TRAUMATISME CRANIEN ET PRATIQUE SPORTIVE

 

Dr Jean-François PATRY, Dr Hélène CORNELOUP, Mme Ckrystel SIMON, Dr Xavier de BOISSEZON

 

 

La pratique du sport chez le traumatisé crânien n'obéit pas aux règles habituelles de la pratique du handisport.

Le handisport est basé sur deux principes d'adaptation : l'adaptation du matériel et l'adaptation des règles de jeu. Ces adaptations sont destinées à faire face aux incapacités motrices induites par l'amputation, la mono, la para, l'hémi ou la tétraplégie. Une fois les adaptations réalisées – et la phase d'acceptation psychologique du handicap franchie par le handicapé – les règles qui régissent les pratiques handisport et celles qui régissent le sport des valides sont analogues. Qu'il s'agisse des entraînements, de l'organisation d'équipes ou de clubs, des relations inter-personnelles, de la motivation, des objectifs sportifs individuels ou collectifs, rien ne distingue le sportif handicapé moteur du sportif valide

En revanche, la pratique sportive du traumatisé crânien est fondée sur des principes d'adaptation beaucoup plus complexes. Pour l'immense majorité des traumatisés crâniens graves, les perturba-tions concernent toutes les règles compor-tementales fondamentales de l'individu, précédant et encadrant la pratique sportive elle-même. Les comportements personnels et les comportements extra-personnels sont altérés. Les compor-tements personnels incluent motivation, attention, initiative, conscience de soi, réponse à la frustration, vitesse d'exécution,          et les comportements extra-personnels incluent conscience des autres, compréhension des situations, analyse des symboles, des concepts et des enjeux, résolution de problèmes, planification et anticipation de l'action, mise en œuvre de stratégies.

Dans ces conditions, envisager une pratique sportive avec un traumatisé crânien oblige à une approche très différente de celle du handicapé moteur.

Nous distinguons quatre modalités pour la pratique sportive chez le traumatisé crânien.

MODALITE « D'ACTIVATION MOTIVATIONNELLE » DU TRAUMATISE CRANIEN

C'est la modalité utilisable avec les traumatisés crâniens apragmatiques. L'activité sportive constitue un outil « d'activation motiva-tionnelle ». Pour toute activité en effet, la motivation est un préalable. Elle est exprimée spontanément par le traumatisé crânien ou elle est suscitée par son entourage. Plusieurs techniques de renforcement de la motivation peuvent être utilisées :

• le choix de  sports pratiqués antérieu-rement au traumatisme,

• la compétition à deux,

• la mise en valeur, à travers le sport, d'une compétence valorisante, telles l'adresse, la vitesse, l'esthétique, la bonne santé, les progrès neurologiques …,

• la notation écrite des performances,

• la pratique ludique,

• le fractionnement et la variété des activités proposées,

• la valorisation verbale des réussites.

Les activités de plein air, proposant variété et vitesse de déplacement, comme la voile, les sports mécaniques et les sports en tandem, constituent des stimulants motivationnels   puissants.

Plusieurs risques de démotivation sont à surveiller :

• la fatigabilité à l'effort physique,

• la fatigabilité attentionnelle,

• la monotonie des activités,

• le décalage entre perfor-mances espérées et perfor-mances atteintes,

• l'angoisse et en premier lieu l'angoisse de la chute.

La pratique sportive s'effectuera préfé rentiellement par petits groupes ou en individuel. La limite du nombre de participants permet une observation attentive des risques de démotivation et un changement immédiat de stratégie pour relancer la motivation.

L'entretien de la motivation est très souvent nécessaire au cours d'une séance, voire d'une séance à l'autre. La motivation suscitée par l'entourage devra rapidement être relayée par une motivation personnelle du traumatisé crânien. Dans le cas contraire, l'abandon de l'activité et son rejet sont à craindre.

Le but recherché dans cette modalité sportive d'activation motivationnelle est avant tout une mise en situation motrice active -intentionnelle et relationnelle- du traumatisé crânien.

Cette modalité fait appel aux motivations ludiques et sportives antérieures à l'accident, aux automatismes moteurs plus qu'aux actes moteurs volontaires, au désir de relations inter-personnelles du traumatisé.

 

MODALITE THERAPEUTIQUE REEDUCATIVE D'UNE FONCTION

L'activité sportive est dans ce cas un outil au service de la rééducation d'une fonction.

Les fonctions peuvent être motrices (équilibration, endurance, vitesse d'exécution) ou cardio-vasculaires (endurance, résistance) comme pour toute pratique sportive en rééducation.

Pour le traumatisé crânien, la pratique sportive peut aussi être au service de la rééducation d'autres fonctions :

– l’attention,

– les mémoires (à court terme, de travail, à long terme, …),

– les fonctions exécutives (planification, contrôle et inhibition motrice, anticipation, programmation …),

– les praxies (réalisations gestuelles simples et complexes, usage d'objets…),

– l'attention spatiale, sensorielle, corporelle (héminégligence …),

– le déroulement temporel.Une bonne connaissance des troubles neurologiques et neuro-comportementaux du patient par le thérapeute est un préalable indispensable.

MODALITE DE RE-SOCIALISATION

Le traumatisé crânien n'est pas dans ce cas un acteur sportif mais participe à une activité collective autour d'un sport.

Comme pour le valide ou le handicapé moteur, l'activité sportive peut être l'occasion pour le traumatisé crânien de re-création de liens sociaux temporaires ou durables, avec les valides et avec le corps social. C'est là sûrement la contribution  la plus forte et la plus originale des croisières, randonnées et autres rencontres de ce type.

 

MODALITE DE REPRISE DE LA MAITRISE DE SOI

A l’évidence de nombreux traumatisés crâniens retrouvent, dès lors qu’ils sont aptes à certaines performances, une capacité à éprouver ce que Antonio DAMASIO appelle le « sentiment même de soi », fait de perceptions corporelles multiples et variées, contribuant à redonner aux traumatisés crâniens les valeurs d’identité, d’individualité, d’existence par soi-même et toutes ces expériences méta-cognitives appelées bien-être, bonheur, plaisir.

EN CONCLUSION

La pratique sportive du traumatisé crânien représente une entreprise longue, difficile, souvent faite de tâtonnements, d’hésitations. L’intuition fait partie des passages obligés de l’entreprise.

La pratique sportive, à condition de ne pas être cantonnée à une pratique rétrécie de performances et de compétitions, peut représenter un espace de liberté et de motivation pour de très nombreux traumatisés crâniens et pour leurs thérapeutes. u

 

Remerciements à N. TROUILLET.

 

CRF Louis BACHES

65200   BAGNERES-de-BIGORRE

 


Copyright ANMSR

retour page d'accueil ANMSR