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ASSOCIATION NATIONALE DES MEDECINS SPECIALISTES DE REEDUCATION
MEDECINE PHYSIQUE ET DE READAPTATION
REEDUCATION - READAPTATION - REINSERTION

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N° 60 - 3ème trimestre 2001

L'ADOLESCENT POLYTRAUMATISE GRAVE
EN MEDECINE PHYSIQUE ET DE READAPTATION

L’algodystrophie post-traumatique de l’adolescent

Dr Gilles Mazaltarine (1),
Dr Anne-Claire de Crouy (2),

Dr Shahab Fardjad (1)

 

Résumé

La symptomatologie de l’algodystrophie post-traumatique de l’adulte est bien connue. La forme de l’enfant présente certaines caractéristiques qui en font une entité différente.

L’adolescent peut présenter l’une ou l’autre forme. Les mécanismes en cause dans cette pathologie mettent en jeu le système sympathique mais pas seulement. Le terme de Syndrome Douloureux Régional Complexe (SDRC) a été proposé pour rendre compte de l’intrication des mécanismes en cause. La rééducation reste l’élément le plus important du traitement. Elle doit se faire sans douleur ce qui justifie l’usage préventif d’antalgiques adaptés. Il ne faut pas négliger les dimensions neuropathique et psychique des douleurs des SDRC qui doivent être prises en compte de manière systématique.

I - Introduction

Evoquer la question de l’algodystrophie  devant des médecins de rééducation fait courir le risque de les lasser d’avance face à un sujet qu’ils maîtrisent parfaitement bien. Néanmoins on reconnaît chez l’adulte et chez l’enfant deux syndromes cliniques bien différents qui n’impliquent pas les mêmes prises en charges. On peut trouver chez l’adolescent l’une ou l’autre de ces entités et nous vous proposons donc de refaire le point sur la forme enfantine, moins bien connue. Par ailleurs, nous vous proposons de reprendre quelques éléments très concrets sur l’usage au quotidien de certains médicaments qu’il faut parfois oser à utiliser dans ce type d’indication. Nous nous appuierons sur une expérience de travail en complémentarité, associant médecin rééducateur et médecin algologue qui nous semble vraiment améliorer la qualité des soins apportés à nos patients.

2 - Avant la pratique, quelques éléments de terminologie et de classification

De propos délibéré, nous ne nous étendrons pas sur la séméiologie de cette pathologie qui est parfaitement connue. Toutefois, une nouvelle terminologie a fait son apparition dans la littérature avec laquelle peu de praticiens sont familiarisés. Nous la reprendrons ici à titre informatif car, dans l’état actuel des choses,  la plupart d’entre nous continue de parler d’algodystrophie et de causalgie sans retenir le terme de syndrome douloureux régional complexe (SDRC) qui est aujourd’hui proposé. L’algodystrophie correspond au SDRC de type I et la causalgie au SDRC de type II. Le système nerveux sympathique est usuellement considéré comme l’élément clé dans ces pathologies. Néanmoins, dans les SDRC, la réponse aux blocs sympathiques est parfois mauvaise ou nulle ce qui laisse à penser que le sympathique n’est pas toujours en cause ou, en tout cas, pas seul responsable. D’autre part, le terme d’algodystrophie suppose la présence d’une dystrophie qui n’est pas toujours avérée.

Pour le SDRC de type I (ex-algodystrophie) les critères diagnostiques retenus sont au nombre de quatre, les trois derniers étant essentiels :

  1. Existence d’un événement nociceptif initiateur ou d’une cause d’immobilisation.

  2. Douleur continue, allodynie ou hyperalgésie telle que la douleur est disproportionnée par rapport à tout stimulus déclenchant

  3. Apparition, à un moment ou un autre, d’un œdème, d’une altération de la vascularisation cutanée ou d’une anomalie de l’activité sudoro-motrice dans la zone douloureuse.

  4. Ce diagnostic est éliminé par l’existence d’autres états  qui pourraient rendre compte autrement du niveau de douleur et d’impotence.

Pour le SDRC de type II (ex-causalgie) les critères diagnostiques sont au nombre de trois et tous indispensables :

  1. Présence d’une douleur continue, d’une allodynie ou d’une hyperpathie après blessure nerveuse et pas nécessairement limitée à la distribution topographique du nerf lésé.

