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N° 61 - 4ème trimestre 2001 MALADIES NEURO-MUSCULAIRES |
PRISE EN CHARGE RESPIRATOIRE DES MALADIES NEUROMUSCULAIRES DE LENFANT
Jacques PAULUS, Dr Patrick LÉGER
Les maladies neuromusculaires (MNM) se caractérisent par le développement dune faiblesse musculaire consécutive à la lésion dun des composants de lunité motrice. Ces affections très nombreuses se distinguent, au plan clinique, par la date dapparition, la topographie et la gravité des premiers signes, ainsi que par la nature plus ou moins évolutive du processus pathogène.
Latteinte respiratoire est fréquente dans les MNM de lenfant. Elle se traduit par un syndrome restrictif dont la sévérité est liée à la faiblesse initiale des muscles respiratoires et aux troubles mécaniques et orthopédiques secondaires. Certaines affections conduisent toujours à un syndrome restrictif grave (dystrophie de Duchenne, amyotrophies spinales précoces...). Mais un grand nombre dentre elles sont beaucoup plus hétérogènes, avec, pour une même entité diagnostique, une grande variabilité interindividuelle, allant de la détresse respiratoire avec grande hypotonie du nouveau-né au simple essoufflement à leffort de ladulte (myopathies congénitales, dystrophie myotonique de Steinert...). La plupart des pathologies atteignent lensemble des muscles respiratoires, mais certaines sont plus sélectives : respect relatif du diaphragme (amyotrophies spinales infantiles sans atteinte bulbaire) ou au contraire atteinte élective du diaphragme (déficit en maltase acide). Dans les atteintes respiratoires sévères, la stase des sécrétions bronchiques liée à lhypoventilation et les éventuels troubles de déglutition peuvent ajouter une composante obstructive au syndrome restrictif initial. À loccasion dépisodes de surinfection bronchique, les troubles obstructifs amplifiés par la fatigabilité musculaire exposent les patients à un risque élevé de décompensation brutale. En labsence datteinte cardiaque sévère, les troubles respiratoires constituent la principale cause de complications et de décès dans les MNM. La mise en place dun suivi et dune prise en charge multidisciplinaire peut permettre de prévenir et limiter les conséquences et les complications. La prise en charge respiratoire est un composant essentiel de la prise en charge globale et un facteur déterminant pour le pronostic des patients atteints de MNM.
PHYSIOPATHOLOGIE La faiblesse musculaire est à lorigine de lensemble des troubles respiratoires des MNM. La topographie et la sévérité de latteinte des muscles respiratoires conditionnent en grande partie la gravité du syndrome restrictif. Mais, le retentissement sur la fonction ventilatoire est également lié aux conséquences de laffection sur les propriétés mécaniques de l appareil respiratoire, sur la régulation ventilatoire centrale et sur la perméabilité des voies aériennes.Altération des propriétés mécaniques de la pompe respiratoire
La faiblesse des muscles inspirateurs est déterminante quant au développement du syndrome restrictif des MNM et au risque dhypoventilation et dinsuffisance respiratoire chronique (IRC). Elle retentit sur la cinétique respiratoire et induit progressivement une modification du profil ventilatoire, avec une réduction des volumes et une augmentation de la fréquence respiratoire [ 6 ]. La diminution damplitude des mouvements respiratoires entraîne, un enraidissement thoracique [73]. Cette rigidité est accentuée par les rétractions musculaires et les déformations orthopédiques [33, 28]. Latteinte du diaphragme, muscle inspirateur principal, est fréquente. À un stade modéré, elle se manifeste essentiellement par lapparition dune hypoventilation alvéolaire au cours du sommeil, notamment pendant le sommeil paradoxal [73, 74]. À un stade avancé, la paralysie complète du diaphragme entraîne une chute de capacité vitale denviron 65% [54] et un asynchronisme ventilatoire. En cas datteinte bilatérale, le compartiment abdominal est alors aspiré vers la cage thoracique au cours de linspiration, limitant laugmentation du diamètre vertical du thorax. Ce mouvement paradoxal est accentué en décubitus, par laction de la pesanteur sur labdomen. Latteinte associée des muscles inspirateurs accessoires prive le diaphragme dune aide à la ventilation, réduisant ainsi lautonomie respiratoire des patients. La faiblesse des scalènes et des sternocléido-mastoïdiens masque les signes de lutte (tirage) en cas de détresse respiratoire [ 5 8 ]. Latteinte des intercostaux externes retentit toujours sur la cinétique des côtes et aggrave les mouvements respiratoires paradoxaux. Dans ce cas, la paroi thoracique a tendance à s a ffaisser à linspiration, car la dépression intrapulmonaire nest plus compensée par la contraction musculaire [ 8 4 ]. Latteinte des muscles paravertébraux participe aux troubles respiratoires des MNM, en modifiant la statique et la mobilité rachidienne. Chez les patients raides, la rétraction des extenseurs du tronc entraîne et fixe le rachis en hyperlordose, avec un aplatissement des côtes et une réduction du diamètre antéro-postérieur du thorax. Chez les patients laxes, lhypotonie induit un effondrement du tronc et le développement dune scoliose évolutive. Dans les dystrophies musculaires congénitales, les raideurs peuvent aboutir à une ankylose du rachis (rigid spine) avec un thorax extrêmement rigide [34].
Altération des propriétés mécaniques de léchangeur gazeux
Les voies aériennes et les poumons sont, a priori, sains dans les MNM. Cependant, la réduction des volumes mobilisés a une incidence sur la capacité du poumon à se distendre. Cette altération est mise en évidence par la réduction de la pente de la courbe pression-volume qui indique une baisse de la compliance pulmonaire [41, 73]. Il existe plusieurs hypothèses pour expliquer ce phénomène : le développement de micro-atélectasies lié à la réduction de la ventilation, laugmentation de la tension de surface des alvéoles liée à des modificationsdu surfactant, laltération des fibres élastiques pulmonaires [32]. Les déformations thoraciques accentuent laltération de la mécanique pulmonaire, en modifiant la conformation des poumons et en limitant leurs possibilités dexpansion. Des compressions bronchiques, entre les corps vertébraux et la paroi thoracique ont même été observées à loccasion de grandes déformations, entraînant une atélectasie complète de certains territoires pulmonaires [15].
Altération de la commande ventilatoire centrale
Certaines MNM saccompagnent daltérations primitives de la régulation centrale de la ventilation. Cest, par exemple, le cas des amyotrophies spinales type I, dans lesquelles latteinte du tronc cérébral est constante [ 1 3 ].
