Les orthèses cervicales
Les orthèses cervicales sont appelées légalement colliers cervicaux et dans la littérature anglo-saxonne "cervical collars" ou "cervical ortheses". Le pléonasme autant français quanglo-saxon figure bien entendu sur la liste ministérielle des prestations sanitaires remboursées et sur le cahier des charges du petit appareillage.
Depuis 1992, date de la dernière nomenclature parue au Journal Officiel, les fabriquants dorthèses ont développé des colliers.
Malgré tout, les prescripteurs et les patients restent insatisfaits car le cahier des charges reste très restrictif ; les producteurs restant liés par une réglementation pour obtenir une prise en charge par les organismes sociaux.
La discordance entre tarifs de prise en charge (TIPS) et prix de vente en officine saccroit.
Une revue de la littérature anglo-saxonne relève en tout trente articles sur les trente dernières années.
On note essentiellement quatre articles sur lutilisation des colliers en anesthésie, essentiellement en relation avec les techniques dintubation et les effets vasculaires.
Six articles sur lutilisation des colliers dans les traumatismes crâniens, cervicaux, ou sportifs ou dans les soins durgence.
Quatre articles concernent les complications liées au port du collier.
Six articles étudient lintérêt thérapeutique des colliers :
a dans le traitement des fractures de latlas (fracture de Jefferson),
b traitement de la sub-luxation rotatoire atloïdo-axoïdienne en pédiatrie,
c traitement de névralgie cervico-brachiale,
d traitement de la sub-luxation atloïdo-axoïdienne dans la polyarthrite rhumatoïde.
1 Rappel des différents types de colliers cervicaux
C1 - soutien léger, collier temporaire en mousse.
C2 - soutien moyen, collier en mousse renforcé par une bande de polyuréthane semi-rigide non réglable en hauteur.
C3 - soutien moyen, réglable en hauteur formé de deux bandes de polyuréthane, renforcé par une protection en mousse gainée, protégeant la peau, reliées entre-elles par des attaches velcro ou par des petites attaches de type boulon écrou.
C4 - classique "mini-minerve" soutien renforcé avec appui occipital et mentonnier et sternal. Le collier dit "philadelphie" est assimilé au C4
Ces colliers sont pris en charge par les organismes sociaux sur la base de remboursement du TIPS : pour le
C1 : 60,65 F,
C2 : 85,90 F,
C3 : 103,05 F,
C4 : 123,10 F.
2 Les fabricants actuels de colliers français
Ils sont connus de tous les utilisateurs en ce qui concerne les grandes marques, essentiellement GIBAUD : colliers GIBORTHO, et THUASNE : colliers ORTEL. mais aussi les colliers LUER, et des colliers proposés soit par la COOPER (Coopérative Pharmaceutique Française, Rhone-Poulenc Rorer) : colliers SALVASTIC, soit par LOCAPHARM, ou par MARQUE VERTE orthopédie, que les pharmaciens vendent moins cher, parfois même au tarif du TIPS.
Rappel des colliers courants :
n
Colliers GIBAUD :Collier GIBORTHO C1 Souple:
Existe en 5 hauteurs et tailles selon les références :
- pour enfant : hauteur 6 cm, taille unique 00 (29-32 cm)
- pour adulte : hauteur 7,5 cm, 9 cm et 10,5 cm. tailles : 0 (32-35 cm), 1 (35-38 cm),
2 (38-41cm), 3 (41-43 cm), 4 (43-48 cm).
Collier GIBORTHO C2 Evolutif :
avec plaque de rigidité amovible : hauteurs et tailles identiques au C1 pour adulte.