  2. Présence à un moment ou à un autre d’un œdème, d’altérations du débit sanguin cutané, ou d’anomalies de l’activité sudoro-motrice dans la zone douloureuse.

  3. Ce diagnostic est éliminé par l’existence d’autres états qui pourraient rendre compte autrement du niveau de douleur et d’impotence.

 

La notion de SDRC ne remet pas en cause l’évolution classique telle qu’elle est décrite en l’absence de traitement. Pour mémoire :

• stade I : aigu ou chaud ;

• stade II : stade d’instabilité ou dystrophique, trois mois après l’événement causal;

• stade III : stade atrophique, six mois après les premiers symptômes.

Il faut tout de même retenir que tous les patients n’évoluent pas forcément selon ces stades.

3 -   Le SDRC type I de forme enfantine

Le diagnostic est d’autant plus difficile que la clinique peut être très fruste.

L’atteinte prédomine à la partie distale des membres et de façon nettement plus fréquente chez la fille (70%). Il s’agit d’une forme dit froide d’emblée avec un membre cyanique, froid, douloureux à l’effleurement. L’enraidissement articulaire est difficile à tester en raison de l’appréhension du patient à tout mouvement actif ou passif. Sous anesthésie générale, il n’y a pas d’enraidissement articulaire. Néanmoins, la mobilité étant extrêmement réduite, il existe un risque d’enraidissement secondaire.

Le délai post-traumatique est souvent court, de l’ordre de 24 heures et le traumatisme peut être minime voire insignifiant. Il faut veiller à ne pas rapporter à un traumatisme récent, banal chez l’enfant, une réaction végétative secondaire à une autre étiologie. Les principaux diagnostics différentiels sont l’ischémie aiguë de membre (mais les pouls sont correctement perçus et le membre est cyanique), la fracture de fatigue et en cas de clinique fruste, la somatisation.

L’interrogatoire poussé retrouve fréquemment des facteurs d’inquiétudes familiales, scolaires, sportifs.

L’examen radiographique sera le plus souvent normal tout au long de l’évolution (67%), mais on observera parfois des déminéralisations en bandes claires métaphysaires horizontales et transversales, témoins de l’hypovascularisation. On cherchera attentivement, chez l’enfant, toute lésion osseuse pouvant évoquer une réaction végétative secondaire et faussement rattachée à un traumatisme banal.

A la scintigraphie, on observe dans 60% des cas une hypofixation franche avec extinction des cartilages de conjugaison. Au membre inférieur, il est parfois difficile de rapporter l’hypofixation à un SDRC type I en raison de la décharge fréquente du membre incriminé, pouvant à elle seule induire une hypofixation relative. Dans 23% des cas, on observera une hyperfixation et plus encore que chez l’adulte, il faudra savoir remettre en cause le diagnostic de SDRC type I post traumatique et rechercher une étiologie (arthrite inflammatoire juvénile, ostéome ostéoïde…)

Pour l’adulte comme pour l’enfant, la prise en charge précoce évitera la chronicisation des symptômes. Le principe est de parvenir à mobiliser l’articulation sans douleur. Cependant, dans la forme enfantine, l’absence d’évolution vers la phase froide sclérosante et la fréquence des facteurs psychologiques impliqués dans la pérennisation des symptômes, justifie l’utilisation de méthodes peu invasives et en premier lieu l’association kinésithérapie - psychothérapie. Dans une étude prospective concernant 103 enfants, Sherry et al. Retrouvent 92 % de bons résultats rapides avec ce traitement. On peut néanmoins proposer d’associer en début de prise en charge, un traitement médicamenteux (antalgique de niveau II et/ou traitement Rivotril gouttes au coucher). Si l’évolution n’est pas rapidement favorable, il faudra savoir remettre en cause le diagnostic avant de suivre des protocoles thérapeutiques calqués sur ceux des adultes.

Les patients plus jeunes sont plus à risque de récidive d’algodystrophie dans le même ou un autre territoire et la disparition du symptôme n’implique donc pas que l’histoire est finie...

