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N° 59 - 2ème trimestre 2001
LA CHUTE
PHYSIOLOGIE DE LA MARCHE - PARTICULARITES CHEZ LA PERSONNE AGEE
Les troubles de la marche de la personne âgée sont un souci permanent en pratique de rééducation. Leur principal corollaire est la chute qui représente par ses conséquences physiques, fonctionnelles, et psychosociales un lourd problème de santé publique. Analyser les facteurs qui favorisent la chute permettra daméliorer la prise en charge des patients et de diminuer lincidence des conséquences malheureuses.
I Définition [21]
L a marche est un mouvement élaboré qui est à la fois un mouvement en rampe (nécessitant un recrutement variable de lunité motrice), un mouvement topo-cinétique (orienté vers un but), un mouvement morpho-cinétique (résultat dun modèle interne dont la réalisation implique des changements fonctionnels rapides de millions de neurones), un mouvement à composantes éréismatiques (cest-à-dire faisant intervenir un support nécessitant une coordination avec la posture).
La posture est le fait dune série de réactions et de réflexes successifs schématisés selon lordre suivant :
une réaction de redressement permet au sujet par le jeu des synergies musculaires de sériger
une réaction de soutien modulée par les muscles à action anti-gravidique maintient le centre de gravite dans la projection du polygone de sustentation
un réflexe danticipation permet un ajustement préalable. En effet, le mouvement du membre inférieur doit être précédé dun ajustement du tronc sans lequel surviendrait un déséquilibre
des réactions réflexes aux déplacements du centre de gravité avec deux types de réflexes : précoces, spinaux non indis-pensables, et réflexes de longue latence passant par le tronc cérébral et lencéphale, entraînant des contractions des muscles gastrocnémien et tibial antérieur que lon peut évaluer par la réponse à la poussée
des réactions de secours adaptées qui se traduisent en cas de déséquilibre par quelques pas ou des mouvements des bras (par exemple, geste de moulin à vent devant un précipice)
enfin, des réactions de protection qui surviennent lors dune chute par déséquilibre postural, (par exemple un geste de protection par antépulsion des membres supérieurs).
La locomotion de même est organisée en plusieurs séquences :
Iinitiation de la marche correspond a une véritable chute due à une inhibition de la posture. Dans un premier temps, le centre de gravité se déplace latéralement vers un pied ce qui permet à lautre de se soulever, puis le centre de gravité se déplace en avant permettant encore de se porter sur le pied avancé. Enfin, la contraction est redistribuée aux muscles posturaux qui rétablissent léquilibre. Certaines équipes ont étudiée cette séquence : Elble et coll [5] ont montré que le démarrage est une séquence stéréotypée dajustements posturaux qui aboutit au pas antérieur, les troubles pouvant venir danomalies du contrôle postural, du mouvement, ou de leur intégration. Leur procédure relevait dun analyse simultanée des forces (plate-forme AMTI), de lEMG, et du mouvement (système tridimensionnel VICON).
dautres auteurs se sont penché sur les systèmes de propulsion : Dillingham et coll [4], utilisant lassociation dun contact électrique plantaire, dune plate-forme 3D (Kistler), et de lanalyse tridimensionnelle du mou-vement (système Vicon), ont montré que durant la marche, la jambe oscillante est le facteur principal permettant au corps davancer, contrôlée dans son mouvement, emmagasinant de lénergie et la restituant au corps pendant la phase oscillante. Sa contribution à lavancée du corps est plus importante que la propulsion par la jambe dappui.
enfin un starter déclenche les mouvements rythmiques dont le point de départ chez lanimal est le fait doscillateurs spinaux générant le rythme.
Au total, posture et locomotion sont le fait de systèmes séparés, coordonnés grâce à des interactions centrales.