Collier GIBORTHO C3 Rigide :
avec ou sans mentonnière :
hauteur réglable par velcro et 2 vis
6 tailles de 00 à 4 (identiques à C1)
Collier GIBORTHO C4 : "mini-minerve"
(partie antérieure réglable en hauteur par vis micrometrique)
3 tailles :
1 (30-36 cm), 2 (36-42 cm), 3 (42-48 cm).
n
Colliers ORTEL :ORTEL C1 :
3 tailles : T1 : hauteur 7,5cm (28-33 cm),
T2 : 8 cm (34-39 cm),
T3 : 9 cm (40-46)
ORTEL C3 : rigide réglable en hauteur par velcro, tailles identique au C1.
n
Colliers SALVASTIC :Collier SALVASTIC C1 :
hauteur 7,5 ou 9,5 cm, taille unique
Collier SALVASTIC C2 :
avec plaque de rigidité fixe,
hauteur 7,5 ou 9,5 cm, taille unique.
n
Colliers LOCAPHARMLOCAPHARM C1 :
hauteur 7 ou 9 cm,
3 tailles :
1 (< 38 cm), 2 (38-46 cm), 3 (> 46 cm).
n
Colliers MARQUE VERTEMARQUE VERTE C1 :
3 tailles : T1 : hauteur 7,5cm (28-33 cm), T2 : 7,5 cm (34-39 cm), T3 : 9 cm (>40 cm).
Commentaires sur les colliers :
Pour les colliers C1 :
Privilégier le confort en cherchant la hauteur la mieux adaptée, choisir un collier suffisamment long pour se recouvrir à la fermeture, le jersey de coton est pratiquement identique pour tous les colliers, excepté les colliers ORTEL, plus doux avec une mousse plus dense, les colliers GIBORTHO ont une mousse plus molle, le SALVASTIC la plus ferme.
Pour les colliers C2 :
le collier SALVASTIC est plus confortable que le GIBORTHO, mais la plaque du GIBORTHO est amovible et permet sa transformation en C1.
Pour les colliers C3 :
GIBORTHO ou ORTEL, les colliers restent très contraignants, la mentonnière du collier GIBORTHO permet un appui plus confortable, mais ces colliers ne restreignent pas lextension.
Le C4 GIBORTHO assure une très bonne restriction de mouvement et reste plutôt confortable.
3 Synthèse des analyses de la littérature concernant les restrictions de mouvement avec les colliers
les plus courants
Cette synthèse réalisée daprès les études publiées par HARTMANN J.T. en 1975, (23),
JOHNSON R.M. en 1977 (22), et OLLIER, ABEILLON CALMELS en 1987 (17).
Ces études on été faites avec des colliers peu comparables, des méthodologies différentes (mesure angulaire goniométrique ou radiographies, mesures rapportées en restriction de mouvement ou en mouvement résiduel), sur des sujets sains, ce qui explique la variabilité des résultats pour les colliers de soutien léger, car la taille du collier et la densité de la mousse peuvent affecter les résultats. Pour les colliers rigides réglables en hauteur de soutien moyen, la restriction de mouvement est évidemment plus importante si le menton est contraint par la mentonnière du Gibortho C3.
Un tableau unique donne les chiffres moyens extrêmes de pourcentage de restriction globale des 3 mouvements fondamentaux : flexion+ extension (F + E), latéro-flexion ou inclinaison latérale droite plus gauche (LF d + g), rotation horizontale droite plus gauche (Rot d + g). (tab. 1)
Le C3 de soutien moyen actuel avec ou sans mentonnière nempêche pas lextension du rachis et surtout du rachis cervical supérieur. Son objectif sera donc dassurer un repos en soutenant la mandibule ou le menton, ceci obligeant à se dégager de lappui fréquemment, permet de penser quil y a peu de risque datrophie des muscles extenseurs du rachis.
4 Leffet antalgique des orthèses cervicales
La diminution de la douleur est obtenue par :
la diminution des sollications mécaniques liées aux mouvements extrêmes. Ainsi, le collier entraîne un "rappel de posture".
la réduction de la contracture réveillée par les tentatives de mouvements. Cette contracture est secondaire à : la douleur, lirritation nerveuse et linflammation ou la congestion locale.
Ainsi, quelle que soit la nature de laffection traumatique, inflammatoire, infectieuse ou mécanique, la mise au repos segmentaire, même partielle, atténue la douleur et la contracture.