4 - Propositions thérapeutiques

Dans l’approche thérapeutique, il convient, à notre sens, de laisser une place importante à la dimension préventive. Notre expérience plaide en faveur d’une prise en charge précoce de la douleur post-opératoire et/ou post-traumatique. Les données de la littérature ne permettent pas de confirmer qu’une bonne prise en charge antalgique évite la survenue d’un SDRC. Toutefois, il semble de bon sens de mettre en avant le fait qu’une bonne analgésie permet une rééducation plus facile et de meilleure qualité avec une plus grande satisfaction du patient. Dès l’arrivée nous proposons une auto-évaluation de la douleur  avec des outils simples (EVA, dessin, calendrier douleur). Nous insistons sur la douleur ressentie au cours des séances de rééducation afin de la prévenir au mieux en proposant l’administration d’antalgiques avant la séance, y compris des morphiniques majeurs si cela s’avère nécessaire. Les schémas thérapeutiques sont réévalués régulièrement et adaptés en permanence.

Le choix d’un médicament peut s’appuyer sur le classement en trois paliers proposé par l’OMS.

La dimension psychique ne doit pas être négligée. La notion de personnalité à risque de présenter un SDRC a parfois été évoquée. En fait, chez l’adulte, aucune donnée de la littérature ne permet d’étayer cette hypothèse. La disparition de la douleur permet, en règle, de voir régresser les éléments psychogènes. Il faut être extrêmement prudent avant de catégoriser les patients, l’étiquette d’hystérie étant souvent vite brandie. Le point fondamental dans toutes les situations de douleur, aiguë ou chronique, est de se rappeler que la douleur est une expérience individuelle et qu’il n’existe pas de proportionnalité simple entre un stimulus et  la douleur qui devrait en découler. Une formule pourrait résumer cela : le patient a toujours raison. S’il dit qu’il a mal, c’est la réalité de ce qu’il ressent. A nous, médecins, d’en comprendre le support et de proposer une prise en charge efficace et rapide. On ne peut donc pas repérer le patient qui présentera un SDRC sauf s’il existe des antécédents. Mais, en toutes circonstances, la prise en compte des éléments anxieux, naturellement présents après un traumatisme et au cours d’une hospitalisation, est fondamentale. La réponse à apporter n’est pas forcément médicamenteuse et n’impose pas toujours le recours à un spécialiste, psychiatre ou psychologue. Parler avec le patient, lui expliquer ce qui va lui être proposé, ne pas éluder les difficultés, le risque de douleur au cours des séances de rééducation, l’inciter à exprimer ses craintes et ses souffrances, tout cela a déjà une fonction thérapeutique très importante. Bien sûr, en retour, il faut répondre de manière adaptée à ce qu’il nous dit, notamment, prescrire les antalgiques en dépassant la notion de protocoles standardisés rigides qui ne sont jamais universels. Il faut être souple et savoir modifier les traitements. Il n’est pas habituel que les patients soient dans une demande délibérée d’augmentation des doses d’antalgiques, dans une dérive de type addictive. Cela est bien montré en post-opératoire lorsque l’on recourt à l’analgésie contrôlée par le patient (PCA). Dans ce cadre, il gère lui-même ses doses de morphine, en s’auto-administrant des bolus en fonction de ses douleurs. Les résultats sont meilleurs qu’en administration systématique (continue ou discontinue) avec une moins grande consommation totale d’antalgique. Le plus souvent, le patient reste en deçà de la dose à laquelle il a droit. En résumé, il faut faire confiance au patient. Il s’agit d’un contrat dans lequel il doit rester acteur de son histoire.

La physiothérapie reste la base du traitement, les médicaments ont pour but, outre le soulagement le plus rapide possible de la douleur, d’en faciliter le déroulement. Il ne semble pas opportun de re-détailler, ici,  ce qui est de l’ordre du travail quotidien d’un médecin de rééducation.

La calcitonine

Dans les phases chaudes, l’usage de la calcitonine est bien connu et reste tout à fait intéressant. En phase froide, le bénéfice est beaucoup moins net. Tous les rééducateurs l’utilise, nous n’ insisterons pas. L’important est de ne pas se cantonner à cette approche en cas d’échec ou de soulagement incomplet au bout d’une dizaine de jours de traitement.

