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ASSOCIATION NATIONALE DES MEDECINS SPECIALISTES DE REEDUCATION
MEDECINE PHYSIQUE ET DE READAPTATION
REEDUCATION - READAPTATION - REINSERTION

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N° 56 - 3ème trimestre 2000 - septembre 2000 - PETIT APPAREILLAGE EN REEDUCATION

ROLE DES ORTHESES DE PREVENTION DANS LA PRATIQUE SPORTIVE

Dr Jacques de Lécluse

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Les sollicitations extrêmes et répétées appliquées sur l'appareil locomoteur lors de la pratique d'activités sportives augmentent de façon certaine le risque lésionnel. Pour limiter quantitativement et qualitativement les lésions traumatiques engendrées par les activités physiques et sportives, il est proposé au sportif de porter des orthèses dont la fonction est de prévenir ces lésions.

En plus de leur rôle de prévention ces orthèses doivent dans la mesure du possible :

 INDICATIONS

La prévention des fractures

Elle est difficile et se limite aux fractures survenant uniquement par traumatismes directs. Le port de coques rigides et amortissantes sur les zones les plus exposées aux coups et aux chocs diminue en principe le risque de fractures. Les protèges tibia, obligatoires chez les footballeurs et hockeyeurs, en sont l'exemple type.

Des plastrons, des épaulières renforcées sont utilisées dans certains sports de combat, où les coups sont portés soit à mains nues soit par l'intermédiaire d'une arme (au Kendo par exemple). Des protections de ce type sont aussi portées pour la pratique de sports collectifs où les contacts peuvent être violents (hockey sur glace, rugby), et dans certains sports mécaniques à haut risque de chutes (moto, motocross et VTT). Le nombre élevé de fractures de l'extrémité inférieure de l'avant-bras et du poignet observé chez les roller-skaters, skate-boarders et snow-boarders incite à leur faire porter des orthèses semi-rigides du poignet minimisant a priori l'effet vulnérant des impacts lors des chutes sur la main [7], cependant aucune étude n’a validé l'effet protecteur des orthèses standards ou moulées [1].

Dans cette indication de prévention des fractures, plus la protection est efficace plus elle est encombrante, ce qui limite l'utilisation de ces orthèses à certains sports où porter une orthèse contraignante ne nuit pas à la qualité de la pratique sportive.

 La prévention des fractures de fatigue

Le rôle des chocs répétés (impulsions et réceptions de sauts) et l'existence d'anomalies d'appuis dans la genèse des fractures de fatigue des membres inférieurs incitent à faire porter des semelles amortissantes et correctrices. C’est un des éléments de prévention pour les sportifs pratiquant des disciplines sportives à risques (courses, sauts…)

La prévention des périostites et périostoses du tibia

Elle est similaire à la prévention des fractures de fatigue par le port de semelles amortissantes et correctrices si nécessaire. L'adjonction d'une contention circulaire amortissante en regard du tibia est parfois recommandée. Le doute persiste quant à l'efficacité de ces petits moyens pour éviter la survenue d'une périostite / périostose.

La prévention des lésions ostéo-cartilagineuses

Les lésions du cartilage articulaire peuvent être induites par des micro-traumatismes répétés par chocs directs ou indirects sur l'articulation. Qu'ils s'agissent de chutes, de coups, d'impacts, tous les sports sont susceptibles de provoquer des contusions ostéo-cartilagineuses faisant le lit à moyen et long terme de l'arthrose. Pour en limiter les effets, il n'est pas inutile de conseiller au sportif de mettre des semelles amortissantes, de porter des coudières, genouillères ou chevillères matelassées en tissu ou en Néoprène® épais, doublé ou non d'une coque plastique.

La prévention des lésions capsulo-ligamentaires

Il s'agit des traumatismes les plus fréquents rencontrés en pratique sportive. La prévention concerne avant tout les lésions ligamentaires du genou et de la cheville.

De nombreuses études prospectives, la plupart américaines, faites sur le port d'orthèses préventives - prophylactiques du genou lors de la pratique du football [4,9] n'ont pas démontré l'intérêt de ce type d'orthèse. La fréquence et la gravité des lésions ne sont pas modifiées significativement avec ou sans orthèse. Le port d'une genouillère diminuerait les performances du sportif par compression des parties molles induisant une fatigue musculaire prématurée du fait de la baisse de l'oxygénation des tissus [10] et altérerait la proprioception du genou [8].

Au niveau de la cheville, il existe un nombre important de chevillères et orthèses semi-rigides qui limitent passivement les mouvements articulaires extrêmes et plus particulièrement le varus-valgus. Dans la plupart des études, les performances sous orthèses ne sont pas diminuées. Dans certaines études il a même été montré une amélioration des qualités proprioceptives [2,3,11]. Selon les résultats des études prospectives l'incidence des entorses de la cheville serait diminuée de trois fois avec le port d'une orthèse semi-rigide [3,5,6].

Il faut noter que si les effets du port d'une genouillère ou d'une chevillère sur la stimulation des effecteurs proprioceptifs reste controversée, beaucoup de patients se disent subjectivement rassurés par l'utilisation de ce type d'orthèse.