5 Les indications
5.1 - Les traumatismes cervicaux
Tout traumatisme crânien ou cervical, "coup du lapin" ou choc direct, est à priori une entorse cervicale dont les lésions ostéo-ligamentaires intéressant un ou plusieurs étages, ne peuvent être suspectées cliniquement en fonction de la douleur et de la raideur cervicale. Le tableau clinique peut réaliser une attitude antalgique non réductible (torticolis aigu post-traumatique). Lintensité de la douleur et surtout la douleur exquise à la palpation et à la pression dune apophyse épineuse ou dun massif articulaire postérieur ne font quévoquer la possibilité de lésions osseuses (fracture dun corps vertébral, mais aussi dun pédicule, voire dune articulaire postérieure, ou dune apophyse épineuse).
Pour affirmer la bénignité des entorses, des radiographies statiques et dynamiques dexcellente qualité sont indispensables, les tomographies étant réalisées au moindre doute. En attendant ces examens, le rachis cervical doit être immobilisé et protégé par un collier cervical assez rigide. Si la bénignité est confirmée, le collier pourra être porté quelques jours, une à trois semaines, selon la symptomatologie.
Dans le cas dune lésion osseuse minime non compliquée, une immobilisation prolongée sera de rigueur. Les colliers actuels suffisent le plus souvent, remplaçant la classique minerve plâtrée. Mais sil existe cliniquement et radiologiquement le moindre signe dinstabilité cervicale, de luxation, de déformation pouvant retentir sur le canal cervical, ou si lexamen découvre des signes neurologiques, lindication chirurgicale garde toute sa valeur.
Les entorses bénignes bénéficient dune immobilisation de 1 à 3 semaines, avec un collier de soutien moyen C1 ou C2.
Les entorses graves sans fracture sont immobilisées 2 à 4 semaines par une mini-minerve C4 puis par collier C1 ou C2.
Les fractures sans déplacement bénéficieront pendant 1 à 3 mois dune mini-minerve C4.
La fracture isolée de latlas (fracture de Jefferson), si elle nest pas instable, peut être traitée par le seul collier rigide(C4) porté 10 à 12 semaines (LEE) (2).
Une fracture avec risque dinstabilité peut bénéficier dun C4 jusqu'à lintervention.
5.2. Le "torticolis aigu"
Il se manifeste par lapparition brutale dune contracture de certains muscles du cou, avec douleur très intense au moindre déplacement de la tête, entraînant une attitude antalgique en flexion latérale et rotation. Son origine peut être traumatique, rhumatismale, ou simplement mécanique. Il survient après un effort, une exposition au froid ou une mauvaise position maintenue plus ou moins longtemps. Laffection ne dure, en général, que quelques jours. Une immobilisation par collier peut venir à bout dune contracture et soulager le malade. Le collier, fait dune serviette éponge, suffit très souvent. Le même résultat sobtient avec un collier de soutien léger C1 en mousse, ou en mousse avec renfort de polyéthylène externe de soutien moyen C2. La durée dimmobi-lisation nécessaire est généralement de 1 à 3 jours. Le malade jugera lui-même si lutilisation du collier, la nuit, lui est profitable.
5.3. La subluxation rotatoire Atloïdo-Axoïdienne en pédiatrie (SUBACH) (1)
Elle se manifeste par un torticolis parfois minime au début mais avec une certaine raideur cervicale et une rotation limitée. Les causes de ce torticolis de lenfant sont principalement infectieuses (otite moyenne, pharyngite, syndromes viraux), post chirurgicales sur la tête ou le cou, ou traumatique, et nécessitent un traitement adapté. La subluxation rotatoire de latlas sur laxis (AARS) peut sinstaller et se pérenniser. Son diagnostic repose sur les radiographies et un scanner dynamique de C1-C2.
Le traitement comporte le port dune orthèse rigide (Miami J collar) ou collier simple pour les moins de 6 ans, et des anti-inflammatoires, parfois précédé dune réduction par traction. Dans ce cas, lorthèse était portée en moyenne 8 semaines (4-12 semaines) Le collier seul suffisait pour réduire les subluxations évoluant depuis moins de 2 semaines (5 enfants) ; la traction continue (3-4 jours) suivie dimmobilisation de 1 à 3 mois a été nécessaire pour les cas évoluant depuis plus de 1 mois, (9 enfants) ; 6 enfants dont lAARS évoluait depuis 1 à 13 mois ont du être opérés.