L’interruption sympathique

Le blocage ganglionnaire ou le blocage sympathique intra-veineux (ALRIV) sont les deux techniques utilisées. Le blocage ganglionnaire peut se faire au niveau du ganglion stellaire pour le membre supérieur et, pour le membre inférieur, il est possible de bloquer la chaîne sympathique et les ganglions de L2 à L4. Le produit le plus souvent utilisé est la bupivacaïne (Marcaïne*). Certains proposent des blocs prolongés grâce à un cathéter épidural. La sympatholyse chimique ou la sympa-thectomie chirurgicale sont moins souvent envisagées.

Le blocage sympathique intraveineux (ALRIV), décrit en 1967, est largement utilisé. Comme le blocage ganglionnaire, il a pour objectif de créer une fenêtre analgésique afin de faciliter la mobilisation du membre atteint. Il est de pratique assez simple et peu risquée. Toutefois, la technique qui fait appel à la mise en place d’un garrot pneumatique, est parfois ressentie comme agressive par certains patients. Le produit actuellement le plus utilisé est le buflomédil  (Fonzylane*). La guanéthidine est interdite dans beaucoup de pays. En France son usage est limité par une procédure d’ATU. Elle est plutôt utilisée en deuxième ligne en cas d’échec du Fonzylane*. Sans que son efficacité aie pu être démontée, cette technique permet parfois une amélioration franche de la situation. Cependant, il ne paraît pas légitime de multiplier ce geste s’il n’apporte aucune amélioration après trois à  quatre tentatives.

Prise en compte de la dimension neuropathique

La douleur neuropathique, qui résulte de la lésion d’une structure nerveuse centrale ou périphérique, se caractérise par le fait qu’il existe une dérégulation du système de contrôle de l’information douloureuse qui a comme conséquence la genèse de sensations douloureuses étranges et extrêmement pénibles, souvent difficiles à décrire mais où l’on retrouve souvent les termes de brûlures, de décharges électriques, de broiement. Au niveau de la corne dorsale de la moelle, on retrouve une importante activité NMDA liée à une forte concentration d’un acide aminé excitateur, le glutamate. Bien entendu, les mécanismes en cause ne se résument pas à l’intervention d’un unique neuromédiateur. Toutefois, la présence du glutamate est très importante à prendre en compte. En effet, la plupart des médicaments efficaces dans les douleurs neuropathiques ont une action anti-NMDA. Les antalgiques classiques (ceux des paliers de l’OMS) sont efficaces sur les douleurs par excès de nociception qui surviennent sur un système nerveux intact. Pendant longtemps, l’efficacité des opioïdes dans les douleurs neuropathiques a été contestée. Aujourd’hui, l’idée retenue est qu’ils sont efficaces à des doses importantes avec un risque accru d’effets secondaires gênants, mal acceptés par les patients. Toutefois, l’association d’un anti-NMDA et d’un opioïde peut être intéressante comme si l’effet anti-glutamate restaurait l’efficacité du morphinique.

Dans les SDRC de type II, la dimension neuropathique est prépondérante, la lésion initiale étant nerveuse. Dans les SDRC de type I, elle existe indiscutablement si l’on se réfère à ce que nous décrivent les patients et à l’effet positif observé avec les médicaments anti-NMDA. De ce fait, il est indispensable de bien connaître les principaux produits utilisés réunis, pour l’essentiel, au sein de deux grandes familles représentées par les antidépresseurs tricycliques et les anti-épileptiques. Parmi les autres produits, la kétamine mérite d’être signalée, nous en reparlerons plus loin.

Les antidépresseurs tricycliques :