Une hypercapnie non corrélée au déficit de capacité vitale, dont le mécanisme nest pas encore totalement compris, a également été observée chez des patients atteints de dystrophie myotonique de Steinert et de myopathies congénitales [83, 51, 88].
Des troubles de la régulation de la ventilation secondaires à latteinte respiratoire sont fréquents dans les MNM. Le plus souvent, ils sinstallent avec le développement de lhypoventilation alvéolaire nocturne et retentissent sur la qualité de la ventilation diurne [ 7 7 ]. Le mécanisme serait lié à une désadaptation progressive des chémo-récepteurs centraux et périphériques, consécutive à lhypoxie et à lhypercapnie chroniques [ 1 7 ] . Ces troubles sont totalement réversibles sous ventilation mécanique.
Altération des capacités de touxLatteinte des muscles expirateurs est la plus fréquente dans les MNM, car les abdominaux sont le plus souvent concernés par la faiblesse, y compris dans les affections réputées bénignes. La faiblesse des expirateurs est souvent négligée car son impact sur la fonction ventilatoire est limité. Pourtant, le retentissement du déficit des expirateurs sur la qualité de la toux est important, même lorsque le syndrome restrictif est modéré. En effet, en cas dencombrement bronchique , une toux inefficace impose des efforts répétés qui contribuent à la fatigue, voire à lépuisement des muscles respiratoires. La qualité de la toux est vitale en cas de syndrome restrictif sévère [7, 10, 55, 49, 58, 78]. Chez ladolescent et ladulte jeune, la toux demeure efficace tant que la pression expiratoire maximale (PEmax) reste supérieure à 60cmH2O, elle devient inefficace pour une PEmax inférieure à 45cmH2O [ 8 1 ]. Chez lenfant, la pression minimale efficace serait 100cmH2O [ 6 8 ]. Dans les MNM sévères, il nest pas rare dobserver des valeurs de PEmax inférieures à 20cmH2O [ 7 8 ]. Latteinte des muscles inspirateurs contribue aussi à la dégradation de la toux en diminuant la capacité inspiratoire préalable à leff o rt dexpulsion. Il en résulte un eff o n d rement du débit expiratoire de pointe (DEP) nécessaire à la propulsion des sécrétions. Chez ladolescent et ladulte, un DEP de 160 à 180 L/min est considéré comme le minimum nécessaire à une toux efficace [10, 78] .
Fatigue des muscles respiratoires
La fatigue résulte de facteurs métaboliqueset électrophysiologiques multiples, parmi lesquels sont impliqués : le déséquilibre entre les dépenses et les apports énergétiques, et le couplage excitation-contraction [ 2 9 ]. Bien que lexistence dune fatigue chronique des muscles respiratoires nait jamais été démontrée dans les MNM, plusieurs facteurs concourent à évoquer son existence : la baisse de la compliance, les mouvements respiratoires paradoxaux et les déformations accroissent la charge de travail des muscles respiratoires et les placent dans une situation fonctionnelle défavorable ; l insuffisance cardiaque, présente dans certaines affections, pourrait réduire l irrigation musculaire ; enfin, la situation nutritionnelle précaire de certains patients, notamment atteints daffections sévères , retentit sur la trophicité des muscles respiratoires [ 7 3 ].
FACTEURS AGGRAVANTS
Sans prise en charge, latteinte respiratoire des MNM tend vers laggravation quels que soient la cause de la faiblesse musculaire initiale et le potentiel évolutif de la maladie. Linteraction des diff é rents mécanismes physiopathologiques cités plus haut est le facteur déterminant de la lente détérioration de la fonction respiratoire des MNM, mais plusieurs conséquences de la faiblesse musculaire concourent également à cette auto-aggravation.
Troubles de la déglutition
Latteinte des muscles de la sphère oropharyngée expose au risque de troubles de la déglutition. Elle peut être le fait dune faiblesse musculaire intrinsèque (dystrophies musculaires, myopathies congénitales,myasthénies) [87] ou consécutive à une lésion du tronc cérébral (amyotrophie spinale) [ 1 3 ] . Les troubles de la déglutition peuvent retentir de deux manières sur la fonction ventilatoire : linvasion des voies aériennes par des débris alimentaires suite à une fausse route ; la dénutrition consécutive à la réduction des apports alimentaires, à cause des difficultés de mastication et de déglutition et... par crainte des fausses routes [ 8 7 ] .
Des troubles de déglutition peuvent êtreinduits ou accentués transitoirement par des gestes médicaux, tels quune anesthésie ou une intubation [38, 67].
Encombrement bronchique
En dehors dépisodes infectieux saisonniers,l encombrement bronchique est souvent associé aux syndromes restrictifs sévères des MNM. Il est la conséquence de la stase des sécrétions liée à lhypoventilation alvéolaire et à la mauvaise qualité de la toux. L encombrement nuit aux échanges gazeux et expose au risque de surinfection aiguë [ 8 5 ] .
Lexistence de territoires pulmonaires atélectasiés accroît le risque infectieux [78, 15] . À noter quun encombrement récurrent, avec ou sans infection, peut être le seul signe dIRC dans les MNM [62, 64].
Troubles de la croissanceUn déficit respiratoire précoce (amyotrophie spinale, myopathies congénitales) induit des troubles de la croissance pulmonaire et thoracique [12, 13, 15, 33, 69] . Latteinte des i n t e rcostaux chez lenfant retentit toujours sur le développement du thorax et des poumons par absence dune mobilisation suffisante du gril costal [ 8 4 ]. Dans les formes sévères, le défaut de longueur des côtes à lâge adulte peut atteindre 10 cm [ 1 5 ] . Lorsque latteinte respiratoire débute avant lâge de 4 ans, la multiplication alvéolaire est réduite, voire absente, dans les zones hypoventilées [15, 28, 33, 69].
À noter que lhypoplasie consécutive à ces troubles de croissance est irréversible.
Puberté
Quels que soient le diagnostic et la gravité de l a ffection sous jacente, la puberté est toujours une étape difficile à franchir pour les patients atteints de MNM. Les modifications physiologiques et morphologiques profondes à cette période se traduisent souvent par une aggravation du retentissement fonctionnel de la maladie. Ce phénomène est connu dans les affections évolutives telles que la dystrophie de Duchenne, mais il est également observ é dans des maladies stables et bien contrôlées par la prise en charge dans lenfance [ 1 5 ]. Au plan respiratoire, cette dégradation se traduit par une incapacité à répondre à laugmentation de la demande ventilatoire . Plusieurs facteurs concourent à cette aggravation : la difficulté, voire lincapacité, des muscles respiratoires à sadapter à leurs nouvelles conditions de travail et à laugmentation de leur charge de travail ; léventuelle insuffisance de développement pulmonaire, donc de surface déchanges gazeux ; la flambée des déformations consécutive à la poussée de croissance. Cette désadaptation ventilatoire peut conduire à linstallation dune IRC, voire à une décompensation .