2 Déroulement de la marche [1]
La description dune marche normale peut être établie selon quatre orientations en fonction de données cinématiques (mouvement, vitesse et accélération des différents segments de membres dans les trois plans de lespace), cinétiques (étude des forces et des moments), électro-myographiques (séquences coordonnées dactivation inactivation musculaires), enfin énergétiques (évaluation de la consommation doxygène reflet du travail mécanique). Nous détaillerons principa-lement les caractéristiques cinétiques, en effet ces données sont fondamentales pour interpréter les mécanismes physiopa-thologiques des troubles de la marche.
La marche, au delà de cette description analytique, comme nous lavons déjà mentionné, peut être considérée comme un modèle de contrôle de léquilibre dans la posture et le mouvement. Léquilibre est défini par les relations qui existent entre le centre de gravité et le centre de pression qui correspond à la force de réaction du sol au poids du sujet. Les relations entre centre de pression et centre de gravité peuvent être détaillées au cours des quatre phases successives du déroulement de la marche [7,3].
2-1 - La posture
Le rôle du système nerveux central est de maintenir la posture en gardant le centre de gravité en regard du polygone de sustentation. Le corps peut être considéré comme un pendule inversé réagissant à des forces externes comme la gravité au moyen de forces sous contrôle des systèmes nerveux et musculo-squelettiques. Au départ le centre de pression est situé entre les deux pieds et en avant des chevilles. Pendant la phase posturale la projection du centre de gravité du corps ne correspond pas parfaitement au centre de pression entre les pieds, entraînant des accélérations tant dans les directions antéropostérieures que médiolatérales. Linformation sensorielle concernant la force dappui prend naissance au niveau des récepteurs de charge constitués par les organes tendineux de Golgi des muscles extenseurs à fonction antigravitaire, des mécanorécepteurs de la voûte plantaire, enfin les gravirécepteurs de la loge périrénale [2,16]. La position du centre de gravité sera contrôlée par les variations du centre de pression en fonction des mouvements de flexion - extension de la cheville dans le plan sagittal. Ainsi en cas de flexion plantaire on observe un déplacement vers lavant du centre de pression qui entraîne une accélération du centre de gravité vers larrière et vice-versa. Avant laction perturbatrice dun mouvement volontaire, le rôle des ajustements posturaux est de maintenir les perturbations exercées sur la posture à lintérieur des limites biomécaniques définies autour du point dappui au sol en minimisant le déplacement du centre de gravité afin de préserver léquilibre de lensemble du corps.
2 - 2 - LInitiation de la marche
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| Initialisation de la marche : trajet du centre des pressions et du centre de gravité |
Linitiation de la marche correspond à une séquence stéréotypée dajustements pos-turaux qui débute par lélévation du pied initiant jusquau décollement de lhallux du pied opposé [5]. Ce démarrage correspond à une véritable chute en avant résultant dune inhibition de la posture. Le trajet du centre de pression montre que ce démarrage débute par un déplacement dans le sens postérieur et latéral vers le pied initiant. Cette poussée au sol va propulser le centre de gravité vers lavant et vers le pied dappui. Le centre de pression se déplace ensuite latéralement vers le pied dappui puis enfin dans le sens postéro-antérieur sous le pied dappui. Lanalyse électromyographique objective une séquence stéréotypée qui commence par une chute brutale du tonus du gastrocnemius accompagnée par une activation intense du tibialis anterior.
2-3 - La marche stabilisée
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Définition du cycle de marche |
Un cycle de marche se définit par la succession au niveau de chaque membre inférieur, dune phase dappui et dune phase oscillante dont les durées représentent respectivement 60 et 40 % du cycle, la durée de la phase de double appui étant environ de 10 % (figure 2). Les paramètres analysés sont la durée de la phase dappui, de la phase doscillation (période où un seul des deux pieds est en contact avec le sol), la longueur du pas (intervalle séparant deux appuis du même pied), la largeur du pas (distance séparant les deux talons lors du double appui), la cadence (nombre de pas effectués par minute), enfin la vitesse de marche (nombre de pas par minute).
