menacée de disparition. Les conseillers para-médicaux du ministre, certains représentants d’autres grandes spécialités et même certains d’entre nous ne voient pas l’intérêt de son existence. Le DES
risque de devenir DESC. Le 23 mars 1983, tu manifestes dans la rue devant le ministère de la santé, avec l’ANMCR qui deviendra l’ANMSR, avec les grandes associations de personnes handicapées et avec beaucoup d’entre nous. Vous avez fait descendre les fauteuils roulants dans la rue. Beaucoup vous en voudront. Il faisait beau, les CRS ne chargeront pas. Avec quelques-uns, RABOURDIN et CASSAGNE, tu y es reçu pour négocier. Vous obtiendrez finalement gain de cause. La Rééducation et Réadaptation fonctionnelle deviendra officiellement un DES en juillet 1984, c’était il y a 20 ans. La spécialité obtient une sous section autonome au sein du conseil supérieur des universités. Il y a alors 25 Professeurs. Nous sommes aujourd’hui 50 PU-PH. Peu après, dans le service, tu abandonnes ta cravate, tu acceptes le tee-shirt et le torse nu sous la blouse. Toi qui ne déjeunais pas à midi, tu acceptes nos invitations à la pizzeria, à coté de l’hôpital, bien que tu n’aimes pas les pizzas. Tu t’amuses du poisson accroché à ta blouse par Alain YELNIK pour une visite patronale un 1er avril. Tu acceptes qu’on interrompe ton examen clinique pour te demander ce que tu cherches et comment tu fais. Tu prends nos mains, peut être plus celles des filles, comme Isabelle LAFFONT, pour les poser sur ce que l’on doit palper, sur telle rétraction, tel relief osseux ou musculaire. De plus en plus d’internes et d’externes assistent à tes consultations. A te voir examiner et réfléchir, conclure et respecter le patient, beaucoup choisiront la spécialité.

Ainsi, tu as formé beaucoup parmi les parisiens, et beaucoup de PU-PH des autres villes, à la Salpêtrière (Jacques PELISSIER, Pierre DUDOGNON) ou à Garches (François LEROY, André THÉVENON, Pierre Alain JOSEPH, Olivier REMY-NÉRIS), pardon à ceux que j’oublie.  La plupart des spécialistes du service de Santé des Armées sont passés à Garches. Tu étais très fier d’être la personnalité civile des concours militaires de la spécialité. Si le Service de Santé des Armées, nomme prochainement un agrégé en MPR, c’est probablement un peu aussi grâce à toi et au respect mutuel que vous aviez avec Patrick HUGEUX, aujourd’hui médecin Général et patron de la spécialité aux Invalides A l’époque où l’hôpital se modernisait progressivement, nous t’avions offert un magnétophone portable pour que tu puisses dicter tes visites et tes consultations. Invariablement, tu appuyais sur la touche off pour le faire marcher. Lorsque nous l’avions bloqué sur ON, tu dictais dans le hautparleur. C’était terrible pour ta secrétaire qui n’entendait que le ronronnement du moteur et en bruit de fond, ta voix de basse qui demandait si ça marchait toujours.

En congrès, nous nous réjouissions de tes interventions. Tu disais ne plus avoir le trac, mais tu avais tout préparé et tout écrit avant. Le problème c’est que tu perdais les papiers, au fond de ta poche. Les troubles sensitifs sévères de tes mains et de tes doigts dus à un canal cervical étroit t’empêchaient de les retrouver à l’aveugle. Alors tu parlais sans papier. Le micro ne marchait pas car tu l’avais éteint par mégarde. C’est vrai que tu touchais à tout. Tu étais aussi le seul à pouvoir, sans gêne évidente, parler dans la flèche laser pensant que c’était le micro. Le faisceau lumineux te transperçait la narine,la joue et l’oreille, et le son n’était pas bon. En fait, tu préférais parler sans rien, un peu en confidence, en homme d’expérience, qui n’était pas toujours pratique.


Ah les congrès ! Depuis le début, tu étais un grand fidèle de Montpellier. Très attaché à Lucien SIMON, à Jacques PÉLISSIER et à Christian HÉRISSON, tu n’en ratais pas un seul. Assis au premier rang, du début à la fin, jamais en retard. Nous guettions discrètement la chute de ta tête, facilement reconnaissable à tes cheveux blancs, signe d’une discrète fatigue. Rien, ou pas grandchose. Tu écoutais et tu retenais. Tu aimais les bonnes choses et tu te réjouissais à l’avance de l’invitation à la soirée de gala
dans les superbes restaurants de cette ville. Nous en reparlions longtemps après. Tu aimais cette ville et l’ambiance amicale des entretiens. Les congrès de la SOFMER étaient plus protocolaires, moins fréquents et tu y emmenais volontiers ton épouse.


