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SSOCIATION NATIONALE DES MEDECINS SPECIALISTES DE REEDUCATION
MEDECINE PHYSIQUE ET DE READAPTATION
REEDUCATION - READAPTATION - REINSERTION

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N° 65 - 4ème trimestre 2002
Quelle réinsertion ?
Place de la M.P.R.

Acte de bilan et plan de soins en Médecine Physique et de Réadaptation  : (Acte bilan/MPR)

 

Dr Bertrand MORINEAUX, (1)
Dr Xavier ETCHECOPAR,

Dr Georges de KORVIN,
Dr Bertrand ROUSSEAU

 

“…Recourir à des stratégies permettant d’éviter ou de retarder l’apparition des problèmes de santé constitue une obligation aussi bien en termes éthiques qu’en termes d’efficacité. Dans cette perspective, il faut sortir de la segmentation entre prévention et soins qui génère des oppositions et une dualité artificielles. Il existe en fait un continuum le long duquel chaque professionnel de santé évolue en fonction de la nature de  ses interventions. L’évitabilité représente le fil conducteur des actions à mener dans la perspective de ce continuum : agir sur les déterminants pour éviter la maladie, éviter l’absence ou le retard de prise en charge, éviter l’aggravation ou les séquelles, éviter au maximum le retentissement sur la vie des personnes concernées. Une telle approche se situe clairement dans le cadre d’une démarche qualité qui concerne l’ensemble des champs d’action en faveur de la santé et ne se limite pas aux seuls soins.”

(Rapport du Haut Comité National de la Santé, La santé en France en 2002, p378.).

  

Introduction

 

L’exercice médical comporte des actes de consultations, des actes techniques et des actes-bilans. Ces derniers sont particuliè-rement adaptés au concept de médecine globale que nécessite la prise en charge des personnes handicapées dans la perspective “d’agir sur les déterminants pour éviter l’absence ou le retard de prise en charge, éviter l’aggravation ou les séquelles, éviter au maximum le retentissement sur la vie des personnes concernées”. Mais ils ne sont actuellement ni reconnus ni valorisés.

 

Les médecins spécialistes en médecine physique et de réadaptation souhaitent, par la reconnaissance d’un acte-bilan/MPR :

        favoriser un recentrage de l’activité des spécialistes en médecine physique et de réadaptation qui, en raison de l’absence de nomenclature adaptée, sont contraints de s’orienter vers des actes techniques ou d’expertise.

        répondre aux besoins de prise en charge du handicap en exercice de ville.

        permettre le développement de program-mes de soins coordonnés qui doivent pouvoir s’appuyer sur des actes d’évaluation et des programmes de soins formalisés, indispensables pour fonder une stratégie rationnelle sur des données objectives et reproductibles.

 

 

Historique

 

La médecine physique et de réadaptation est une spécialité qui a été créée pour combler un besoin urgent dans les années 60 : répondre de façon optimum au flux de handicapés suite à l’épidémie de poliomyélite. Dès cette époque, le handicap moteur devient une préoccupation majeure devant l’afflux de déficiences multiples nécessitant pour les pays occidentaux d’avoir une politique de réinsertion des patients.

 

Face aux besoins sans cesse grandissants, la spécialité de MPR se développe de façon importante dans le courant des années 70/80. Ce développement se concrétise à travers son activité de « bilans » et son rôle de prise en charge tant médicale que sociale. Ce développement se fait malgré l’absence de nomenclature et par des assimilations mal adaptées (cotation des bilans neuromus-culaires et ostéoarticulaires) en référence au titre XIV des actes de rééducation et de réadaptation de la NGAP (Nomenclature Générale des Actes Professionnels).

 

En vue de la nécessaire adaptation de la nomenclature, dès la fin des années 80 le rapport du Professeur PIERA (19 juillet 1989) jette les bases d’une révision du titre XIV de la NGAP. En décembre 1995 le rapport du Professeur LACERT attire une nouvelle fois l’attention sur l’obsolescence de la NGAP face aux évolutions des procédures de prise en charge en rééducation et propose des adaptations. Ces deux rapports resteront sans suite.

 

Aujourd’hui, quelles sont les possibilités de cotation d’un acte/bilan de MPR ?

      Le titre XIV a été modifié dans le sens d’une “nomenclature des actes de masso-kinésithérapie”, conduisant une nouvelle fois à des adaptations dans l’urgence pour les spécialistes MPR et ne tenant aucun compte des remarques antérieures.

      Les actes techniques de MPR ont été décrits dans la CCAM (Classification Commune des Actes Médicaux), mais il ne s’agit que des actes techniques. Notons que la CCAM n’est toujours pas en application et que la possibilité de son utilisation, initialement prévue pour l’année 2000, est sans cesse repoussée.

      La consultation des médecins spécialistes n’a connu aucune revalorisation depuis 7 ans et ne donne aucune possibilité pour la rémunération d’actes complexes.