Au cours de la marche stabilisée le centre de pression présente un parcours en zigzag qui traduit la poussée au sol du pied dappui pour assurer la propulsion du centre de gravité vers lavant et vers la jambe qui termine son oscillation [14].Cette double poussée assure à la fois le maintien de la marche à vitesse constante et celui de léquilibre latéral lors de lappui unipodal. Le centre de gravité se déplace le long dune sinusoïde qui évolue dans les trois plans de lespace, sélevant à chaque temps portant et sabaissant à chaque double appui dans le plan vertical. Dans le plan horizontal, lensemble du corps se met en équilibre dynamique alternativement sur chaque membre inférieur portant, le centre de gravité subissant donc des oscillations latérales dessinant une sinusoïde dont les sommets correspondent à chaque temps portant. Pendant la marche, ce sont principalement les muscles abducteurs-adducteurs de hanche qui permettent le contrôle de léquilibre, les fléchisseurs-extenseurs de cheville ayant un rôle plus négligeable.
2-4 - Le retour à la posture initiale
Cette phase reproduit globalement en miroir le processus de linitiation [10]. A larrêt il existe une décélération du centre de gravité pour finalement le stabiliser entre les deux pieds dans leur position finale. La décélération débute lors du dernier simple appui en réduisant la propulsion des fléchisseurs plantaires. Lorsque le deuxième pied entre en contact avec le sol à la hauteur du pied dappui pour rétablir la posture, la majeure partie de la décélération seffectue par absorption de lénergie cinétique par un travail excentrique des fléchisseurs plantaires. Afin de stabiliser en toute sécurité le centre de gravité, le centre de pression doit dépasser légèrement sa position finale et revenir progressivement vers larrière pour se mettre en correspondance avec le centre de gravité à lintérieur du polygone de sustentation.
3 Méthodes dexplorations instrumentales de la marche [12,20,21]
Si lexamen clinique est indispensable dans lévaluation des troubles de la marche, il comporte certaines limites. En particulier, il napprécie pas de façon quantitative les différents paramètres de la marche et reste imprécis quant à lanalyse de ces données. Les méthodes dexplorations instrumentales sont donc de plus en plus utilisées.
Les paramètres temporospatiaux peuvent être accessibles au simple chronométrage dun sujet marchant sur un parcours de longueur connue, associé à un comptage des pas. On peut également utiliser des contacteurs plantaires ou "switchs" qui indiquent la survenue des différents événements du pas, des pistes conductrices dans lesquelles sont insérées des contacteurs, enfin le locomètre de Bessou où chaque pied du sujet est relié à un fil activant un potentiomètre. Les paramètres cinématiques peuvent être évalués par la goniométrie électronique articulaire, par les accéléromètres ou par des techniques denregistrement cinématographique ou vidéo, voire par la strobophotographie. Plus récemment sont apparus des systèmes plus sophistiqués, dits opto-électroniques, qui permettent une analyse tridimensionnelle du mouvement par la reconstitution infor-matique du trajet de marqueurs placés au niveau de repères anatomiques et recouverts dune substance réfléchissante, ces marqueurs étant éclairés par des caméras infrarouges. Les paramètres cinétiques sont accessibles à deux systèmes de mesure. Dune part les semelles baropodométriques (interface plantaire équipée de capteurs), et les plates-formes dynamométriques qui sont destinées à mesurer les réactions dappui au sol, décomposées dans les trois axes de lespace. Les paramètres électromyo-graphiques sont évaluées au moyen délectrodes bipolaires de surface qui fournissent lanalyse qualitative des séquences de contractions musculaires. Lensemble de ces techniques peuvent être associées, fournissant alors une analyse multiparamétrique complexe de la marche.
4 Mécanismes des troubles de la marche [22]
Les troubles de la marche peuvent être en rapport avec une pathologie décelable organique ou psychique. Fréquemment les désordres seront idiopathiques et la plupart du temps, Iorigine sera multifactorielle.
