PRISE EN CHARGE DE LA SPASTICITE DANS LA SCLEROSE EN PLAQUES
Dr Colette BENETON (1-2), Dr Valérie CHIPIER (1-2), Dr Odile DE PARISOT (1-3), Pr Dominique BOISSON (2-3)
La spasticité fait partie des désordres moteurs les plus couramment rencontrés chez le patient atteint de Sclérose en Plaques (SEP). Constante en fin dévolution, témoignant alors de la diffusion des lésions, elle peut revêtir des modalités variées au fil des années. La spasticité peut aussi, et en particulier tandis que persiste une certaine autonomie motrice, se montrer fluctuante selon les différents paramètres physiques de lenvironnement et selon les conditions cliniques et psychologiques du patient.
La spasticité traduit une hyperexcitabilité du réflexe myotatique responsable dune augmentation, vitesse dépendante, du réflexe tonique détirement avec exagération des réflexes tendineux (Lance 1980).(16)
Conséquence dune lésion du faisceau pyramidal, elle nest quun des éléments du syndrome pyramidal et sassocie le plus souvent à un déficit moteur. Aux membres supérieurs, lhypertonie spastique prédomine sur les fléchisseurs et aux membres inférieurs, sur les extenseurs. Dans le cas dun déficit moteur associé, elle peut permettre au patient le maintien de la station debout ou le maintien de sa capacité à réaliser les transferts ; elle sert alors "dorthèse" en rigidifiant le membre inférieur, aidant la marche.(2) On parle alors de spasticité utile quil faut savoir préserver.(11-13-21) A linverse, elle peut gêner la marche en entraînant un accrochage du pied sur le sol. Elle peut aussi saccompagner de manifestations paroxystiques avec spasmes en flexion ou en extension. Considérée comme nuisible, la spasticité doit être traitée. Au cours de lévolution, le désordre tonique peut être aggravé par linstallation dune exagération des réflexes polysynaptiques le plus souvent en flexion survenant à loccasion dagressions nociceptives cutanées ou viscérales. Le patient est dans ce cas particulièrement gêné par les spasmes en flexion. Cest le premier stade de linstallation dune attitude vicieuse en triple-flexion pouvant devenir irréductible par installation de rétractions et de complications orthopédiques. Cest le passage au stade de spasticité handicap. Les troubles toniques constituent un facteur dinvalidation supplémentaire qui sajoute aux autres désordres neurologiques. La spasticité est le seul symptôme du syndrome pyramidal accessible à un traitement symptomatique qui peut être médicamenteux, physique ou neurochirurgical.
Dans la SEP, la prise en charge doit tout particulièrement tenir compte de la présence des autres déficits neurologiques. Elle ne peut se concevoir que dans une approche globale du handicap résultant de laffection démyélinisante multifocale.(21)
Des symptômes tels que la fatigue, les troubles bulbaires, le syndrome cérébelleux influencent notablement les possibilités dautonomie : ils doivent être parti-culièrement pris en compte quant à lindication thérapeutique.
Lextrême variabilité des troubles et lévolution chronique(7) requièrent un suivi et une adaptation permanente du traitement. Les options thérapeutiques doivent tenir compte aussi du profil évolutif de la maladie. En labsence de gros handicap cognitif, il est indispensable dimpliquer le patient et lentourage dans le suivi de son traitement.(21)
Avant dinstaurer une thérapeutique et au cours du suivi, il est indispensable de faire une analyse clinique de la spasticité, un bilan des capacités fonctionnelles du patient en évaluant le caractère utile ou néfaste du trouble tonique et en appréciant limpact sur la vie quotidienne.
Ce bilan doit rechercher les signes pyramidaux (réflexe cutané plantaire, trépidations épileptoïdes, réflexes ostéotendineux). Lintensité de la spasticité est mesurée par les tests détirements, léchelle de Tardieu Held et surtout léchelle dAsworth (tableau n°1) plus adaptée aux troubles généralisés, léchelle de réflexes ou de cotation des spasmes.