 

L'originalité dans la démarche diagnostique du médecin MPR consiste à aller au-delà de l'incapacité elle-même pour déterminer :

      une évaluation quantitative de la perte fonctionnelle et de la capacité restante,

      un pronostic évolutif permettant une action cohérente dans la durée (prévention, surveillance, traitement programmé),

      une évaluation qualitative de l'environnement du patient et du poids respectif de chacun des éléments de la perte fonctionnelle médicale, sociale, familiale, afin de les hiérarchiser en vue d'établir un plan de soins personnalisé en coordination avec l’ensemble des professionnels de santé et travailleurs sociaux (cf. procédure P3I – Pr. Y.L. BOULANGER – Québec).

 

Les concepts qui sous-tendent cette démarche sont les fondements de l’activité des médecins spécialistes en Mpr. L’absence actuelle de nomenclature adaptée ne permet pas la reconnaissance de cette activité en secteur institutionnel sous régime de  dotation globale et conduit à des dérives d’activités et de pratiques en secteur libéral.

 

L’acte/bilan en MPR

 

PRINCIPES

L’acte-bilan s’applique à une série de situations telles que : l’évaluation de la douleur, de la spasticité, de l’incontinence, de troubles de l’équilibre et de la locomotion, des déformations du rachis (cyphoses et scoliose), des amputés, des déficiences neuro-orthopédiques, des troubles cognitifs, de la main traumatique, etc.

 

Ces actes ont en commun :

      Le temps long passé à l’interrogatoire et à l’examen clinique,

      Un temps supplémentaire pour l’analyse des déficiences et incapacités avec évaluation des capacités résiduelles et des facteurs pronostiques,

        L’étude de la pertinence des objectifs de soins et du projet de vie du patient,

      La constitution d’un dossier avec pièces multiples (lettres, comptes rendus, rapports, certificats, prescriptions…),

        Souvent un temps de traitement secondaire des données recueillies en présence du patient : analyse à froid du dossier, discussions interdisciplinaires, rédaction d’un compte-rendu de synthèse.

      La coordination de plusieurs acteurs : kinésithérapeutes, infirmières, appareilleurs, ergothérapeutes, médecin généraliste, médecin du travail ; avec en arrière plan, l’animation d’un réseau actif (contacts téléphoniques, réunions de formation, documents pédagogiques et autres moyens de communication).

      Un souci d’évaluation et de réévaluation dans le temps en vue d’une révision des objectifs et de la conduite pratique.

 

Il s’agit d’une activité différente de la consultation spécialisée de base ou des actes techniques qui conduisent à donner un simple avis sans trop se soucier de la mise en œuvre de la procédure préconisée.

  

CONTENU

En 2 volets – Avec formalisation d’un document transmissible.

 

1. Volet évaluation : comporte les données de l'expertise médicale (diagnostic médical, analyse des déficiences et incapacités, analyse des facteurs contextuels) sous forme d’une évaluation qualitative et quantitative :

        L’évaluation est qualitative par une analyse des éléments d’amont qui concourent à limiter la fonction et dont il convient de faire l’inventaire, de les évaluer séparément et de les hiérarchiser pour en déterminer le poids respectif dans la perte fonctionnelle. L’analyse porte également sur les éléments d’aval c’est à dire la genèse de la gêne sociale et du handicap. L’évaluation des déficiences et incapacités se fait par une appréciation de la différence à la norme en tenant compte de l’âge, elle est fondée non seulement sur leur nature mais également sur l’analyse de leur mécanisme et de leur étiologie. Cette démarche caractérise l’activité du médecin formé à l’analyse des mécanismes étio-pathogéniques et à l’élaboration de diagnostics différentiels et étiologiques, ce qui n’est pas le cas des professions paramédicales. Ainsi le médecin peut établir des facteurs pronostiques et prévisionnels pour des états pathologiques dont l’évolution est loin d’être univoque.

        L’évaluation est quantitative par l’appréciation de la perte fonctionnelle, le chiffrage périodique des éléments de déficience et d’incapacité et leur confron-tation au vécu du patient avec réalisation d’un ou plusieurs tests aux protocoles bien codifiés permettant d’aboutir à des résultats chiffrés transmissibles.

 

2. Volet thérapeutique : les données du plan de soins sont qualitatives et quantitatives. Elles indiquent les objectifs fixés selon les données de l’évaluation et les moyens mis en œuvre. A côté des médicaments et/ou des agents physiques, les actes techniques sont indiqués selon leur nature, leur durée et leur rythme. Il s’agit d’actes d’explorations complémentaires dont la réalisation périodique permettra de suivre avec une certaine objectivité l’évolution en fonction du temps et d’actes thérapeutiques. Ces derniers sont pour la plupart réalisés par des professionnels paramédicaux spécialisés.

La périodicité de réévaluation ou de révision du plan de soins est indiquée dans les objectifs du volet thérapeutique. Ainsi le bilan initial fait l’objet d’un suivi ce qui est particulièrement indispensable quand la prise en charge du patient fait appel à une stratégie de suppléance.

 

Exclusion : la mise en œuvre du plan de soin est exclue de l’acte lui-même.

 

POPULATION CONCERNEE

La population concernée représente l’ensemble des personnes handicapées ou en situation potentielle de handicap qui ne bénéficient pas ou plus d’une prise en charge institutionnalisée, qui souhaitent rester à leur domicile et qui nécessitent un suivi ambulatoire de rééducation et réadaptation.

