
Scoliose
idiopathique juvénile et de l'adolescent
QUELLE
REEDUCATION POUR QUELLE SCOLIOSE ?
Dr Bernard BIOT
La scoliose
idiopathique garde ses mystères. Lorsqu'un trouble associé est décrypté, comment
l'interpréter, cause ou conséquence ? Il n'y a pas deux scolioses idiopathiques
identiques : une scoliose dorsale de 30° peut avoir un dos plat ou un profil subnormal,
la gibbosité peut être mousse ou plus angulaire. L'évolution répond pendant la
croissance aux lois de Duval Beaupère ; aucun facteur pronostic n'est suffisant en lui
même pour prévoir l'évolution. A l'âge adulte, le pronostic est encore moins bien
connu.Comment évaluer une telle affection si protéiforme ? Il n'est pas étonnant dans ces conditions de ne
pas trouver une stratégie évaluée dans le domaine de la médecine physique et de la
réadaptation. Si la rééducation est souvent utile, elle ne transforme pas
fondamen-talement le pronostic ; il nous faut donc la prescrire à bon escient en
évaluant les résultats recherchés. On peut ainsi adapter notre prescription en fonction
des problèmes qui se modifient au fur et à mesure de l'avancée en âge.
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La mobilité rachidienne
La mobilité du
rachis scoliotique est normale chez l'enfant. Il existe un manque d'extension sous pelvien
; c'est une constante, chez l'enfant et chez l'adulte.
Le bilan dynamique
doit donc être soigneux. Il est quantitatif et qualitatif ; la mobilité est analysée de
façon globale et de façon segmentaire. Il n'est pas rare de voir une zone raide se
terminer sur une zone hypermobile. La part structurale de l'enraidissement doit être
distinguée de la part posturale et fonctionnelle.
Enfin, retenons
l'altération du positionnement du centre de gravité pendant la marche et les
modifications posturographiques d'interprétation délicate.
Le dos plat ou
certaines zones de méplat, créent des dysfonctionnements (figure 1). Les articulaires
sont coaptées, le rachis bouge de façon monobloc. Il
y a peu de mobilité intrinsèque spécifique.
Du côté concave,
les disques et les plateaux adjacents réagissent à l'hyperpression. Le nucléus tend à
être chassé vers la convexité ; il s'y enclave, créant des lésions irréductibles. Il
faut agir avant leur constitution.
En décoaptant les
segments articulaires, en s'aidant de l'effet relaxant de l'expiration, le plus souvent
lors de l'autograndissement contrôlé, le profil se réajuste ; on se rapproche d'un
profil correct. A partir de cette posture, la mobilité s'améliore ; les mouvements
deviennent plus harmonieux. Cet effet se retrouve au niveau costal favorisant le modelage
de la gibbosité qui peut être conduit sans
contrainte, sans risque lordosant et sans augmenter la verticalisation des côtes
convexes.
Cette démarche
participe au réveil proprioceptif. Les capsules et les ligaments se rééquilibrent. Les
muscles sollicités à chaque niveau, se reprogramment autour de la position corrigée.
Les secteurs sous
pelviens, essentiellement les fléchisseurs de hanches, sont réajustés; d'éventuelles
rétractions sont combattues. Si la liberté de cette zone est indispensable, elle doit
être contrôlée.
Le pelvis est
ainsi "réglé" ; il conditionne la disposition des courbures vertébrales dont
la valeur est déterminée par les paramètres pelviens (incidence, pente sacrée, porte
à faux...).
Le mobilier
(scolaire) adapté participe à cette démarche.
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La musculature
Si elle est
généralement bonne, tout n'est pas parfait. Les analyses électromyographiques
détectent des troubles non systématisables. L'histologie musculaire montre des
altérations avec modification des proportions des différents types de fibres et
diminution du nombre des fuseaux neuromusculaires.
Le dos plat peu
mobile, a souvent des muscles grêles, peu fonctionnels. La distension des muscles de la
convexité les rendrait moins performants ; les muscles détendus de la concavité ne
jouent plus leur fonction d'antagonistes.
L'analyse fine des
capacités musculaires et des zones de dysfonctionnement permet de les intégrer dans une
stratégie thérapeutique raisonnable.