5.4. Certaines cervicalgies récidivantes isolées
Lorsque la douleur est essentiellement provoquée par les mouvements, ces cervicalgies peuvent bénéficier dune immobilisation intermittente quand le malade en éprouve le besoin. Certaines cervicarthroses avec hyperlordose, chez un sujet âgé, peuvent entraîner des troubles neurologiques (névralgies, paresthésies, parésies) ou vasculaires. Le port dun collier le jour fera souvent disparaître les troubles. Dans ce cas, il faudra insister sur des exercices cervicaux intermittents pour éviter une dépendance, vite acquise. Le malade doit apprendre à immobiliser son cou dans les situations les plus douloureuses, notamment pour les trajets en voiture ou dans les transports en commun, et pour certaines positions prolongées, responsables des cervicalgies. Limmobilisation conseillée pourra comporter un collier léger C1, un collier moyen C2, rarement un C3.
5.5. La névralgie cervico-brachiale
Elle est marquée par la douleur très intense de caractère et de topographie radiculaire : la douleur cervicale peut être absente et on retrouve souvent une douleur irradiant dans un membre supérieur et vers les doigts. Cette douleur, monoradiculaire, est majorée à loccasion des mouvements du rachis cervical. Il importe de soulager les névralgies réveillées par les mouvements ou certaines postures nocturnes. La névralgie cervico-brachiale nécessite parfois une immobilisation par une mini-minerve.
Lapparition de déficits neurologiques doit impérativement faire établir un diagnostic étiologique et un traitement ; le neurinome, les métastases vertébrales, les localisations dun myélome ou dune maladie de Hodgkin, les spondylodiscites sont moins fréquents que la hernie cervicale et la cervicarthrose, mais tous les diagnostics doivent être évoqués.
Limmobilisation doit être importante, ayant recours, le jour, à un collier de soutien moyen C2, voire un C3 avec mentonnière, ou avec un C4.
La nuit, limmobilisation nest pas toujours nécessaire ; en cas de besoin, le malade utilisera le même collier que durant la journée, ou, sil le tolère mal, on saura lui conseiller un soutien léger C1. Dans ces névralgies il convient déviter lextension du rachis cervical et parfois un collier C1 porté à lenvers sera mieux toléré.
Nous avons vu que limmobilisation cervicale peut se faire avant la confirmation du diagnostic, mais elle ne dispense pas de compléter les investigations cliniques et radiologiques, pour préciser la démarche étiologique.
6 Rééducation pendant le port de lorthèse
Il convient essentiellement dexpliquer au rééducateur que le port de lorthèse souple nimmobilise pas le cou, quil assure essentiellement un confort, un très léger rappel de posture et que les patients ont intérêt dans ce collier à privilégier les mouvements dans les sens libres, et à effectuer eux-mêmes quelques contractions isométriques et les mouvements dynamiques dans le sens de la non douleur, en insistant toujours sur les exercices dauto-grandissement avec ou sans résistance (manuels ou serviette).
En ce qui concerne le port des mini-minerves, les mêmes explications pourront être données aux patients en leur rappelant que la mini-minerve est destinée à limiter les mouvements pour éviter des contraintes tissulaires pendant la cicatrisation des lésions.
Des mêmes mouvements dauto-grandissement sils sont indolores ou de contractions isométriques contre-résistance manuelle sont toujours indiqués pour entretenir la musculature et la proprioception.
Le meilleur travail consiste à effectuer des séries dexercices à intervalle régulier dans la journée.
Comme pour les ceintures de soutien lombaires, il pourrait être utile de démontrer que le port dun collier nentraîne pas damyotrophie des muscles cervicaux, mais plus souvent un phénomène de désadaptation et de diminution de la proprioception. Si le patient comprend lutilité du port permanent ou intermittent de son orthèse, et stimule et contrôle sa musculature, le risque est faible. Mais le concept dune amyotrophie dans tous les cas de port prolongé (de combien ?) résulte des immobilisations orthopédiques plâtrées qui ne paraissent plus actuelles devant les progrès de la chirurgie et les nouvelles contentions en matériaux synthétiques légers.
BIBLIOGRAPHIE
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Dr François DUMONT
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