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N° 65 - 4ème trimestre 2002 |
Le point de vue du médecin du
travail sur lenquête Handicap Incapacité Dépendance :
le rendez-vous raté
Dr François ROSSIGNOL
Les
premiers résultats ont été présentés les 3 et 4 octobre 2002, car, jusquà
présent, limage que lon se faisait de la situation de la personne handicapée
était :
extra-ordinaire : lidée de ses besoins était déduite de celle des besoins des personnes en institution. On se basait sur luniversalité des images (donc des besoins) des personnes handicapées dans le monde clos des institutions. Or, celles-ci représentent à peine le quart de lensemble des personnes handicapées.
parcellaire : dans la mesure où les personnes handicapées étaient sectorisées selon un seul type de déficience (les handicapés visuels, mentaux, etc ), or, P. Morniche (INSEE) insiste bien sur la notion que linsertion demande que lon considère que le « handicap se conjugue au pluriel ».
extérieure : les besoins de la personne étaient jusqualors déterminés par les aidants. En tout cas ni par la personne elle-même ni par lentourage vital ultérieur.
Pendant 4
années, 50 000 entretiens ont été nécessaires pour avoir une vision
plus précise des phénomènes de dépendance. Une enquête de filtrage avait été
entreprise sur un échantillon représentatif de 360 000 personnes constitué à partir de
létude intitulée « Vie Quotidienne et Santé » (VQS).
Lenquête
HID seffectue par auto questionnaire et auprès de personnes à domicile. Elle sintéresse
plus, aux conséquences et à la vie sociale des individus quà la cause de leur
handicap. Il sagit donc dune enquête plus sociologique, que clinique ou
économique.
En mai
1998, le Ministre français des affaires sociales avait adopté la classification
Internationale du Handicap (CIH). Doù limportance davoir une vision qui
tienne compte de cette nouvelle classification. Elle recommandait de mesurer le handicap
selon 3 axes :
- déficitaire = atteinte lésionnelle,
- incapacité = atteinte fonctionnelle,
- désavantage = expression situationnelle,
Jusquà
présent, laxe déficitaire avait été privilégié. Cette fois les incapacités
ont été volontairement placées au centre de lenquête. Le désavantage demandait,
pour être apprécié, une étude comparative avec une population référencée doù
la taille de léchantillon étudié (VQS).
Dénombrement
Daprès
cette étude on peut arriver à la conclusion que plus dune personne sur 4 (26,5%)
déclare avoir au moins une limitation dans ses activités habituelles. Mais cette étude
ébranle surtout les schémas monolithiques du handicap. La population concernée
présente une variété dincapacités qui nécessitent donc une multiplicité dans
la réponse aux questions que nous pose lintégration.
Groupe 1
: incapacités mineures
(exemple : difficulté de voir de près)
5 300 000 personnes.
Groupe 2
: personnes âgées dépendantes
2 300 000 personnes.
Groupe 3
: le noyau dur du handicap
1 200 000 personnes qui représentent 2,5% des actifs.
Groupe 4
:
1 200 000 personnes sont des gens qui ont souvent un handicap résultant dun AT
Groupe 5
:
800 000 personnes qui sont des gens qui présentent une gêne diffuse, mal étiquetées à type de douleur ou dangoisse.
Groupe 6
:
650 000 personnes qui présentent un déficit intellectuel.
Groupe 7
:
350 000 personnes subissent les conséquences fonctionnelles dune maladie limitante (artériopathie par exemple).
Mais
cette étude permet de dépasser le simple dénombrement
Elle nous
apprend que :
2/3 des travailleurs handicapés sont dans le privé,
simplement 100 000 personnes environ sont en secteur protégé,
on dénombre 550 000 personnes en activité.
NB :
Rappelons que le décompte fait par les entreprises au moment de la déclaration
obligatoire se fait en unité handicapée, alors que létude comptabilise des
personnes. Or, un travailleur handicapé peut être comptabilisé jusquà 5,5
unités par lentreprise.
Typologie
:
LINSEE
sest également penché sur certains critères que caractérisent le
déficient
48 % ont une reconnaissance COTOREP,
25 % ont une IPP > 10 % uniquement,
17 % sont des invalides pensionnés,
6 % ont une reconnaissance autre que la COTOREP,
2 % sont invalides de guerre.
Mais
cette enquête révèle aussi que 24 % de cette population déficiente est au
chômage.
La
prévalence des incapacités est fortement liée aux inégalités sociales : la proportion
de personnes déclarant une déficience est 1,6 fois plus importante chez les ouvriers que
chez les cadres. A lorigine déjà la proportion denfants déficients est plus
importante en milieu ouvrier que chez les cadres.
Et les
réponses à ces déficiences sont différentes ; ainsi près de 75 % des pensionnaires détablissement
pour handicapés appartiennent à la catégorie des exécutants. De même, les professions
dites intellectuelles font appel
dans près de 50 % des cas à des aides professionnelles à domicile. Dans lenquête
HID sont compta-bilisés comme chômeurs toutes personnes désirant travailler quelles
aient fait une démarche durant les 3 derniers mois ou non.
Les
limites
On ne
peut que se réjouir que ladministration (INSEE, INSERM, Ministère des Finances,
) ait une vision plus juste de la personne handicapée, en suivant la classification
internationale de Wood.
Mais :
a La majorité des données proviennent de réponses à un auto-questionnaire. Or, quand on sait la part de subjectivité pour apprécier la situation de handicap, on peut se poser la question.
b Aujourdhui il sagit dun reflet instantané incomplet de la situation handi-capante, par contre on ne prend pas en compte les résultats des réponses qui ont été apportées aux questions que posent linsertion. Jamais on ne voit de par cette analyse, létude de la trajectoire de la personne handicapée, ni même dailleurs sur la validité des orientations qui ont été prises.
c Les variables retenues pour juger du handicap sont essentiellement individuelles (âge, sexe, classe sociale ). Par contre les déterminants collectifs de lintégration, tels que secteur dactivité, type de métier, ne sont pas pris en compte. De même que ninterviennent pas suffisamment les caractéristiques de lenvironnement et du milieu social.
d Lenquête fait fi de la variabilité dans le temps et dans lesprit du déficit, or, on sait que selon lenvironnement, le déficit varie énormément.
Conclusion
Sil
est judicieux davoir une vue plus précise de la personne handicapée, il ne
faudrait pas oublier la part collective du phénomène. Cest à notre sens une
analyse fine réalisée par des thérapeutes, pour des thérapeutes, mais le médecin du
travail dans son avis doit aussi prendre en compte les situations, ainsi que leur
inter-relation, avec les capacités des individus, or lenquête HID est fondée sur
lanalyse de la personne. Quotidiennement, il nous revient que si le déficit
handicapant est individuel (et en tant que médecins du travail nous navons aucune
influence sur lui), lintégration du handicap est collective.
Mission
Handicap et Travail
Service
Central dAppui en Santé au Travail dEDF et Gaz de France