La prévention des lésions tendino-musculaires

Les sollicitations répétées en traction sur un appareil tendino-musculaire sont a priori diminuées par le port d'une orthèse à visée amortissante, anti-vibratoire qui a pour but de répartir et d'atténuer les ondes de chocs émises lors de mouvements excentriques brutaux sur l'appareil tendino-musculaire : impulsions et réceptions de sauts, frappe de balle… Il peut s'agir de semelles orthopédiques, de talonnettes amortissantes, de contentions incluant un insert en matériau viscoélastique ou simplement de contentions circulaires répartissant les tensions et ayant un effet thermique. La survenue d'une lésion tendino-musculaire étant multifactorielle, variable d'un sujet à un autre, il est difficile de prouver l'efficacité réelle d'orthèses ou de contentions dans la prévention de ce type de lésions.

La prévention des lésions des parties molles

Les plaies, brûlures, hygroma, bursites, épanchement de Morel-Lavallée, ecchy-moses, etc. sont consécutifs à des chutes, des glissades, des coups, des frottements qui peuvent être évités par le port de protections adaptées au type de sports et aux risques encourus. Cela va de la coque jambière du slalomeur, à la protection rotulienne du volleyeur en passant par le protège tibia du footballeur.

 EN PRATIQUE

Si les orthèses qui protègent des chocs et contacts sont couramment utilisées dans les sports à risques, il n'en est pas de même pour les autres types d'orthèses préventives.

Plusieurs explications peuvent être formulées :

Les inconvénients l'emportent sur les avantages.

La mentalité du sportif sain

Il est difficile de convaincre un sportif n'ayant jamais souffert de porter une orthèse pour lui éviter d'éventuelles lésions. Il est de principe "invulnérable". Une fois blessé, il est plus facile de lui proposer une orthèse préventive pour éviter les récidives, mais faut-il encore pouvoir être certain de leur efficacité…

Les règlements sportifs.

Si on exclue les protections qui font partie de l'équipement obligatoire dans certaines disciplines sportives, les sports individuels sans contact et quelques rares exceptions, les règlements sportifs Européens interdisent le port d'orthèses avec des montants et/ou des parties rigides lors des compétitions de sports collectifs. Seul l'arbitre peut lever cette interdiction au cas par cas. Ceci laisse peu de place pour l'usage de protections efficaces.

 EN CONCLUSION

Actuellement, les orthèses préventives les plus utilisées sont celles qui diminuent les conséquences des impacts sur les parties molles, les cartilages et les reliefs osseux. Ces orthèses sont relativement bien acceptées par les sportifs du fait de leur efficace protection contre les coups et chocs. Elles sont variées et bénéficient de l'ingéniosité des fabricants qui les modifient constamment en fonction de l'évolution des règlements sportifs, des matériaux et des remarques faites par les utilisateurs.

Les autres orthèses préventives ne sont pas encore satisfaisantes, d'où leur moindre utilisation. Pour prévenir efficacement les lésions capsulo-ligamentaires les orthèses actuelles limitent les amplitudes articulaires ce qui gêne la pratique sportive voire même diminue les performances. Ces inconvénients font que peu de sportifs indemnes de toute lésion acceptent de porter ce type d'orthèse qui est encore trop contraignante pour leur pratique sportive. Il n'est pas impossible que dans les années à venir de nouvelles conceptions d'orthèses puissent éviter ces inconvénients tout en assurant une prévention des traumatismes ligamentaires. Enfin, en ce qui concerne les lésions tendineuses par hypersollicitations il n'y a pas d'étude prospective validée démontrant l'efficacité des orthèses utilisées dans la prévention de ces lésions microtraumatiques. u

 REFERENCES

[1]  BINET M-H. La protection du poignet en snowboard. J Traumatol Sport, 1999, 16 : 110-113

[2]  BOT S, VAN MECHELEN W. The effect of ankle bracing on athletic performance. Sports Med, 1999, 27 : 171-178

[3]  CALLAGHAN MJ. Role of ankle taping and bracing in the athlete. Br J Sports Med, 1997, 31 : 102-108

[4] HEWSON G, MENDINI R, WANG J. Prophylactic knee bracing in college football. Am J Sports Med, 1986, 14 : 262-266

[5]  HUME P, GERRARD D. Effectiveness of external ankle support. Bracing and taping in rugby union. Sports Med, 1998, 25 : 285-312

[6]  JEROSCH J, THORWESTEN L, BORK H, BISCHOF M. Is prophylactic bracing of the ankle cost effective ? Orthopedics, 1996, 19 : 405-414

[7]  LESPINES A., DEROUICH M., MAIELLO E. Les accidents de rollers. J Traumatol Sports, 1999,16 :32-38

[8]  McNAIR P, STANLEY S, STRAUSS G. Knee bracing : effects of proprioception. Arch phys Med Rehabil, 1996, 77 : 287-289

[9]  SITLER M, RYAN J, HOPKINSON W. The efficacy of a prophylactic knee brace to reduce knee injuries in football. Am J Sports Med, 1990, 18 : 310-318

[10]  STYF J. The effects of functional knee bracing on muscle function and performance. Sports Med, 1999, 28 : 77-81

[11]  VERBRUGGE JD. The effects of semi rigid Air-Stirrup bracing vs. adhesive ankle taping on motor performance. J Orthop Sports Phys Ther, 1996, 23 : 320-325

 

Service de Rééducation et Traumatologie du Sport
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94410 SAINT-MAURICE
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