Retentissement respiratoire de la prise en charge
De nombreuses mesures thérapeutiques peuvent détériorer involontairement la fonction ventilatoire des patients atteints de MNM. Lexemple le plus fréquent est celui des orthèses de tronc trop contraignantes qui limitent lexpansion thoracique [ 3 3 ]. Certains corsets mal adaptés amputent la capacité vitale dans des proportions très importantes et exposent les patients à un risque de décompensation. En effet, si une position relativement inconfortable au plan respiratoire peut être tolérée quelques minutes, en revanche, le maintien dune contrainte respiratoire plusieurs heures par jour peut conduire à un épuisement des muscles respiratoires. De même, une têtière mal adaptée ou un traitement par traction continue peut neutraliser laction des inspirateurs accessoires et dégrader la qualité de la ventilation, alors quon pourrait penser que ce type de traitement, en "dépliant" le patient, a automatiquement une action positive sur la fonction respiratoire .
La chirurgie a toujours un effet délétère temporaire sur la fonction respiratoire, du fait du stress, de la fatigue, de lanesthésie, etc [39, 67]. La chirurgie du rachis est particulièrement préjudiciable : une perte de 50% de la capacité vitale en postopératoire immédiat a été observée, chez des patient neuromusculaires sévères, après arthrodèse vertébrale [19].
Enfin, la prise de médicaments, dont leffet dépresseur respiratoire est connu, expose les patients non ventilés à un risque dhypoventilation.
Hypoventilation alvéolaire chroniqueLa ventilation est le seul moyen déliminer le CO2 de lorganisme. Le syndrome restrictif , en limitant les capacités de renouvellement de lair alvéolaire, favorise laccumulation de CO2 et le développement dune IRC. Dans les MNM, le marqueur principal de lIRC est donc lhypercapnie. Lhypoxie est, en général, secondaire et pro p o rtionnelle à l h y p e rcapnie. Une hypoxie transitoire peut toutefois apparaître précocement durant le sommeil paradoxal [ 7 4 ]. Lhypoxie peut également révéler lexistence de zones datélectasies (effet shunt).
Dans les MNM, linstallation de lIRC est insidieuse car, lorsque la faiblesse des muscles respiratoires est corrélée à celle des muscles moteurs, les signes classiques dinstallation et de développement de lIRC, comme lessoufflement et la fatigabilité à l effort, sont escamotés. Même chez les patients dont les capacités motrices sont bien conservées, la fatigabilité et la baisse des performances physiques peuvent être mises sur le compte de laffection musculaire sous jacente. Dans un grand nombre de cas, un amaigrissement ou des signes cliniques dhypoventilation nocturne se manifestent les premiers [74] .
Comme lIRC résulte du déséquilibre entre la demande et la production ventilatoire, il est difficile de définir un niveau de capacité vitale déterminant lhypercapnie chronique . On considère que le risque dhypercapnie apparaît lorsque la capacité vitale (CV) est inférieure à 50% de la théorique [ 7 3 ] .
Cependant, en état stable, les patients confinés au fauteuil électrique ont des dépenses énergétiques, donc des besoins ventilatoires, très faibles et supportent bien une CV beaucoup plus basse, parfois inférieure à 20% [ 6 0 ]. À lopposé, certains patients atteints de dystrophie myotonique ont des troubles ventilatoires avec une CV supérieure à 70% de la théorique [ 8 3 ] .
L hypercapnie déprime dabord toutes les fonctions de lorganisme et plus particulièrement celles grosses consommatrices dénergie, comme les fonctions musculaire et digestive. Elle induit également une hypertension artérielle pulmonaire qui surcharge le coeur droit. Les signes dencéphalopathie respiratoire : céphalées, fatigue, trouble la vigilance et de l humeur, sueurs, sont plus tardifs .
À noter que lhypoventilation alvéolaire non traitée évolue inexorablement vers laggravation, la décompensation et le décès [ 6 4 ].
MyocardiopathieLes interactions cardio-respiratoires sont particulièrement importantes dans certaines pathologies (dystrophies musculaires de Duchenne et de Becker...). Dans certains cas, elles conditionnent les possibilités et le moment des interventions thérapeutiques (chirurgie du rachis). L hypoventilation alvéolaire aggrave létat cardiaque, tout comme une myocardiopathie évoluée peut aggraver létat respiratoire .
BILANS Les bilans respiratoires doivent être réguliers, y compris dans les affections considérées comme bénignes. Outre lévaluation du retentissement de laffection, ils permettent de préciser les modalités dapplication de la prise en charge et de les adapter aux spécificités du patient .Bilan clinique
Lexamen clinique apprécie létat o rthopédique général et la morphologie du thorax. Létude de la cinétique respiratoire se fait en position assise et couchée, en ventilation spontanée et en ventilation forcée , pour mettre en évidence les mouvements respiratoires paradoxaux et les signes de lutte .
La mesure des périmètres axillaire , xiphoïdien, sus et sous ombilical, et les manoeuvres correctrices évaluent la mobilité, la souplesse et les possibilités de correction . Lexamen de labdomen est également important, la constipation et laérophagie peuvent nuire à la qualité de la ventilation.
Imagerie
Les radiographies standard permettent de suivre le développement thoracique et létat pulmonaire. Chez les enfants trachéotomisés, les clichés de face et de profil, assis et couché, avec et sans corset, en particulier lors du port dune têtière, servent aussi à vérifier le bon positionnement de la canule dans la trachée dans toutes les postures de la vie quotidienne [ 1 4 ]. Les digraphies ne sont plus beaucoup utilisées. Leur intérêt résidait dans la quantification de la mobilité de lappareil respiratoire et notamment de la course diaphragmatique.
En cas de déformations sévères, le scanner permet de visualiser létat de lappareil respiratoire et danalyser les rapports entre les voies aériennes, les poumons, les gros vaisseaux, la paroi thoracique et le rachis [ 1 5 ].