Le bilan doit inclure une évaluation topographique de la spasticité et une cotation du déficit moteur associé et un bilan des troubles sensitifs. Une évaluation des amplitudes articulaires permet dapprécier limportance des rétractions musculo-tendineuses et ankyloses articulaires. Lorsque lexamen montre des limitations articulaires, des tests de mobilisations passives, sous anesthésie générale et curarisante permettent de faire la part entre la composante spastique et articulaire. Ceci est rarement nécessaire. En revanche, il est habituel avant tout geste de neurotomie, de réaliser un bloc anesthésique périphérique à la Marcaïne®. Ces tests, réalisés chez des patients conscients et directement concernés par le résultat, sont précieux pour orienter la thérapeutique (neurochirurgie ou ortho-pédie).(30-32)
Lévaluation du handicap fonctionnel est le critère le plus utile pour ladaptation et la poursuite du traitement. Lanalyse de la fonction gestuelle des membres supérieurs, létude clinique rigoureuse de la marche, lévaluation du retentissement dune griffe des orteils, dun pied varus équin, la nécessité de chaussures adaptées ou attelles sont aussi à considérer. La marche peut être aussi analysée à travers des techniques kinésigraphiques (Vicon)(6).
Linconfort postural et la gêne fonctionnelle dans les activités de la vie quotidienne doivent aussi être évalués. Dans les paraplégies hyperspastiques en flexion, on peut utiliser le bilan fonctionnel DSFTH (Douleur, Spasmes, Fauteuil, Transferts, Hygiène) (3) conçu initialement pour évaluer le résultat de la neurochirurgie fonctionnelle. Il permet de mesurer par un score fonctionnel global, la gêne fonctionnelle engendrée par les troubles toniques dans la vie quotidienne des patients. Ce score apprécie cinq critères de confort de vie directement influencés par la spasticité et ses conséquences (tableau n°2). Un score supérieur ou égal à 10/20 correspond à une spasticité suffisamment sévère et invalidante relevant dune neurochirurgie. Soulignons ici lintérêt de vidéos répétées dans lévaluation du handicap fonctionnel et dans le suivi du traitement. Dans la SEP, la cotation du handicap fonctionnel se fait à travers léchelle de Kurtzke(15) et la mesure dindépendance fonctionnelle(23) mais ces deux outils de mesure ne prennent pas particulièrement en compte les troubles spastiques.
Le traitement antispastique ne doit être entrepris que si la spasticité génère une gêne fonctionnelle. Son utilité quant aux possibilités de marche et de transferts doit être évaluée. En outre, il est impératif de déceler tout facteur nociceptif (11-14-32) susceptible daggraver ou dentretenir la spasticité. Les épines irritatives (infections urinaires, lésion cutanées, ongles incarnés, fécalomes ) sont souvent sous-estimées et négligées. Elles doivent faire lobjet dune prise en charge et dun traitement spécifique rigoureux. Cest une étape fondamentale dans lapproche du traitement qui permet souvent de limiter la consommation de myorelaxants. Le patient et son entourage doivent apprendre à dépister ces facteurs et à les éviter.
Lorsquon envisage une thérapeutique antispastique, le traitement médicamen-teux per os est toujours proposé en première intention. On a recours à des myorelaxants qui ont une action antispa-stique spécifique.(5-10-11)
3.1.1. On utilise des molécules ayant un mode daction centrale avec effet inhibiteur préférentiellement au niveau spinal mais aussi supraspinal, expliquant leurs effets sédatifs : le Baclofène, les benzodiazépines, la Tizanidine.
le Baclofène (LIORESAL®) : utilisé en première intention, il a prouvé son efficacité dans la spasticité de la SEP. Il est généralement bien toléré, il doit être administré en montant progressivement les doses qui en général, ne dépassent pas 60 mg. La posologie est variable en fonction des patients et de leurs atteintes neurologiques associées. Les effets secondaires de type somnolence sont moins marqués quavec les benzodiazépines. Il est contre-indiqué chez les patients épileptiques et le sevrage doit être progressif.
les Benzodiazépines (MYOLASTAN®, RIVOTRIL®) : ils sont efficaces sur les spasmes et les contractions douloureuses. Dans la SEP, ils doivent être prescrits avec beaucoup de prudence avec introduction de très faible posologie en raison des risques de survenue de troubles bulbaires.
la Tizanidine (SIRDALUD®)(12) : les études ont montré son efficacité dans la spasticité de la SEP. Les effets secondaires de type somnolence sont moins marqués. Il peut dans certains cas entraîner des chutes tensionnelles et une hypotension orthostatique. Il peut parfois présenter un intérêt antalgique associé. Ce traitement nest toujours pas commercialisé en France.
3.1.2. Le Dantrolène sodique (DANTRIUM®) est le seul antispastique à action périphérique agissant sur la fibre musculaire striée. Il doit être instauré très progressivement. Il présente des effets secondaires non négligeables avec somnolence, vertiges, augmentation de la faiblesse musculaire qui nincitent pas à prescrire ce traitement en première intention. Ce produit peut engendrer une toxicité au niveau du foie déjà menacé par des thérapeutiques immuno-suppressives. Ce traitement peut être néanmoins très utile en cas dintolérance des autres antispastiques.