En 1989, tu pars en retraite. Tu ne t’y étais pas préparé. Ce fût difficile d’abandonner ton service, puis ton bureau. Tu resteras
alors médecin consultant aussi longtemps que possible. Tu deviens l’un des conseillers de Michel GILLIBERT, secrétaire d’état aux handicapés et aux accidentés de la vie nommé par François MITTERAND qui te fascinait (raisonnablement). Cela te prend
beaucoup de temps. Mais ce poste te permet de faire avancer beaucoup de dossiers de création de services et de postes universitaires. Tu utiliseras pleinement ta position de conseiller, essentielle alors au renforcement et à l’essor de notre spécialité. Les nombreuses jeunes et jolies collaboratrices du secrétariat d’état sont toutes amoureuses de toi, mais comme un père, me préciseras-tu plus tard. Tu organises de nombreuses missions en Roumanie, qui sort de la dictature, et en Russie. Tu mets en place des coopérations pour la prise en charge des personnes handicapées. Tu organises la formation d’une soixantaine de médecins et paramédicaux roumains à Nancy, Bordeaux, Paris et à l’Hôpital Instruction des Armées Percy. Les fidèles sont à tes
cotés : ANDRÉ, BARAT, MAZAUX, EYSSETTE, HUGUEUX, HEULEU. Tu quittes le secrétariat d’état, peu de temps avant le départ de GILLIBERT. Tu ne seras jamais inquiété de ce que la cours de justice de la république lui reprochera des années plus tard. Tu voyages et tu enseignes en Syrie, au Koweït, au Liban. 50 ans après t’être porté volontaire pour l’Indochine, tu découvres enfin le Viêt-Nam. Tu feras deux séjours de plusieurs semaines d’enseignement, de consultations à Hanoi. Tu rentres fatigué mais bouleversé par la baie d’Along et par ce pays de tes rêves que tu n’as connu que sous une fine pluie permanente.


Un jour, tu décides de ré écrire le traité de “Médecine de rééducation” paru en 1981, que tu avais coordonné avec André
GROSSIORD. Ton vieux livre est raturé et annoté de toutes parts, tu l’as comparé aux ouvrages anglo-saxons. Il y manque la
polio, l’appareillage y est insuffisamment traité, il y a trop d’auteurs chirurgiens. Tu t’y investis complètement et nous mettrons
4 ans pour le coordonner. Il parait en 1998 sous le titre “Traité de Médecine Physique et de Réadaptation”. Beaucoup y ont
participé. Pierre MINAIRE que tu appréciais particulièrement avait dû abandonner. Il y eut des moments très difficiles, mais tu
savais pouvoir compter sur l’efficacité et la fidélité de tes amis, en particulier celle de Jean-Marie ANDRÉ et de Jean-Pierre DIDIER

Tu as aidé personnellement, directement ou indirectement beaucoup d’entre nous. Tu restais très discret. Je pense particulièrement à tes interventions pour Lille, Caen, Reims, Marseille, ville de ton ami très cher André Bardot qui te succéda comme président du collège des enseignants universitaires. A Paris, tu entretenais d’excellentes relations avec le Directeur des Affaires Médicales, personnage tout puissant. Tu crées un service de 53 lits à Broussais, un service à Fernand Widal-Lariboisière que tu confieras à Alain YELNIK. Tu transformes en service de MPR les 200 lits de l’hôpital Maritime de Berck en les confiant à l’un de tes élèves. Cette structure vient d’être rattachée à ton ancien service de Garches. Pendant plus de dix ans tu t’es battu pour que l’hôpital européen Georges Pompidou soit doté d’un service de MPR. Mais les lobbies politiciens l’ont emporté et tu as été meurtri de perdre ce combat. L’hôpital dit le plus moderne d’Europe a un service de rééducation dirigé par un cadre kinésithérapeute. Tu n’as pas su que, grâce à Michel REVEL, un médecin MPR y a maintenant quelques vacations. Tu vois rien n’est perdu. Tu en as fait des choses.

Je ne voudrais pas oublier de rappeler ton combat à la direction des hôpitaux pour que la MPR soit dans le champ du MCO, ou ait une place à part dans les SSR. Les derniers SROS qui sortent actuellement ont les mêmes réflexions. Tu as été Président, cofondateur de la Fondation Garches, membre du conseil scientifique de l’APF, du conseil médical technique de la Fondation Santé des Etudiants de France, des conseils d’administration de grands centres de rééducation (La fondation Renaître avec les
centres de La Chataigneraie de Jean Noël HEULEU, de Coubert de ton ami Marc MAURY, de Sainte Marie, qui ouvre dans un an à Paris 90 lits de MPR avec un de tes élèves à sa tête, Fabrice PFEFER…). Tu as été aussi médecin de la Comédie Française et de la salle Pleyel et nous en avons beaucoup profité. Tu t’intéressais aux religions, à la littérature, à la musique, à la peinture, au
cinéma, au jardinage, à nos vies et à nos familles. Tu pouvais en parler des heures durant, nous encourageant à sortir de nos
préoccupations médicales.

Je pense à ta famille que tu aimais. Et à qui tu n’as pas toujours eu le temps ou la manière de le lui dire. Mais tu en parlais si bien. Nous savons maintenant un peu mieux combien tu as donné de ton temps, de ta force, de ton charisme et ce que tu nous laisses en héritage. J’aimerais que ta famille le sache. L’un des derniers moments de satisfaction professionnelle, c’est Michel PERRIGOT qui te l’a donné en t’annonçant par téléphone la nomination certaine d’Alain YELNIK. Avec un sourire malicieux, tu m’avais fait part de ta satisfaction. Et tu m’avais rappelé que dix ans auparavant, tous les trois, dans le couloir qui te servait de bureau, nous avions bu le champagne en vue de sa nomination prochaine. Après l’annonce de Michel, tu étais content. “Ça a été quand même un peu long”, avais-tu ajouté. Ton regard bleu était parti ailleurs, loin,comme de plus en plus souvent.


Peut être pensais-tu à nous tous.
Au revoir Jean Pierre.