Explorations fonctionnelles respiratoires
La mesure des volumes pulmonaires est la base de lévaluation quantitative du s y n d rome restrictif [ 4 4 ]. Cet examen doit également être effectué en position assise et couchée et, éventuellement, avec et sans corset pour vérifier le retentissement respiratoire de lappareillage [ 3 3 ]. Chez lenfant, la comparaison à la théorique est nécessaire pour tenir compte des modifications liées à la croissance staturale [ 4 4 ,7 3 ]. Lappréciation de la gravité de latteinte respiratoire tient compte du pourcentage de CV par rapport à la théorique, mais également des possibilités motrices du patient. En effet, une même amputation des volumes pulmonaires naura pas les mêmes conséquences pour un patient en fauteuil roulant et un patient qui marche [ 3 3 ]. Dune manière générale, une CV inférieure à 50% de la théorique ou à 1,5 l est un critère de gravité. De même, la précocité de latteinte respiratoire est de mauvais pronostic. Dans la d y s t rophie musculaire de Duchenne, plus le plateau de CV maximale au cours de lévolution est bas, plus le pronostic respiratoire est médiocre [ 6 3 ].
La mesure des pressions maximales inspiratoire et expiratoire est plus rarement effectuée, bien que les techniques non invasives aient fait leurs preuves [ 2 0 ] , essentiellement pour des raisons méthodologiques. Par ailleurs, le résultat est dépendant du niveau de volume pulmonaire auquel lépreuve est réalisée [ 2 0 ] .
La validation de techniques simples, telle que le "sniff -test", pourrait relancer lintérêt pour ce type dexamen [37, 45, 79]. La mesure des pressions quantifie la faiblesse des muscles respiratoires indépendamment des phénomènes de croissances [ 7 3 ]. Dans les maladies évolutives, la diminution des p ressions maximales précède celle des volumes [73, 20] , mais chez lenfant sain, la mesure des pressions semble sous estimer laugmentation de force des muscles respiratoires liée à la croissance [ 3 9 ] .
GazométrieLorsque le syndrome restrictif est import a n t , ou chez les patients à risque (dystro p h i e myotonique), lanalyse des gaz du sang, sur prélèvement artériel ou capillaire, est la r é f é rence pour apprécier son re t e n t i s s e m e n t sur lhématose et mettre ainsi en évidence lexistence dune hypoventilation alvéolaire .
Les méthodes dévaluation non invasives, telles que la saturation ou la PO2/PCO2 transcutanées ou lanalyse des gaz expirés, manquent de précision pour être substituées à la mesure directe sur échantillon sanguin [ 8 0 ]. Cependant, leur enre g i s t rement continu e x p l o re les variations de la qualité des échanges gazeux sur de longues périodes.
Ces variations sont surtout importantes au cours du sommeil (décubitus, hypopnées, apnées)[74, 76] et ne sont pas toujours corr é l é e s à la gravité du syndrome restrictif [ 7 4 ]. Lorsquelles existent, elle précèdent lapparition danomalies diurnes [76, 77].
Elles peuvent également survenir dans la journée à loccasion defforts, tels que les repas pour les patients dont la fonction respiratoire est déjà très dégradée ; ou être provoquées par des facteurs extérieurs, telles que les surinfections bronchiques ou une thérapeutique mal conduite (corset mal adapté, rééducation mal conduite, etc.) [ 3 3 ] .
Capacité de toux spontanée et assistée
Lévaluation de lefficacité de la toux est peu pratiquée. Pourtant, elle est déterm i n a n t e pour les patients dont le syndrome re s t r i c t i f s é v è re les expose à un risque élevé de décompensation en cas dencombre m e n t b ronchique. Pour certaines équipes, en dehors de troubles de la déglutition, lincapacité à pro d u i re un drainage eff i c a c e est le critère de passage dune ventilation non invasive à la trachéotomie [3, 6].
La PEmax, mais surtout le DEP sont de bons indicateurs pronostiques de la capacité du patient à se drainer seul [7, 47, 78]
. Chez les patients dont les capacités de toux spontanée sont insuffisantes, des valeurs de DEP compatibles avec un désencombre m e n t e fficace sont re c h e rchées, par laugmentation du volume inspiré à laide dun ventilateur en pression positive (aide i n s p i r a t o i re ou accumulation de volumes courants) ou dun ballon insufflateur manuel, associée à la pratique de manoeuvres de drainage manuelles [7, 78]
. La re c h e rche dun "DEP assisté" optimum confère par ailleurs, ce type de bilan, des vertus éducatives.
TRAITEMENTÀ défaut de pouvoir encore traiter la lésion p r i m a i re, la prise en charge respiratoire des MNM sapplique à en traiter les conséquences et à éviter ou éliminer les facteurs aggravants.
Lobjectif à long terme est de préserver les qualités mécaniques de lappareil thoraco-p u l m o n a i re, pour placer les muscles respiratoires dans les conditions de travail les plus favorables. Dans les atteintes précoces, le but est aussi de favoriser la c roissance alvéolaire et thoracique [13, 33, 69] . Mais des évènements intercurrents peuvent modifier les priorités sur de courtes périodes, par exemple pour la préparation respiratoire à un geste chiru rgical et la récupération p o s t o p é r a t o i re, ou le désencombrement en cas de troubles obstructifs. En présence dune i n s u ffisance respiratoire, la priorité absolue est donnée à la restauration des échanges g a z e u x .
Entretien des propriétés mécaniques de la pompe respiratoire
Lentretien de la mobilité thoracique repose sur les techniques de mobilisations passives, manuelles et instrumentales. Une mise en condition de lappareil musculaire et articulaire à base de massages et de physiothérapie est souvent appréciée des patients. Elle contribue au relâchement et facilite la mobilisation, en particulier lorsquil existe des douleurs et un potentiel rétractile.
La mobilisation manuelle du thorax, globale ou localisée
(type "touche de piano"), nest possible que vers lexpiration. Le
travail passif de lexpansion du gril costal impose lusage dappareils de
ventilation en pression positive pour réaliser des hyperinsufflations [15, 33, 77]. Les
relaxateurs de pression sont les plus utilisés à cet effet. Ces appareils très simples
p e rmettent de maîtriser le travail, en contrôlant la pression maximale
dinsufflation et le débit inspiratoire. Mais dautres ventilateurs
barométriques, voire volumétriques, peuvent aussi être employés. Le choix des
réglages et les modalités dutilisation des relaxateurs de pression sont résumés
dans le Tableau 1.
Les réglages doivent être
adaptés individuellement et réévalués périodiquement. Lobjectif est
dobtenir une mobilisation optimale du thorax avec un minimum de pression positive,
sachant que lexpansion pulmonaire est directement corrélée à la pression
dinsufflation [59] , mais quelle dépend aussi de la capacité à bien remplir
les alvéoles grâce à un flux aérien laminaire[ 1 2 ]. Pour éviter un barotraumatisme
la pression dinsufflation ne dépasse pas 35 cmH2O[72]. En utilisation courante,
selon la rigidité du thorax, la pression dinsufflation varie entre 10 et 30 cmH2O
[12, 59].
