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N° 65 - 4ème trimestre 2002 |
La réinsertion, mythe ou réalité
Dr Monique VIGUIER
PREFACE
LAFRHA
(Association pour la Formation et la Réinsertion des Handicapés Adultes) est née il y a
10 ans, dun constat déchec de lexpérience
de médecine physique et de réadaptation, et des accidents de la vie (accidents de
voitures, de travail, et accidents domestiques).
Force
était de constater au fil des années de pratique, que la survenue dun
polytrau-matisme grave responsable de plusieurs mois dhôpital et dune rupture
prolongée avec le milieu du travail, suivi des délais nécessaires à la consolidation
et au classement COTOREP engluent le blessé dans un statut de malade dont il a du mal à
sextraire. Les échéances incontournables dues à la pathologie initiale, les
délais nécessaires avant dobtenir un classement COTOREP, la nécessité dune
reprise dun cursus de formation et, après le deuil de la vie antérieure, le deuil
de la profession antérieure, aboutissaient à une difficulté à accumuler, après le
deuil de sa vie antérieure, le deuil de sa vie professionnelle. Etait aussi sélectionné
de façon presque automatique le recours à lallocation adulte dhandicapé ou
le recours à la rente dinvalidité qui paraissaient la seule solution viable.
Le pari
qua tenté lAFRHA était de raccourcir les délais. Raccourcir les délais de
la réinsertion professionnelle dune part et surtout de ne pas laisser sinstaller
lhomme blessé dans un Nomanland
entre le statut du patient hospitalisé et le retour à une vie normale
idéaliste, fantasmée, se présentant comme un parcours dobstacles impraticable. La
volonté de lAFRHA était de rythmer à nouveau le temps et de réintroduire les
échéances.
La
démarche de lAFRHA a donc été de tester les procédures permettant, dès le
début de lhospitalisation et dès que lhorizon dun handicap
séquellaire pouvait commencer à être raisonnablement cerné, de mettre en place un
bilan psycho-technique, une mise à niveau et une pré-orientation professionnelle ou un
encadrement du retour à lemploi, précédé dune analyse de lentreprise
et du poste antérieur.
Le pari
fait par lassociation était dessayer de gagner du temps sur le temps dune
part, puisque entre le jour de laccident et le moment où une réinsertion effective
pouvait sinstaller, il nétait pas rare de voir des délais de 3 à 5 ans
avant que lon puisse envisager raisonnablement une réinsertion profession-nelle.
Dans ces
conditions de course dobstacles, il nétait pas rare de voir les handicapés
renoncer presque à lavance, voire se décourager devant les dossiers successifs à
construire.
La
mission de lassociation a donc été de permettre la mise en place très rapide de
la procédure de deuil par rapport à la vie antérieure et par rapport à un espoir de
récupération ad-intégrum en permettant, grâce à une prise de conscience
rapide du malade blessé, des séquelles possibles et de leurs prévisibles conséquences,
une construction de laprès-accident.
Lobjectif
étant de ne pas laisser sengluer le blessé dans un quand je serai guéri
illusoire et fantasmatique. La prise en compte dun handicap définitif dès le
début de la prise en charge et dune nécessaire prise en main, par le blessé lui
même de son avenir visait à lui permettre dêtre acteur de son propre destin et
non plus passager passif de décisions et de dossiers vécus comme un labyrinthe
inextricable. Lentreprise également a été sollicitée afin dêtre
également actrice dans la réinsertion, sollicitée dès que le handicap définitif
pouvait être évalué et sollicitée afin de faire des propositions concrètes daménagement
de postes ou de modifications de postes de travail.
Les
difficultés concrètes rencontrées par cette approche sont nombreuses :
La
première, dont il ne faut pas sous-estimer limportance parce quelle est
souvent au cur des difficultés que nous rencontrons lors dune réinsertion
active, dynamique et précoce, est celle du temps de deuil incontournable par rapport à
une volonté ou un espoir de récupération ad-intégrum et un espoir toujours vivace de
retourner à une vie antérieure.
Sil
est important de poser précocement un diagnostic de handicap séquellaire et les bornes
de la récupération espérée afin de permettre à la personne handicapée de se
reconstruire sur des bases concrètes et non pas sur des bases fantasmatiques, il est par
ailleurs non moins logique de voir le malade saccrocher le plus longtemps quil
le peut à cet espoir de comme si de rien ne sétait passé. Ce passage
est un passage difficile quil ne faut pas sous-estimer, dont il ne faut sous-estimer
non plus ni lampleur, ni les urgences, ni ce que ce deuil peut entraîner comme
paralysie à laction dans une procédure de réinsertion.
La
deuxième difficulté nest pas la moindre. Cest celle de la pénalisation par
le fonctionnement actuel médico-social du patient qui tente de reprendre son travail
précocement.
La
troisième problématique est celle que la volonté de réinsertion des acteurs
professionnels impliqués dans laction ne doit pas se substituer à une volonté de
réinsertion du malade.
En effet,
si les acteurs de la réinsertion ont pour profession de réinsérer les malades, il ne sagit
pas de leur vie, il ne sagit pas de leur histoire et lempathie et la volonté
daction ne doivent pas se substituer au désir et au projet du patient.
Enfin, il
ne faut pas non plus se tromper de désir lorsque lon sadresse à un domaine
aussi complexe que le handicap, les séquelles, et aux conséquences dun accident
grave. En effet si les patients souhaitent retrouver une place dans la société, la
gravité de laccident modifie durablement la donne de leur propre vie et leur
rapport au monde. Certains ont perdu des proches
dans laccident, dautres ont passé de nombreux mois à lhôpital et subi
plusieurs interventions douloureuses. On conçoit que dans ce cas de figure, le rapport à
la vie, au travail, à lambition professionnelle, puissent être durablement et
profondément modifiés. On comprend donc que dans ces cas lemployé qui reviendra
au travail sera quelquun au psychisme parfois très éloigné de celui qui en était
parti 18 mois ou 2 ans avant, ce que parfois lemployeur a du mal à comprendre et à
intégrer ainsi que les collègues de travail.
Par
ailleurs, la rupture narcissique est tellement importante que la personne ne sait plus où
se positionner et où sont ses cadres de références.
Ailleurs
encore ce qui prévaut, cest la volonté de désir de réparation due par la
société toute entière ou lentreprise considérée à tort ou à raison comme
responsable des souffrances subies. Dans ces conditions la volonté de vengeance
symbolique prend le pas sur la volonté de réinsertion et la difficulté majeure est de
repositionner le patient, non plus par rapport à une revendication de réparation, mais
dans un désir de reconstruction personnelle.
Ce sont
tous les écueils que doivent affronter les acteurs dune réinsertion précoce au
fil du temps et dune personnalité à reconstruire.
Médecin Inspecteur de Santé
Publique
D.D.A.S.S. Charente
Angoulême (16)