4-1 - les pathologies décelables
4.1.1 - les affections de lappareil locomoteur
Habituellement douloureuses, on distinguera les arthropathies dégénératives ou inflam-matoires (polyarthrite rhumatoïde, pseudo-polyarthrite rhizomélique, arthropathie micro-cristalline), les déformations rachidiennes (cyphose ou scoliose) ou des articulations des membres inférieurs, notamment du genou et du pied, et les séquelles de chirurgie orthopédique de la hanche notamment.
4.1.2 - les affections du système nerveux
Les affections cérébro-vasculaires sont au premier plan, quil sagisse daccidents vasculaires cérébraux constitués ou séquellai-res, détats lacunaires, ou dencéphalopathies de Binzwanger.
Les syndromes parkinsoniens primitifs ou iatrogènes associent aux troubles de la marche des troubles posturaux.
Lhydrocéphalie chronique de ladulte associe des troubles psycho-intellectuels à des troubles sphinctériens et aux troubles de la marche.
Dans les états démentiels dégénératifs, la marche devient progressivement arythmique.
La pathologie médullaire est également pourvoyeuse de troubles de la marche, quelle soit dorigine cervicarthrosique ou vasculaire.
Enfin, les polynévrites du sujet âgé avec steppage et ataxie sont volontiers dorigine diabétique mais parfois idiopathiques.
4.1.3 - les affections de la vision
Les défauts dacuité visuelle ou les amputations de champs visuel de même que les diplopies ou certaines affections ophtalmologiques peuvent rendre la démar-che difficile car le sujet âgé ne possède pas la même adaptabilité et les mêmes capacités de compensation que ladulte plus jeune.
4.1.4 - les affections générales
De nombreuses maladies peuvent retentir sur la marche, soit parce quelles entraînent une dyspnée deffort (insuffisance cardiaque ou respiratoire, anémie, soit parce quelles sont responsables dune fatigue ou dune intolérance a leffort (arthrite, hypothyroïdie, insuffisance surrénalienne, état post-infectieux, cachexie etc.).
4.1.5 - causes iatrogènes
Chez les personnes âgées, il faut se méfier de tous les traitements potentiellement dépres-seurs de la vigilance et du tonus basal (hypotenseurs, anxiolytiques, antidépresseurs, somnifères, myorelaxants, etc.). De la même façon, un alitement prolongé suffit à induire une hypotonie et une fonte musculaire qui entraînera des perturbations des réactions déquilibration.
4.1.6 - les étiologies psychiques
Les désordres psychiques peuvent intervenir comme facteur déclenchant ou aggravant des troubles de la marche (état anxieux ou phobiques, états dépressifs).
4.1.7 - la régression psychomotrice
Il sagit dune situation particulière, propre au sujet âgé, sinstallant le plus fréquemment brutalement après un choc physique ou psycho-affectif et associant un syndrome postural et une sorte dapraxie de la marche avec bradypsychie et bradykinésie, démotivation et troubles de la mémoire.
4.2 - facteurs de troubles idiopathiques
Ces facteurs rentrent dans le contexte global de vieillissement du sujet chez lequel on observe :
une fonte de la masse musculaire qui approche 40 % entre 21 et 70 ans mais qui augmente si le sujet est immobilisé. La diminution de la force motrice est parfois telle que la personne ne dispose plus de marge de manoeuvre motrice en cas dévènement déstabilisant inopiné.
une raréfaction osseuse
une dégénérescence ostéo-articulaire
une détérioration du système de contrôle postural avec une part de déafferentation du système nerveux central et une perturbation des perceptions sensitives.
une déafferentation sensorielle avec altération de la fonction auditive, de la fonction vestibulaire avec désadaptation au déséquilibre, de la fonction visuelle avec diminution de lacuité, diminution de la sensibilité au contraste, et diminution du champ visuel.
atteinte dégénérative du cortex frontal, occasionnant une perte de linitiative, des troubles de linitiation de la marche avec difficultés au démarrage et perte de lharmonie du schéma moteur.
vieillissement psychologique.