 

L'acte-bilan ne concerne qu'une population de personnes présentant un handicap moteur ce qui exclut les handicaps sensoriels et psychologiques. Il est très difficile, pour ne pas dire quasiment impossible, de chiffrer avec précision le nombre de personnes qui seraient susceptibles de pouvoir bénéficier de l’acte-bilan/MPR. Nous ne disposons d’éléments sur le suivi spécialisé en MPR que pour des populations très limitées (tétraplégies traumatiques par exemple) et ces éléments ne permettent pas de faire le détail du suivi libéral/hospitalier. Quant aux extrapolations à partir du nombre de personnes handi-capées à domicile (à partir, par exemple, de l'enquête INSEE handicap-incapacité-dépendance), elles sont peu fiables car il y a très peu de précisions sur les pathologies présentées dans cette enquête. Une étude menée par l’APF dans les Hauts-de-Seine a permis de confirmer que de très nombreux adultes handicapés étaient en rupture de suivi spécialisé avec, souvent des complications dont le coût aurait pu être évité par un suivi préventif spécialisé.

 

La notion de handicap et surtout l’intensité du handicap n’a aucune relation de proportionnalité avec l’agent causal qui l’a généré. Ainsi, il est très difficile de repérer les personnes en situation de handicap par les seules données de l’analyse clinique et du diagnostic médical. Ce sont le plus souvent les facteurs contextuels et/ou évènementiels qui vont conduire à prévoir ou à fixer la situation de handicap. Ce sont ces facteurs qui doivent conduire à la réalisation de l’acte-bilan/Mpr.

 

 

Intérêts de l’acte/bilan MPR

Pour les patients

Il existe actuellement un glissement des prises en charge lourdes du secteur MCO (Médecine-Chirurgie-Obstétrique) vers le secteur SSR-MPR (Services de Suites ou de Réadaptation) et des prises en charges traditionnelles faites en CRF (Centre de Rééducation) vers le secteur ambulatoire qui pâtit d'un manque de moyens faute de nomenclature adaptée.

 

Les représentants des associations de personnes handicapées (APF, Association des traumatisés crâniens…) ont fait part de leur inquiétude concernant la dégradation progressive de la qualité des prises en charge en secteur ambulatoire et du déficit de compétences médicales spécifiques dans ce secteur. Ces associations réclament une garantie de qualité pour la prise en charge des patients souffrant de déficiences. L’harmonisation des bilans permettant la prise en charge globale, efficace, reproductible et planifiée des patients ne peut que répondre de façon favorable à cette préoccupation. Dans ce sens un certain nombre de ces associations ont fait part de leur soutien à ce projet.

 

Il convient également de rappeler quelques données d’enquêtes conduites dans les pays d’Amérique du nord : en 1960, 20 % des patients hospitalisés présentaient des troubles fonctionnels contre 80 % qui n'en avaient pas, en 1990 les proportions sont très exactement inversées.

A ce stade nous nous devons d’insister sur l'amélioration du suivi médical et le service rendu que représente l'acte-bilan pour ces populations de personnes handicapées, en :

        facilitant la vie à domicile des personnes, quel que soit leur lieu de résidence et assurant l’égalité entre tous (on sait que certains grands accidentés, par exemple, s'installent dans la proximité d'un centre de référence, faute de suivi ambulatoire de qualité).

        facilitant l'accès des personnes à un suivi libéral, quelle que soit leur dépendance et leur état de santé. Il y a actuellement une rupture d'égalité créée par la non prise en compte du "sur-temps" nécessaire au suivi et aux bilans des polypathologies, obligeant les personnes handicapées à recourir à des consultations hospitalières quand ce n'est pas à des hospitalisations - de jour ou non - de quelques jours pour bilan.

En outre l’acte-bilan doit permettre de répondre aux exigences de la loi sur le dossier médical, avec connaissance par le patient de son plan de prise en charge.

 

Pour les acteurs institutionnels

La formalisation du projet de prise en charge des patients par l’élaboration d’un plan de soins doit permettre une meilleure gestion du risque par les services de l’assurance maladie. A terme cela peut rendre possible la planification des coûts.

 

Pour la spécialité de MPR elle-même

La reconnaissance d’un acte commun et spécifique aux spécialistes en médecine physique et de réadaptation est un facteur de reconnaissance de la spécialité dans sa spécificité. Reconnaissance également de l’intérêt du traitement des déficiences et de leur prise en charge.

Conclusion

L’ acte de bilan et plan de soins en MPR s’inscrit dans une démarche dynamique, orientée vers l’optimisation des ressources et l’amélioration de la qualité des soins. Il va dans le sens d’une nouvelle définition du rôle du médecin dans l’interdisciplinarité des réseaux de soins. Ainsi il s’inscrit complètement dans le cadre des recom-mandations du Haut Comité National de la Santé.u

 

 

(1)  71, avenue Foch

Nancy  (54)

b.morineaux@wanadoo.fr

    Site Web : http://www.cpod.com/monoweb/syfmer

 


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