Pour favoriser linsufflation des zones enraidies et hypoventilées, il est souhaitable dimmobiliser les territoires pulmonaires les mieux ventilés. Ainsi, dans les MNM précoces (amyotrophies spinales, myopathies congénitales, dystrophies musculaires congénitales), à pression constante, le port dune ceinture abdominale pendant les insufflations modifie peu le volume inspiré, mais augmente significativement lampliation thoracique[ 5 9 ] . Chez lenfant jeune, le contrôle de la qualité de la mobilisation se fait donc plutôt par la mesure des p é r i m è t res thoraciques sous ventilation.
Chez les plus grands, dans le but de prévenir les atélectasies et dans le cadre dune atteinte respiratoire homogène, lévaluation peut se faire par la mesure du volume expiré. Dans ce cas, lobjectif est de se rapprocher dun volume équivalent à 80% de la capacité inspiratoire théorique [56] , avec une pression dinsufflation restant dans les limites admises.
Les mobilisations, manuelles et instrumentales, et les étirements limitent les rétractions musculaires et articulaires, limitent la baisse de la capacité vitale et permettent de modeler le thorax chez l e n f a n t [13, 15, 28, 33].
Dans les affections précoces, elles contribuent à la croissance p u l m o n a i re [ 1 5 , 2 8 ] . Laction des hyperinsufflations sur lentretien de la compliance est plus discutée [71, 26]. Il faut toutefois noter quil nexiste aucune étude au long cours sur ce sujet dans les MNM. De ce fait, il est d i fficile de définir une durée et une fréquence optimale des séances dhyperinsufflations. Chez lenfant jeune, 30 minutes quotidiennes sont généralement p roposées[ 1 5 ]. Chez les adolescents, en fonction de la gravité du syndro m e restrictif, les prescriptions varient de quelques hyperinsufflations quotidiennes, à 20 minutes par jour. La durée quotidienne peut être scindée en 2 ou 3 séances de 10 minutes, pour éviter la fatigue et la lassitude, sachant que, comme pour toute mobilisation, lefficacité des h y p e r i n s u fflations dépend autant, sinon plus, de leur qualité que de leur quantité.
La respiration glosso-pharyngée offre également la possibilité dun travail dans le sens de lexpansion thoracique. Cette technique avait été abandonnée avec la disparition de la poliomyélite, elle bénéficie dun regain dintérêt pour certaines équipes. Certains patients la pratiquent spontanément, sans lavoir apprise, souvent avant de prononcer de longues phrases. Elle consiste en laccumulation de petits bolus dair propulsés dans la trachée par un mouvement de la bouche et de la langue [2].
Lapprentissage de cette technique requiert la compréhension du patient (à partir de 2 ans) et une musculature glosso-pharyngée s u ffisante. Elle permet deffectuer des inspirations forcées sans assistance matérielle et ainsi daméliorer le drainage b ronchique, dappeler, de crier, davoir quelques minutes dautonomie en cas de ventilation permanente.
En période périopératoire, en particulier en ce qui concerne les interventions sur le rachis, les mobilisations thoraciques sont intensifiées pour placer le patient dans les m e i l l e u res conditions ventilatoires en p r é o p é r a t o i re, et pour récupére r rapidement sa capacité vitale antérieure en postopératoire [33, 19, 38, 67] .
L appareillage orthopédique est un complément indispensable de la prise en charge respiratoire, en cas dhypotonie du tronc chez lenfant [15, 28] . Le matériel utilisé (corset, installation nocturne) doit réaliser la synthèse entre le maintien orthopédique, voire la correction, et la préservation de la fonction ventilatoire, ce qui interdit les contraintes au niveau du thorax. Pour éviter lappui thoracique, le corsetage repose sur un bon moulage du bassin, avec un pince-taille très marqué, et des appuis préhuméraux [15, 28]
En cas de scoliose s é v è re, il est nécessaire dajouter une têtière pour obtenir une détraction [15, 28] ,mais en évitant détirer le cou. Pour laisser suffisamment despace au thorax, il est demandé à lenfant dinspirer au maximum pendant le moulage. On peut également le ventiler pendant la prise dempreinte et recharger le positif, au niveau du thorax,par la suite [33].
Entretien de la musculature respiratoireEn complément des mobilisations passives, le travail actif participe à lentretien de la fonction ventilatoire. Lobjectif principaldes mobilisations actives est la préservation du capital musculaire fonctionnel en luttant contre la désadaptation et en participant à l e n t retien, voire au développement, du schéma moteur chez les plus jeunes. Il est nécessaire de veiller à limiter le risque dapparition dune fatigue en laissant des temps de repos suffisamment longs et en modulant les exercices.
L e n t retien et le re c rutement des fibre s musculaires repose sur le travail actif aidé, libre, ou contre légère résistance incitative. Les sollicitations manuelles permettent un travail symétrique ou asymétrique, global ou localisé (Figure 1). La ventilation dirigée est généralement utilisée pour la prise de conscience dune cinétique respiratoire correcte, la levée des sidérations liées à limmobilisation ou aux mauvaises attitudes, et une meilleure utilisation des muscles respiratoires. La Figure 2 montre que cet exercice donne des résultats notables sans aucune aide externe. Des techniques plus ludiques (apnées, bulles dans leau, souffler pour éteindre une bougie ou faire rouler une balle de ping-pong...) ou lutilisation dappareils de spirométrie incitative induisent un travail moins rébarbatif, mais plus global [1, 46] .

Lintérêt daugmenter les
performances musculaires, tant en force quen endurance, est controversé dans les
affections dégénératives (dystrophies). Le renforcement musculaire repose sur des
exercices de ventilation contre résistance calibrée ou des efforts statiques maximum à
différents niveaux de capacité vitale [27, 35, 52, 66, 75, 43, 86]. Certains auteurs ont
monté un effet bénéfique du renforcement des muscles respiratoires dans des pathologies
sévères, telles que les amyotrophies spinales ou la dystrophie musculaire de Duchenne.
Cette amélioration porte sur lendurance [27] et les volumes ou les pressions, à
court terme [35, 43, 52, 75] ou à plus long terme [ 8 6 ]. Mais linterprétation de
ces résultats est aléatoire, à cause de la difficulté de distinguer la part de
bénéfice liée à léducation (cf. Figure 2), de
celle liée au re n f o rcement lui-même [52, 75]. Dautre s auteurs, sur le même
type de patients, nont trouvé aucune amélioration, ni même de d i ff é rence,
entre lusage dun appareil "placebo" (débitmètre de pointe) et
dun nspiromètre (Triflow II) [66]. Limportance de la faiblesse musculaire
initiale semblerait déterminante quant aux résultats de lentraînement, le
bénéfice étant proportionnel aux niveaux de base de capacité vitale et de
pression maximale inspiratoire [ 2 7 ]. Une capacité vitale inférieure à 25% de la
théorique et une PCO2 supérieure à 45 mmHg seraient des c r i t è res prédictifs
déchec de lentraînement des muscles respiratoires [86].