Le muscle peu sollicité du dos plat et des concavités scoliotiques est éveillé par la mobilisation segmentaire du rachis et par la réharmonisation du profil. Le muscle distendu des convexités est travaillé autour de la meilleure réduction possible.
Les zones enraidies ont une musculature hyposollicitée. Il existe presque toujours une mobilité souvent minime qu'il faut savoir exploiter. Toutes les techniques de réveil musculaire doivent être proposées pour trouver celles qui conviennent le mieux.
Il faut par tous
les moyens rééquilibrer les différents groupes musculaires en se rapprochant de la
meilleure équation longueur-efficacité.
Ces
dysfonctionnements peuvent être aggravés par les conséquences à distances de certaines
rétractions musculo-tendineuses siégeant au niveau des ceintures. Il faut obtenir
l'autonomie du tronc par rapport aux membres.
Ainsi, sur
une mobilité améliorée, la meilleure commande facilite l'adaptation gestuelle et
posturale toujours surveillée et corrigée.
Enfin
n'oublions pas que les muscles de la ceinture scapulaire sont pour certains des
accessoires respiratoires. Il faut les entretenir d'autant mieux que la capacité vitale
est diminuée.
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Le réajustement neuromoteur et la proprioception
Ils sont moins
bons que chez le sujet normal. Le Romberg est souvent positif chez l'enfant scoliotique.
Les troubles vestibulaires ne sont pas exceptionnels. La posture est souvent moins bien
réglée, moins bien centrée et moins précise.
Il faut donc
rechercher les meilleurs aplombs possibles ; cette reprogrammation neuro-motrice est
conditionnée par une proprioception ajustée.
Les activités
sportives ont certainement un effet favorable sur cette recherche d'équilibre et de
coordination neuromotrice.
Tout syndrome de
stress, de dépression ou de mauvaise adaptation psychologique crée une pénalité
supplémentaire puis entrave le reconditionnement.
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La ventilation et la respiration
L'insuffisance
respiratoire s'aggrave de façon directement proportionnelle à l'angle de la scoliose.
Elle n'est mesurable que pour des angles de plus de 25°. Elle n'est source de
décompensation respiratoire qu'après 45 ans pour des angles supérieurs à 80°.
Au-delà du simple problème ventilatoire, certaines formes de scolioses, principalement
les infantiles et les paradysplasiques peuvent s'accompagner d'un lit alvéolocapillaire
mal développé donc insuffisamment efficace.
De plus, il existe
une asymétrie anatomique et fonctionnelle entre poumons concave et convexe liée à la
disposition des côtes et des diaphragmes (horizontalisés dans la concavité,
verticalisés dans la convexité). Les dysfonctionnements dépistés lors du bilan doivent
être rééduqués. Il ne faut pas oublier les muscles accessoires respiratoires qui
interfèrent également avec la disposition spatiale de la cage thoracique, de la ceinture
scapulaire et donc du rachis. La fréquence ventilatoire doit être maitrisée si elle est
accélérée. Le volume de réserve expiratoire doit être diminué pour améliorer la
mixique.
Le travail
d'adaptation cardio-respiratoire aux efforts est parfois bien utile.
Cette recherche de
la meilleure ventilation possible est plus minutieuse en cas d'orthèse du tronc ; toute
contention orthopédique contrarie les mouvements thoraciques.
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Les douleurs
L'analyse fine du
symptôme douleur facilite la compréhension de sa physiopathologie, sans oublier que
toute scoliose raide et douloureuse, doit faire rechercher une cause particulière.
Il faut ensuite
localiser cette zone douloureuse ; sa sollicitation dynamique cherche à redéclencher le
même symptôme ; sa mise au repos dans de bonnes conditions conduit à l'antalgie. La
localisation de la structure souffrante se fait de façon méthodique, le sujet étant à
plat ventre en bout de table, membres inférieurs détendus reposant au sol. Ainsi, la
peau, le tissu sous cutané, les muscles, les ligaments sont observés ; la mobilisation
des épineuses sur un rachis ainsi détendu déclenche le plus souvent la douleur sur le
ou les niveaux en cause.