Il est important de bien faire la distinction entre l’action anti-dépressive de ces molécules et leur effet analgésique. Classiquement, l’effet antalgique est obtenu avec des doses nettement inférieures (2 à 3 fois) à celles nécessaire pour contrôler un état dépressif. Il faut tout de même noter qu’il est parfois indispensable de proposer des doses importantes, par voie parentérale, pour soulager une douleur chronique. Les tricycliques sont volontiers efficaces sur les douleurs à fond continu et beaucoup moins sur les douleurs paroxystiques. Les produits les plus utilisés sont l’amitriptyline  (Laroxyl*), la clomipramine (Anafranil*), l’imipramine (Tofranil*). Le Laroxyl* est le plus sédatif. En terme d’effets secondaires, en dehors de la sédation, ils ont en commun l’importance de leurs effets anti-cholinergiques qui les font contre-indiquer dans les glaucomes par fermeture de l’angle et les adénomes prostatiques. Il faut être vigilant sur la survenue d’une vessie rétentionniste. Il convient d’avertir les patients du risque de sécheresse de la bouche. La constipation, habituelle avec ces molécules, doit être prévenue. Ces précautions limitent le risque d’abandon de traitement. Dans un autre registre, les troubles du rythme cardiaque et les troubles coronariens sont en général liés à un surdosage. Il faut, malgré tout, se méfier des terrains prédisposés. L’hypotension orthostatique est fréquente, surtout avec de grosses doses, en parentéral. Elle peut être prévenue par l’administration de DHE (30 gouttes trois fois/jour par exemple). Au long cours, les tricycliques sont souvent responsables d’une prise de poids importante. Il faut donc, là encore, prévenir les patients.

Devant un SDRC au cours duquel le patient décrit une douleur à fond continu, il peut être légitime de proposer ce type de drogue. En terme de posologie, en première intention, il convient de débuter à petite dose, la réaction du patient, notamment le niveau de sédation, étant toujours difficile à prévoir. Il vaut mieux débuter le soir, surtout avec le Laroxyl*. Celui-ci a l’avantage d’exister en suspension buvable ce qui permet une adaptation plus souple des doses. Des paliers de 5 gouttes sont habituels. Une seule prise quotidienne est possible, deux si la tolérance est bonne en terme de vigilance. La dose habituellement efficace se situe entre 20 et 50 mg. Cela dit, il est parfois nécessaire d’aller beaucoup plus haut et de passer à la voie parentérale. Ceci ne se fait pas en première intention mais lorsque les traitements simples, correctement menés, sont en échec. Il faut savoir qu’en matière de douleur neuropathique, la réponse au traitement est souvent différée, de l’ordre d’une quinzaine de jours. A titre d’exemple, un schéma d’administration du Laroxyl* en perfusion peut être proposé ici. Il est très classique et directement superposable à ce qui se fait en psychiatrie même si l’indication est différente. Le traitement se déroule sur deux semaines à dose croissante jusqu’à 100, voire 150 mg. Une progression par paliers de 50 mg tous les 2 jours est en général bien tolérée. Il vaut mieux faire la perfusion le soir. Il faut la passer en, au moins, 2 heures. Le risque d’hypotension orthostatique en fin de perfusion est important et donc à surveiller. A la fin du cycle de perfusions, un relais per os doit être pris et les doses seront modulées en fonction de l’évolution.

Les anti-épileptiques :

La plupart des anti-épileptiques ont été testés dans les douleurs neuropathiques. Les molécules effectivement intéressantes en pratique quotidienne sont assez peu nombreuses. Globalement, les antiépilep-tiques sont efficaces sur les douleurs paroxystiques, certains sont également opérants sur les douleurs à fond continu. C’est souvent le champ des prescriptions hors AMM, l’indication douleur ne figurant pas sur les mentions légales. Il n’est pas inutile  d’expliquer au patient que c’est bien un antalgique qu’on lui donne car il fait peu de doute qu’il consultera la notice du médicament et sera bien inquiet de se voir donner un traitement contre l’épilepsie. Cette remarque vaut également pour les tri-cycliques : recevoir un anti-dépresseur lorsque l’on se plaint de douleurs peut être mal ressenti.

La carbamazépine (Tégrétol*) est sûrement le plus anciennement prescrit comme antalgique. Il n’est efficace que sur les douleurs paroxystiques. Son indication majeure actuelle est la névralgie du trijumeau pour laquelle il a une AMM. Il génère beaucoup d’effets secondaires, notamment en terme de sédation, et pose pas mal de soucis d’interactions médicamen-teuses. Il impose également une surveillance régulière de la numération formule sanguine. Il n’est pas habituel de le proposer, au moins en première intention, dans un SDRC.