Cette notion dinstabilité et de faiblesse extrême, en deçà de laquelle aucune amélioration nest envisageable, est confirmée par des travaux effectués sur des muscles squelettiques [53].
Le maintien des résultats à long terme demeure incertain. Un entraînement de 12 semaines bien conduit naugmente pas le taux de créatine kinase sérique chez des patients atteints de dystrophie de Duchenne [27] , mais le gain de force disparaît dans les 3 mois suivant larrêt de lentraînement[43] .
Par ailleurs, un entraînement prolongé, après une amélioration transitoire, pourrait avoir des effets délétères [50].
Ces travaux napportent pas de réponse quant à lintérêt dun entraînement des muscles respiratoires au long cours. Ils m o n t rent toutefois que, sur de court e s périodes, il est possible denvisager une amélioration. Cette option pourrait être exploitée, dans un but de prévention ou de récupération, lorsquun événement intercurrent (chirurgie, immobilisation...) est responsable dune aggravation du déficit musculaire, à condition que les muscles concernés conservent un potentiel de travail.
Désencombrement bronchiqueLa capacité à libérer les voies aériennes de leurs sécrétions est un facteur déterminant de la prévention de lacutisation de létat respiratoire des patients atteints de MNM [6, 10, 47, 68, 78, 81, 85]
. Léducation aux méthodes de drainage doit faire partie de la prise en charge respiratoire, en particulier en cas de syndrome restrictif sévère. Cette éducation concerne le patient, mais également son entourage, de manière à assurer une sécurité en toute circonstance. En effet, chez les patients dont létat ventilatoire est précaire, laptitude à réaliser un drainage rapide et efficace est primordiale, car lencombrement génère un stress et une fatigue qui peuvent précipiter une décompensation [49, 58] .
La toux se décompose en une succession détapes basiques dont lenchaînement et la qualité contribuent à lefficacité du drainage des voies aériennes : inspiration, ferm e t u re de la glotte, compression abdominale et thoracique, ouvert u re de la glotte, expiration explosive. La production dun courant aérien expiratoire suffisant pour mobiliser les sécrétions dépend directement du volume dair contenu dans les poumons et de la capacité à propulser cet air vers le phary n x .
Lobtention dune toux productive nécessite aussi de pouvoir ventiler les zones p u l m o n a i res encombrées. Un drainage e fficace impose donc dêtre en mesure de réaliser au minimum une inspiration et une expiration forcée. Dans les MNM, lensemble des muscles inspiratoires et expiratoires est susceptible dêtre affecté. En cas de déficit s é v è re, la toux assistée doit donc envisager daider lexpiration, mais également linspiration [7-9, 78].
Lassistance manuelle à lexpiration re p o s e sur les méthodes passives de contrôle du flux e x p i r a t o i re [22, 9]. Les diverses techniques ont en commun de substituer les mains dun i n t e rvenant aux muscles expirateurs défaillants pour comprimer simultanément le thorax et labdomen à diff é rents volumes p u l m o n a i res. Les manoeuvres lentes, p rolongées et à bas volume, sont destinées au drainage des voies aériennes périphériques, les manoeuvres rapides, à haut volume, sont destinées aux gros tro n c s [22, 78]. Les séances de drainage débutent généralement par des m a n oe u v res rapides, pour éliminer les sécrétions proximales. Puis, si nécessaire , elles se poursuivent par un enchaînement de m a n oe u v res lentes pour drainer la périphérie et de manoeuvres rapides pour expectore r. Les séances se concluent toujours par des m a n oe u v res rapides [ 7 8 ]. La majorité des méthodes dexpiration manuelle assistée sont e fficaces quelle que soit la position du patient. Le choix de la position de drainage privilégie donc le confort ventilatoire et physique du patient. Chez le très jeune enfant, pour éviter les risques de lésion, la main abdominale exerce simplement un c o n t re-appui et non pas une compression [ 8 4 ].
Une aide inspiratoire préalable aux m a n oe u v res de drainage améliore l e fficacité du désencombrement en augmentant le volume dair à mobiliser [7, 8, 49, 78]. Laide inspiratoire permet également de supprimer tout effort du patient, réduisant ainsi sa fatigue. Nimporte quel appareil de ventilation en pression positive peut être utilisé à cet effet : en choisissant une p ression daide avec un appare i l b a rométrique, ou en stockant plusieurs volumes courants successifs sans expirer avec un appareil volumétrique (air stacking) [7]. On peut aussi utiliser un ballon i n s u fflateur manuel ou la re s p i r a t i o n glossopharyngée. Il faut toutefois veiller à adopter un débit inspiratoire relativement faible, pour ne pas entraîner les sécrétions vers la périphérie pendant linsufflation. Il est possible dopposer une résistance manuelle au cours de linspiration, pour favoriser la ventilation des territoires les plus encombrés, mais celle-ci doit être mesurée, pour ne pas nuire à la ventilation du patient en atteignant la pression de consigne ou la pression de sécurité trop rapidement, auquel cas, linsufflation serait stoppée. Il faut souligner que, dans des e n c o m b rements mineurs, la seule mise sous ventilation assistée, sans aucune m a n oe u v re de drainage, peut suff i re à mobiliser les sécrétions bronchiques et à rétablir la vacuité des voies aériennes [64] .
Les manoeuvres de toux provoquée, type compression trachéale, nont pas dintérêt dans les MNM puisque, de toute façon, les muscles expirateurs sont incompétents. Par ailleurs, ces manoeuvres peuvent induire des malaises, liés à des troubles neurovégétatifs (amyotrophies spinales) [25] .
Lassistance mécanique au drainage est un outil complémentaire du drainage manuel. Elle est particulièrement précieuse chez les patients très faibles [9, 78] et dans les encombrements sévères.
Les appareils de ventilation à percussions i n t r a - p u l m o n a i res, type Perc u s s i o n a i re ® , sont utilisés dans de nombre u s e s pathologies hypersécrétantes. Le principe de ces appareils est dinsuffler de petits volumes dair (volumes sous-courants) à haute fréquence et à une pression donnée. Les volumes sous-courants pro g re s s e n t plus facilement dans les voies aériennes o b s t ruées que les volumes courants classiques et senfoncent ainsi beaucoup plus profondément dans larbre b ronchique. Ceci permet à la fois de ventiler le patient et de mobiliser les sécrétions. Ces appareils peuvent être utilisés seuls, avec un masque ou un embout buccal, ou superposés à une ventilation mécanique classique, non invasive ou sur trachéotomie. Leur conception en circuit ouvert évite toute s u r p ression et tout risque de b a rotraumatisme. Utilisés seuls, il est possible de percuter les patients en les maintenant à très bas volume pulmonaire, à laide de pressions manuelles ou de sangles, pour améliorer lefficacité du drainage périphérique, tout en les ventilant, ce qui est totalement impossible avec un respirateur conventionnel [78] .