On peut ainsi se
reporter sur la radiographie en évitant toute démarche de type "devinette" sur
un rachis remanié. Des clichés complémentaires sont parfois très utiles : la zone
lombo-sacrée est bien analysée sur un film de face en lordose corrigée ; les structures
vertébrales de la courbure principale sont parfaitement projetées sur le film en plan
d'élection ; le plan d'annulation fournit un bon profil de la zone déviée.
Les inventaires
complémentaires, tels que tomodensitométrie, IRM et myélographie, plus ou moins
couplés, ne sont justifiés que s'il n'existe pas de solution antalgique ou en cas de
problème plus sévère de type syndrome neurologique déficitaire... Dans 80 % des cas, la douleur siège au niveau de
la zone lombo-sacrée.
La rééducation
automatise le maintien en position antalgique ; la recherche d'une meilleure mobilité
autour de cette posture élargit le domaine mobile sans contrainte. La position extrême
est donc repoussée. La musculature réajustée et reprogrammée permet l'utilisation de
cette position dans les actes de la vie quotidienne.
Si une telle
démarche est insuffisante, il faut alors adapter une aide orthopédique pour guider la
recherche permanente de la moindre contrainte et accélérer le processus de cicatrisation
des structures souffrantes.
Ce n'est qu'après
de telles démarches infructueuses que le symptôme douleur devient un argument
supplémentaire pour un avant projet chirurgical.
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Traitement orthopédique conservateur et
rééducation
La réduction et
le maintien du tronc en position réduite sont contraignants. Une telle épreuve doit
rester tolérable physiquement et psychologiquement.
Il faut donc des
orthèses ajustées et efficaces. Une adaptation réciproque de la personne traitée et de
son environnement est nécessaire pour conserver un bon rythme fonctionnel.
L'objectif
recherché doit être d'emblée défini et mutuellement accepté afin de maintenir le cap
choisi et ne pas abdiquer en cours de route.
La famille est
autant concernée que l'enfant. Si elle est motivée, elle aidera à franchir les caps
difficiles. L'angoisse et l'éventuel sentiment de culpabilité, surtout maternel, doivent
être pris en compte pour assurer ces contraintes en toute liberté.
Le résultat
chiffré des différents paramètres est
indispensable à chacune des étapes. Il faut en contrôler l'efficacité.
L'objectif est de
stabiliser l'angle à maturité osseuse, au prix d'une réduction de 50% environ de la
courbure sous l'orthèse. Le corset réoriente les contraintes de telle sorte qu'elles
soient réparties au mieux pour réajuster la physiologie et éviter l'altération du
moule cartilagineux de la vertèbre. Le chemin de croissance résiduel au moment du choix
d'un tel traitement est déterminant.
Le choix de
l'orthèse dépend du savoir faire de chacun et des contraintes à mettre en oeuvre pour
obtenir un bon résultat. Une scoliose souple, à petit angle, se réduit facilement par
des moyens simples ; une scoliose enraidie justifie des moyens plus puissants pouvant
aller jusqu'au plâtre réducteur, préliminaire parfois indis-pensable à l'adaptation de
l'orthèse.
La phase
préparatoire :
les stratégies
sont celles qui ont été préalablement décrites. La dominante est celle de
l'assouplissement.
La phase
d'adaptation :
c'est celle de la
réduction. Les contraintes de l'appareil orthopédique réduisent les défauts
simultanément dans les 3 plans de l'espace. Elles ne doivent pas dépasser le seuil de la
réductibilité, sous peine d'entraîner des déformations squelettiques ou des lésions
tégumentaires. Les assouplissements sont poursuivis ; les gains obtenus sont maitrisés
par le réajustement du corset. Les côtes convexes ne doivent pas être verticalisées.
En regard des zones d'appuis, il faut un contre appui bien orienté et des zones
d'expansion.
L'immobilisation
relative du corset impose l'entretien de la mobilité segmentaire contrôlée grâce à
une proprioception bien ajustée. La respiration est travaillée méthodiquement.
L'autonomie du tronc par rapport aux membres est acquise et développée pour éviter les
suppléances et les compensations.
L'ergothérapie
facilite l'adaptation réciproque de l'enfant traité et de son environnement.