Le clonazépam (Rivotril*) est actuellement  l’anti-épileptique le plus souvent prescrit en première intention. C’est une benzodiazépine et il partage, avec le reste de cette famille, des effets secondaires importants en terme de sédation, de troubles mnésiques et de risques de tolérance et de dépendance. Il est contre-indiqué dans la myasthénie. Par contre, il a l’avantage d’être efficace sur les douleurs paroxystiques et les douleurs à fond continu. Son action sédative peut être intéressante à titre anxiolytique. Il est un peu myorelaxant ce qui peut aussi être utile. Il n’est pas toujours bien supporté dans la journée. Il est fréquent de le donner en une seule prise le soir. Deux formes orales sont disponibles. La suspension permet une adaptation souple, ce d’autant qu’une goutte (0,1 mg), en plus ou en moins, peut changer les choses chez certains patients. Il est habituel de débuter entre 3 et 5 gouttes le soir et de faire des paliers de 2 gouttes tous les 2 jours jusqu’à un maximum de 20 à 30 gouttes. Si aucun effet positif n’est observé, il faut se poser la question d’une autre molécule. Les comprimés sont dosés à 2 mg et sont quadri-sécables.

La gabapentine (Neurontin*) est également très intéressante. Actuellement, elle est souvent proposée en seconde ligne derrière le Rivotril*. Les effets secondaires les plus gênants sont représentés par des vertiges en début de traitement. Il existe également un risque de sédation, en principe moins marquée qu’avec le Rivotril* mais qui peut être gênante. Il se présente sous forme de gélules dosées à 100, 300, 400 mg. La fourchette de dose efficace se situe entre 1200 et 3600 mg. Bien sûr, il existe une grande variabilité d’un patient à l’autre. Il convient, là encore, d’augmenter très progressivement les doses. En général des paliers de 300 mg tous les 2 jours sont bien tolérés. Il est possible de monter plus rapidement.

La lamotrigine (Lamictal*) est moins connue. Son usage dans les douleurs neuropathiques est plus récent. C’est un produit qui est efficace et plutôt moins sédatif que les précédents. Son inconvénient majeur réside dans le risque de voir survenir un syndrome de Lyell, surtout en cas d’association avec l’acide valproïque  (Dépakine*). Il faut donc s’enquérir d’antécédents allergiques. Les doses sont très modestes au départ, 25 mg par jour la première semaine, en prévenant le patient d’arrêter immédiatement en cas de manifestation cutanée quelconque. Si tout va bien, il est ensuite possible de monter rapidement à la dose usuellement efficace qui se situe entre 200 et 400 mg, en général en 2 prises par jour.

La kétamine (Kétalar*) Ce produit est un anesthésique déjà ancien et qui n’est plus guère utilisé dans cette indication aujourd’hui. Son intérêt vient du fait que c’est un très puissant anti-NMDA qui peut rendre service dans des situations de douleurs neuropathiques très rebelles. En terme d’effets secondaires, c’est surtout le risque de syndrome confuso-onirique qui est mis en avant. Ceci peut être éviter par une association avec une benzodiazépine, du Rivotril* par exemple. Il est surtout réalisé en intraveineux. La voie sous-cutanée est à éviter en raison de la survenue de nodules très douloureux au point d’injection, surtout en mode continu. La voie orale est parfois utilisée, mais de manière empirique, en multipliant par trois la dose intraveineuse. L’autre souci réside dans l’absence quasi-complète de post-effet ce qui est gênant en douleur chronique. Toutefois, dans des douleurs très résistantes pour lesquels toutes les autres options sont en échec, il peut donner des résultats spectaculaires. Il peut être administré en IV continu ou discontinu (2 à 4 fois/24 heures), seul ou en association avec de la morphine dont il améliore nettement l’effet. Il arrive que quelques jours de kétamine débloquent des situations d’impasse dont il semblait difficile de sortir. Bien sûr, il y a des échecs mais ce produit mérite d’être connu. Il est assez facile à manipuler mais, en principe, il impose la supervision d’un anesthésiste. Concrètement, la posologie habituellement proposée se situe entre 1 et 5 mg/kg et par jour, c’est à dire très en deçà des doses utilisées en anesthésie.