Les appareils de ventilation à percussions ont montré leur efficacité dans le traitement dobstructions sévères chez les patients atteints de MNM [18, 78]. Lintérêt dune utilisation quotidienne préventive nest pas clairement établi. Lusage de ce matériel ne dispense pas de réaliser des manoeuvres de drainage manuel ou des aspirations pour vidanger la trachée. Les exsufflateurs mécaniques sont peu connus en Europe, le Cough Assist TM ny étant homologué que depuis quelques mois.
Ces appareils réalisent une h y p e r i n s u fflation, immédiatement suivie dune dépression. Utilisés avec un masque naso-buccal, ils se comportent, en quelque sorte, comme un aspirateur de sécrétions non invasif. Les pressions positive et négative sont réglables de +60 à -60 cmH2O. Ces appareils sont très efficaces chez les patients paralytiques[ 7 ]. Ils semblent toutefois réservés au patient restrictifs dont les voies aériennes sont stables, car la d é p ression expiratoire très import a n t e expose au risque de collapsus lorsquil existe une altération des paro i s b ronchiques. La sécurité de cert a i n s patients atteints de MNM, ventilés à domicile 24/24 heures par méthode non invasive, repose sur lusage de ce matériel pour éviter une décompensation aiguë en cas dencombrement respiratoire [6, 7, 9] .
Correction de lhypoventilationLorsque le syndrome restrictif est tel quune ventilation alvéolaire correcte ne peut être maintenue, le recours à la ventilation mécanique est nécessaire. Son principe est de substituer, partiellement ou totalement, un ventilateur aux muscles respiratoires défaillants. La ventilation mécanique est généralement pratiquée en air ambiant [64].
Une supplémentation en oxygène est possible, généralement en cas de pathologie p u l m o n a i re surajoutée. À noter quune oxygénothérapie, même à faible débit, non associée à la ventilation mécanique, est d a n g e reuse, aussi bien en cas dhypoventilation alvéolaire chro n i q u e quen phase aiguë, car elle expose à un risque dhypercapnie sévère et augmente le risque de surinfection [11, 40].
La ventilation mécanique est indiquée devant lémergence de signes cliniques dhypercapnie. En labsence de ces signes, elle peut également être posée sur des critères gazométriques : PCO2 supérieure à 45 mmHg ou lexistence de désaturations nocturnes, avec une SaO2 inférieure à 88% plus de 5 minutes consécutives [ 2 3 ] .
Des surinfections récidivantes peuvent aussi c o n d u i re à lindication dune ventilation mécanique [ 6 2 ]. La plainte du patient, lapparition ou la majoration dune anxiété sont également à prendre en considération. Il faut garder à lesprit quen période aiguë, les patients atteints de MNM peuvent conserver des gaz du sang normaux jusquà lextrême limite de leurs forces [14] .
La ventilation en pression positive intermittente est la plus répandue. Les ventilateurs barométriques off rent lavantage théorique de compenser les fuites. La ventilation en pression assistée demande aussi moins deff o rt dadaptation au patient, puisque l a p p a reil suit sa demande ventilatoire, en détectant les phases inspiratoires et e x p i r a t o i res et en insufflant uniquement pendant les phases inspiratoires. Les ventilateurs barométriques perm e t t e n t également lutilisation dune pression positive e x p i r a t o i re (PEEP) qui peut être intére s s a n t e pour stabiliser les voies aériennes supérieure s et contrôler les apnées obstructives, parf o i s associées. Cependant, en mode spontané, le patient doit être en mesure de générer un débit inspiratoire suffisant pour déclencher l i n s u fflation [8], difficulté qui peut être palliée par le réglage dune fréquence de sécurité, en mode assisté-contrôlé en pression. Ces a p p a reils sont plutôt réservés aux IRC les moins sévères, car le volume insufflé varie en fonction des résistances. Toutefois, en ventilation barométrique, certains auteurs ont montré des résultats à long terme similaire à ceux obtenus en ventilation volumétrique [ 7 0 ].
Les respirateurs volumétriques garantissent la délivrance dun volume constant, qui sera cependant amputé des fuites inévitables autour du masque ou par la bouche. Ils sont très légers et sont dotés dune autonomie de fonctionnement sur batterie qui autorise plusieurs heures de ventilation sans nécessité dune source de courant électrique. De ce fait ils peuvent être facilement installés sur un fauteuil roulant et utilisés pour une ventilation p e rmanente, 24/24 heure s .
La ventilation non invasive, généralement par voie nasale, est proposée en première intention [ 6 4 ]. Le choix du masque est déterminant pour lobservance et la qualité des résultats, car il doit être supporté par le patient plusieurs heures consécutives, avec le moins de fuite possible. Il faut toutefois noter quil est impossible de garantir labsence permanente de fuite en cas de ventilation non invasive [64]. La ventilation par voie buccale est une alternative à la ventilation nasale, lorsque celle-ci nest pas possible (dysmorphie, nez bouché, etc.) ou est mal supportée [3, 8] . Mais, le plus souvent, la ventilation buccale est utilisée en complément diurne de la ventilation nasale nocturne [3, 6, 8, 64]. La ventilation faciale est plus rarement utilisée chez les patents dont le déficit des membres supérieurs ne leur p e rmet pas dôter le masque. Cette méthode peut cependant, comme la ventilation buccale, être utilisée en cas de fuites buccales massives sous ventilation nasale. Des dispositions pour assurer la sécurité du patient en cas de défaillance du ventilateur doivent exister (masques faciaux munis de valve de sécurité, alarme à déclenchement manuel...). Des masques sur mesure, spécialement adaptés, sont utilisés par quelques équipes [4]. En utilisant plusieurs masques ou en combinant plusieurs méthodes, il est possible de maintenir sous ventilation mécanique 24/24 heures des patients atteints de MNM sans aucune autonomie respiratoire [6, 8] , à condition de pouvoir gérer le problème du drainage bronchique [3, 6, 7, 9] .