5 Conséquences des toubles de la marche [22]
La marche pour la personne âgée est une fonction vitale, lui permettant le mouvement et le déplacement et conditionnant le mode de vie et certains comportements sociaux. Aussi, la perte partielle ou complète de lautonomie de marche représentera un évènement grave dans lexistence dune personne âgée.
Les troubles de la marche ont engendré dune part une majoration du risque de chute avec une relation âge dépendante. La gravité des chutes des personnes âgées est bien connue a lheure actuelle, en matière de mortalité, morbidité et coût économique.
Dautre part et surtout, on va assister à une réduction des déplacements donc des activités. La personne va rétrécir progressivement son univers de vie, à sa ville puis à son quartier puis à son domicile, puis à sa chambre. Lisolement socio-affectif va sinstaller insidieusement avec tous les corollaires que lon connaît (syndrome de glissement, dépression, négligence de soi, etc.). Ces deux facteurs et leurs conséquences vont se combiner pour majorer la dépendance de la personne âgée pouvant conduire parfois même jusquà la nécessité dun changement de lieu de vie et éventuellement une institutionnalisation.
6 La marche sénile [12,13]
De nombreuses études ont cherché à mettre en évidence une modification de la marche avec lâge, les résultats ne sont pas toujours concordants et il est souvent difficile de faire la part de ce qui revient au vieillissement et aux pathologies associées [6,9,19,23].
Il semble bien néanmoins que lon puisse décrire une marche sénile avec attitude en flexion de tête, de tronc, des membres et un équilibre précaire. On observe une diminution de la vitesse de marche qui se fait surtout par une réduction de la longueur du pas, la cadence étant respectée. La phase oscillante est réduite au profit de la phase de double appui. La largeur et langle du pas sont par ailleurs augmentés, Iattaque du pied se fait plus à plat et la force propulsive diminue. On constate également une diminution de la hauteur du pas se traduisant par des pas traînants, voir glissants sur le sol favorisant les chutes par accrochage du pied. Lamplitude des mouvements de hanches, de genoux et de chevilles est également réduite. On note une diminution de la rotation pelvienne alors que la rotation de la ceinture scapulaire ne se modifie pas et que le ballant des bras est moins important.
Au total, le débattement du centre de gravité diminue dans le plan horizontal avec une irrégularité dans la trajectoire. Enfin, il y a une diminution de la capacité de modulation de la vitesse de marche notamment à laccélération. Ces change-ments doivent rendre la marche plus sure, moins déséquilibrante mais plus précautionneuse que chez des sujets plus jeunes. Ils sont la conséquence du vieillissement de tous les systèmes mis en jeu dans le mécanisme de la marche. Il serait tentant de déterminer des normes en fonction de lâge. Malheureusement, les variations inter-individuelles croissent chez le vieillard, si bien quil est toujours difficile au thérapeute de déterminer si la marche dune personne âgée est normale pour lâge ou si elle est pathologique et susceptible dêtre améliorée.
Caractéristiques biomécaniques de la marche sénile
La vitesse de marche a été montrée corrélée à la longueur, à la largeur du pas, à la capacité à se lever sans aide dune chaise et aux risques de chute [9]. Elle a permis de distinguer les sujets nécessitant une prise en charge en long séjour de ceux pouvant vivre seuls ou en maison de retraite [8,9].
Winter et al. ont pu ainsi mettre en évidence chez la personne âgée par rapport à ladulte jeune, une diminution de la longueur du pas, de la force propulsive et de lindex déquilibre dynamique (covariance entre les moments de force au niveau de la hanche et du genou) et une augmentation du temps de double appui, tandis que la cadence reste la même [24].