La phase de
contention poursuit et entretient les mêmes actions. Les rythmes doivent être
diversifiés pour éviter la monotonie. Il faut savoir être persuasif ; supporter plus de
trois ans une orthèse du tronc est très difficile.
Le corset est
adapté en fonction des gains obtenus et de la modification morphologique de l'enfant en
croissance.
La phase
d'ablation : le renforcement de la proprioception et la reprogrammation
neuromotrice assurent un maintien en position réduite correct même sans orthèse.
L'entretien doit
se poursuivre à long terme.
Le principal souci
rééducatif est celui de la capacité du sujet à participer à l'autocorrection du
défaut, aidée par le corset ; l'orthèse ne maintient pas passivement. Le corset
n'habille pas la déformation, il assure certains réajustements. Un tel corset ne peut
être conçu comme un cache-misère sous peine d'obtenir les effets opposés à ceux
recherchés à savoir une déficience musculaire et proprioceptive, une perte du
réajustement et une diminution des capacités d'adaptation cardio-circulatoire aux
efforts. Une telle démarche s'accompagne donc obligatoirement d'une prise en charge
rigoureuse.
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La chirurgie et la rééducation
Les techniques de
médecine physique sont très utiles dans le cadre de la chirurgie de la scoliose.
En
pré-chirurgical
Chez l'enfant,
l'état général est bon, le bilan souvent satisfaisant (exception faite de certaines
formes type IMC, dysplasie...). Il n'y a donc pas de programme spécifique. Cependant
quelques démonstrations de respiration, de retournement au lit, de dissociation des
ceintures par rapport au tronc peuvent faciliter les suites opératoires. Parfois, une
démarche psychologique spécifique s'avère utile.
En
péri-chirurgical
Le programme est
celui de tout opéré récent (respiration - prévention des thromboses - antalgie...)
auquel s'ajoute la reprise de confiance dans la nouvelle enveloppe corporelle ; si
habituellement il y a peu de problèmes, certaines réactions peuvent être très
importantes, justifiant une approche psychologique spécifique.
Le premier lever
se fait rapidement, l'appréhension de déchausser le matériel est importante, il faut
automatiser la gestion monobloc du tronc. Les gestes de la vie courante sont reprogrammés
avec l'ergothérapeute.
Plus à
distance
Il faut retrouver
un rythme de vie normal en éliminant les appréhensions liées au matériel implanté.
Le contrôle
postural et gestuel est d'autant plus difficile pour les arthrodèses postérieures que
l'importance du matériel et les problèmes de voie d'abord réduisent les muscles
paravertébraux dans la zone concernée à néant. Il faut retrouver de nouvelles
sensations et un nouveau contrôle du tronc.
La zone laissée
libre sous l'arthrodèse doit bénéficier d'un rôdage articulaire permanent pour éviter
les contraintes asymétriques et leurs actions préjudiciables dans les concavités
résiduelles, volontiers courtes, engendrant de ce fait un surmenage important par chaque
unité fonctionnelle vertébrale laissée libre.
Le renforcement
des membres inférieurs et l'assouplissement des ceintures facilitent la bonne
organisation spatiale du rachis ce qui est d'autant plus important que 50 % des mouvements
du rachis seulement persistent, cette pénalité est plus forte pour les arthrodèses
descendant jusqu'en L5 ou S1. Les consignes "d'économie vertébrale" sont
"rabachées" jusqu'à leur intégration automatique.
Il faut à tout
prix protéger les zones relais entre l'arthrodèse et les segments libres.
Enfin, de façon
constante, la ventilation est contrôlée et réadaptée si nécessaire.
En
conclusion
Les techniques de
médecine physique et de réadaptation ont une place de choix dans le traitement de la
scoliose idiopathique. Elles interviennent toujours à partir d'un repérage proprioceptif
correct pour conserver la gestion parfaite de la mobilité des postures.
Malheureusement,
l'insuffisance des moyens d'évaluation ne nous permet pas de proposer à ce jour des
standards accompagnés de leur efficacité.
Le rôle
pédagogique du médecin, du kinésithérapeute, de l'ergothérapeute, de toute l'équipe
soignante, est fondamental.
Le psychisme du
malade est également l'un des éléments qui permet l'obtention de cette gestion optimale
du rachis et du tronc.
Centre
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