La ventilation sur trachéotomie est pro p o s é e en cas déchec de la ventilation non invasive ou lorsque la durée de celle-ci excède 16 h e u res par jour [ 6 4 ] , ou quil existe des p roblèmes insolvables dencombrement bronchique [ 1 5 ]. La canule ne comport e généralement pas de ballonnet, ce qui autorise des fuites permettant de conserv e r la parole. La canule choisie doit être p a rfaitement adaptée à la trachée du patient pour assurer une ventilation efficace, ne pas gêner la déglutition, éviter toute lésion et p e rm e t t re une parole de bonne qualité [15, 62, 77] .
La ventilation sur trachéotomie est plus e fficace que la ventilation non invasive [ 6 2 ], mais elle expose à des risques de complications locales, elle augmente la c h a rge de soins, la dépendance, le coût du t r a i t e m e n t [ 3 ] et elle peut poser des problème s sociaux très importants, notamment lorsquil sagit de trouver ou dorganiser un lieu de vie adapté .
Le ventilateur est réglé pour obtenir une ventilation alvéolaire correcte et une n o rmalisation des gaz du sang. En ventilation non invasive, le réglage doit également tenir compte du confort nécessaire à la bonne adaptation du patient et des fuites. En ventilation barométrique, le réglage de la p ression inspiratoire est choisi en fonction de ladaptation du patient et du volume courant obtenu (variable pour une même pression en fonction des caractéristiques mécaniques du patient et des fuites), lobjectif étant un volume expiré denviron 7 ml/kg de poids théorique. En ventilation volumétrique, le volume courant est réglé, en fonction du c o n f o rt du patient, à une valeur proche de 10 ml/kg de poids théorique, avec un rapport I/E standard à 1/2. La durée quotidienne de ventilation est celle n é c e s s a i re et suffisante pour conserver une gazométrie sanguine normale sur tout le nycthémère [3, 13, 33, 62, 64, 76, 77]. La durée minimum est en général celle du sommeil, période au cours de laquelle les désaturations sont les plus importantes [62, 64, 74, 76, 77] , mais un contrôle régulier de lhématose permet de lajuster selon les besoins. En période périopératoire, le risque dhypoventilation doit être considéré avec attention et si possible anticipé, par léducation et ladaptation dune ventilation non invasive au cours de la préparation p r é o p é r a t o i re, voire la mise en place dune trachéotomie transitoire en cas de syndrome restrictif sévère ou de risque de troubles de la déglutition[15, 33, 38] .
Sous ventilation mécanique, les symptômes liés à lhypercapnie disparaissent im-médiatement. Selon limportance du s y n d rome restrictif, le bénéfice de la ventilation mécanique se prolonge plusieurs heures après son interruption. Plusieurs hypothèses expliqueraient ce phénomène : la lutte contre les micro-atelectasies, la restauration de la sensibilité des centres respiratoires, lamélioration de la qualité du sommeil et la mise au repos les muscles respiratoires [21, 30]. La résultante en est la possibilité, pour le patient, de maintenir une ventilation alvéolaire correcte pendant les périodes de sevrage lorsquelles sont possibles, et de re c o u v rer et maintenir une activité physique et intellectuelle inhibée par l h y p e rcapnie [3, 21, 30]. La ventilation mécanique au long cours a démontré son efficacité dans les MNM [3, 6, 16, 24, 60, 62, 70]. Elle est le principal facteur de laugmentation de lespérance de vie qui a bouleversé le pronostic des aff e c t i o n s s é v è res [6, 16, 24] , tout en préservant une bonne qualité de vie [5, 61]. Il faut cependant insister sur le fait que la ventilation mécanique est une thérapeutique de suppléance. Elle na par conséquent aucun effet sur le pro c e s s u s évolutif de la MNM [16, 24]. De ce fait, le bénéfice en termes dallongement de la durée de la vie reste malgré tout dépendant du processus évolutif de laffection sous-jacente [ 6 2 ].
PARTICIPATION DU PATIENT ET DE LA FAMILLEBien que ses bénéfices soient objectivement incontestables, la prise en charg e respiratoire impose néanmoins unecontrainte importante aux patients atteints de MNM et à leur famille[36, 65]. La rééducation, les hyperinsufflations, la ventilation sajoutent à toutes les contraintes liée à lensemble de la prise en charge et à celles issues de la vie quotidienne. Cert a i n s bénéfices sont immédiats, et "récompensent" le patient de ses eff o rts, dautres sont à beaucoup plus long terme, et sont dautant plus difficiles à appréhender.
La qualité des résultats étant très dépendantede lobservance du traitement, il est absolument nécessaire que lenfant ou ladolescent et sa famille soient des acteurs éclairés de ce traitement. Le patient doit d a b o rd bien compre n d re pourquoi ces contraintes lui sont imposées, quels bénéfices et quels désagréments il peut en a t t e n d re. Le patient et sa famille doivent ensuite être bien éduqués aux techniques et à lutilisation du matériel [ 5 7 ]. Nombre de complications (fuites, douleurs...) proviennent dexplications incorrectes ou incomplètes. Le dialogue avec le patient et/ou sa famille est aussi important pour lanalyse des difficultés et des causes déchec que la discussion interne à léquipe multidisciplinaire [48, 82] .
Le concours des intervenants à domicile : médecin généraliste, kinésithérapeutes, i n f i rm i è res, stru c t u res assurant la mise à disposition du matériel de ventilation sont dun apport déterminant [28, 62]. Ils peuvent p a rticiper à léducation et évaluer les d i fficultés sur le terrain, car la résolution de complications orthopédiques, gastriques, ORL ou maxillo-faciales dans le cadre de lhôpital, comme la qualité de la ventilation, peuvent être remises en cause par les conditions dinstallation ou dorganisation au d o m i c i l e .
Léquipe médicale doit tenir compte de lensemble de ces informations pour adapter le traitement, de manière à ce que les contraintes soient acceptables et acceptées, car lobjectif de la prise en charge est bien que le patient puisse profiter au maximum des bénéfices apportés par le traitement.
C O N C L U S I O NLa prise en charge respiratoire est un élément indissociable de la prise en charge multidisciplinaire des patients atteints de MNM. Par son impact sur les conséquences et le profil évolutif de la maladie, elle a une influence déterminante sur lespérance et la qualité de vie des patients atteints d affections sévères .
Pour limiter les risques dauto-aggravation et de complications aiguës, la prise en charge respiratoire doit être précoce, dès le diagnostic posé chez lenfant ; permanente , car les difficultés de récupération rendent la prévention primordiale et la réactivité doit être immédiate en cas dacutisation ; personnalisée, en fonction de la pathologie et du statut individuel du patient.
Une collaboration étroite entre léquipe médicale hospitalière, les soignants à domicile, le patient et sa famille doit s instaurer, pour assurer une qualité des soins optimum, sans contraintes inutiles.
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