Quelques études se sont intéressé aux rapports potentiels existant entre chute et station debout [6,15,17]. Fernie et al. ont cherché une relation entre les oscillations posturales et lincidence des chutes chez le sujet âgé. Au moyen de transducteurs de déplacement dans le plan sagittal et coronal, ils ont montré que les oscillations posturales étaient un indicateur de tendance à la chute et que la vitesse moyenne des oscillations est plus grande chez les chuteurs que chez les non chuteurs [6].
Dans une étude que nous avons mené [11], nous avons mis en évidence une variation des synergies entre les muscles agonistes (psoas et quadriceps) et les muscles antagonistes (ischio-jambiers et fessiers), avec une tendance chez les chuteurs aux cocontractions et donc à une diminution de linhibition des antagonistes. Par ailleurs il existe vraisemblablement une diminution globale de la force motrice chez les chuteurs, avec des pics de moment plus faibles. Parallèlement, on retrouve une diminution significative de puissance chez les chuteurs qui est due en partie à une variation de moment plus faible mais vraisemblablement aussi à une variation de vitesse angulaire plus faible. Il existe une cocontraction agonistes-antagonistes qui pourrait expliquer la diminution de la vitesse angulaire. Par ailleurs, il est remarquable de constater un décalage dans le cycle de marche de la mobilisation de la cheville. En effet, on retrouve chez les chuteurs un retard significatif de survenue du pic de moment de flexion plantaire, ce qui indique un retard à la propulsion. De plus, on observe un retard de survenue de la flexion dorsale chez les chuteurs, ce qui peut expliquer tous les phénomènes daccrochage au passage du pas, bien connus pour favoriser les chutes. En accord avec la littérature [18], on remarque chez les chuteurs une diminution significative des amplitudes articulaires dynamiques, en flexion plantaire ou dorsale, alors que lexamen clinique analytique navait pas mis en évidence danomalies particulières. Ces amplitudes plus faibles ainsi que le retard de déclenchement de la flexion dorsale saccompagnent dun déséquilibre du couple soleus-tibialis anterior, par inactivation moins franche du soleus mais sans modification de lactivation du tibialis anterior. Ce véritable phénomène dysynergique survenant au moment de la phase oscillante semble donc engendrer les modifications dynamiques qui favorisent laccrochage du pied au passage du pas. Woollacott a montré une fréquente désorganisation des stratégies musculaires chez la personne âgée. On constate une augmentation de la latence de la réponse musculaire, une activation des muscles de la hanche avant ceux de la cheville, cest-à-dire inversée par rapport aux sujets jeunes. Lauteur suggère que la détérioration du contrôle postural soit la cause des modifications de léquilibre du sujet âgé [25]. Ce nest donc pas seulement linsuffisance des releveurs qui fait tomber mais également la persistance inappropriée dune contraction des fléchisseurs plantaires. Cet élément est majeur en rééducation, où la tendance est de renforcer les releveurs chez les personnes âgées ayant une tendance à la chute, alors quil apparaît être aussi important de prendre en charge ces phénomènes dysynergiques [11].
7 Conclusion
Lorganisation locomotrice complexe permet dassurer la fonction primordiale de la marche qui est de permettre le déplacement du sujet. Le développement des techniques danalyse du mouvement offre lopportunité dune utilisation dans lévaluation des paramètres de la marche. Le vieillissement entraîne des modifications de certains paramètres. Il existe bien une marche sénile dont les fondements se construisent à un stade infra-clinique. En particulier, il existe sans doute des critères morphodynamiques agissant sur le risque de chute. Par ailleurs, il apparaît que les débattements articulaires dynamiques sont plus importants que les amplitudes articulaires statiques maximales. La force motrice joue également un rôle et semble diminuer chez les chuteurs, mais la synergie musculaire apparaît primordiale dans léquilibre dynamique. Lapparition de dysynergies musculaires à la marche par cocontractions est corrélée à la survenue de chutes.
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