Les antalgiques classiques

Les antalgiques classiques, dont l’indication est représentée par les douleurs dites par excès de nociception, peuvent, bien sûr, avoir leur place dans le traitement des SDRC. Les médicaments des paliers I et II sont très habituellement proposés mais ceux du palier III suscitent encore beaucoup de méfiance. Globalement, l’usage des morphiniques majeurs dans les douleurs non cancéreuses pose encore problème à beaucoup de praticiens. Dans la réalité, le risque de voir s’installer une dépression respiratoire ou une accoutumance n’est pas différent que l’on soit en situation carcinologique ou non. La vraie question est de savoir si la douleur que présente le patient répond à ce type d’antalgique. C’est donc le mécanisme en cause dans la genèse de la douleur qu’il faut évaluer. Par ailleurs, chaque individu répondra de manière unique, notamment en terme d’effets secondaires. Il faut se souvenir que la dépression respiratoire est toujours la conséquence d’un surdosage en morphinique. Il existe un antidote, la naloxone (Narcan*), qui est toujours efficace en cas d’incident. Il faut apprendre à l’utiliser pour être en parfaite sécurité avec les morphiniques majeurs. Si le traitement est bien institué, ce risque est véritablement minime. Un patient sous morphine à domicile n’est pas en danger. La dose qu’il reçoit aura été préalablement déterminée et la réponse évaluée. Si les doses doivent être augmentées, il existe une règle simple de progression qui permet de le faire en toute sécurité : on augmente par paliers de 50% de la dose en cours. Pour arrêter un traitement institué au long cours, on diminue par paliers de 50% par seLemaine si l’on veut se donner une sécurité maximale. Il est, toutefois, possible d’aller un peu plus rapidement.

Conclusion

L’adolescent peut présenter une forme adulte ou enfantine d’algodystrophie (SDRC type I), impliquant des prises en charge différentes.

Dans la forme enfantine, il sera d’abord tentée une prise en charge très peu invasive, associant psychothérapie et rééducation.

Dans la forme adulte, en première ligne, on peut tenter la calcitonine, surtout en phase chaude. Y associer un antalgique de palier II est habituel. Si le patient évoque une douleur de tonalité neuropathique, il ne faut pas hésiter à introduire un anti-NMDA, tricyclique si la douleur est à fond continu, anti-épileptique si elle est paroxystique. Le Rivotril* joue sur les deux composantes. Si la mobilisation est très pénible au moment des séances, ne pas hésiter à donner de la morphine en cas d’échec des paliers II proposés en préventif. Il faut alors, idéalement, faire une titration à la morphine IV. Ensuite on peut choisir une forme injectable ou bien orale à libération immédiate pour les séances suivantes.

Si la calcitonine, les médicaments de paliers II, le Rivotril* sont en échec face à une douleur continue, il faut réévaluer plusieurs éléments :

• Les éléments psychodynamiques.

• Si la tonalité neuropathique prédomine, il faut savoir changer d’anti-NMDA en introduisant, par exemple, du Neurontin*.

• Si c’est une tonalité mécanique qui semble dominante, un recours à un morphinique majeur est à réfléchir. On commence alors par une forme à libération immédiate que l’on donne toutes les 4 heures après avoir réalisé la titration initiale. Ensuite, on prend le relais avec une forme à libération prolongée, morphine ou fentanyl, l’hydromorphone n’étant pas un médicament de première intention.

• Le plus souvent les mécanismes sont intriqués, justifiant le maintien d’ une association antalgique classique/anti-NMDA

En cas d’échec des options précédentes, il semble légitime d’envisager des blocs sympathiques intra-veineux, les perfusions de tricycliques, un blocage ganglionnaire et si véritablement, la douleur est rebelle, il faudra penser à la kétamine.

Pour terminer, il nous semble important d’insister, de nouveau, sur l’importance de la dimension préventive, tant au niveau de la qualité de l’analgésie en période post-traumatique ou post-opératoire qu’au niveau du soutien psychique, tout ceci permettant une mobilisation  précoce et la moins douloureuse possible.


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(1) Fondation Santé des Etudiants de France

Centre Médical et Pédagogique de Varennes Jarcy

29, rue de la Libération Varennes Jarcy (91)

(2) Fondation Santé des Etudiants de France

Centre Médical et Pédagogique pour Adolescents

19, rue Lardanchet

Neufmoutiers en Brie (77)


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