3.1.3 Lassociation de ces traitements aux modes dactions différentes peut être bénéfique pour le patient. Elle nécessite cependant certaines précautions.
Dans le cas de la SEP, il est recommandé dintroduire très progressivement les myorelaxants en restant à des posologies modérées. Lextrême sensibilité des patients vis-à-vis des effets sédatifs risque dentraîner dune accentuation de la fatigabilité, symptôme quasi constant dans la SEP mais aussi une accentuation des troubles bulbaires (troubles de la déglutition)(21) qui peuvent avoir des conséquences dramatiques. En cas dhyperthermie aggravant transitoirement la spasticité, il faut revoir la prescription.
La variabilité des troubles spastiques impose un ajustement permanent du traitement. Le patient doit participer à ladaptation des posologies en fonction des effets utiles et néfastes et de ses performances fonctionnelles. Il peut tirer un grand bénéfice de la combinaison de traitements médicamenteux aux traitements physiques et prise en charge en rééducation. Ce sont des traitements complémentaires. Les myorelaxants comme les traitements physiques peuvent favoriser les conditions musculaires des séances de kinésithérapie. Les ajustements se font en concertation avec léquipe pluridisciplinaire de rééducation.
3.2.1. La prise en charge de la spasticité sinscrit dans un programme global de rééducation motrice. Elle a pour but de prévenir les complications orthopédiques et daméliorer les possibilités fonctionnelles en libérant la motricité sous-jacente masquée par lhypertonie. Dans le cas de la SEP, il faut tenir compte de la fatigabilité déjà évoquée. Ce paramètre clinique très variable, influence le rythme et la progression des séances et contre-indique tout travail de force du muscle spastique. Les séances de kinésithérapie consistent en des mobilisations passives qui seffectuent en vitesse lente en deçà de la réponse à létirement. Chez les patients qui conservent un contrôle musculaire suffisant, il est possible dutiliser des techniques type tenu-relâché ; le temps détirement peut être prolongé par un maintien en posture. La posture recherchée est létirement musculaire maximal. Au niveau des membres inférieurs, les postures debout intéressent la spasticité du triceps. Les postures en flexion, abduction, rotation externe de hanche sont à explorer aussi. La posture à genoux assis sur les talons, orteils en extension reposant sur le sol par leur face plantaire, est utile. Chez les patients autonomes, on préconise lapprentissage dauto-étirements et on privilégie les postures réalisables par le patient lui-même. La verticalisation régulière en standing est conseillée chez les patients qui ne marchent plus. Cest un moyen de posture efficace. De plus, il participe à la prévention des épines irritatives (constipation, ). Quand il existe une nécessité de renforcement musculaire, le travail kinésithérapique doit être contrôlé. Il faut sabstenir dun travail contre résistance qui aggraverait les possibilités fonctionnelles (fatigue, spasticité ).
3.2.2 La cryothérapie(4) savère efficace pour réduire la spasticité et entretenir la souplesse musculo-articulaire. Elle consiste essentiellement en des bains deau glacée avec immersion ombilicale. Différents protocoles existent. La température de leau peut descendre jusquà 5°C. Cette technique est contre-indiquée en cas de problème cardio-vasculaire, lésions cutanées et incontinence. La tolérance est variable selon les patients. Les effets peuvent être spectaculaires. Le patient peut en retirer un grand bénéfice fonctionnel avec en particularité une amélioration qualitative et quantitative des possibilités de marche. La durée daction est limitée (quelques heures). Aussi, est-il conseillé deffectuer une séance de kinésithérapie immédiatement après la cryothérapie. Le froid a une action sur la spasticité mais il a été décrit aussi des améliorations par le froid des vitesses de conduction(26) chez le patient spastique.
A domicile, ce traitement peut être poursuivi sous forme de bains deau glacée ou de douches froides prolongées. On peut proposer aussi une cryothérapie locale (cold pack) sur les groupes musculaires spastiques.
3.2.3. Les vibrations des masses musculaires est une technique adjuvante utile. La relaxation est aussi un facteur de contrôle de la spasticité.
Lorsque la spasticité est focalisée sur un groupe musculaire et entrave les possibilités fonctionnelles, on est enclin à proposer un traitement local ciblant les muscles concernés, plutôt que dinstaurer une thérapeutique par voie générale pourvoyeur deffets secondaires centraux. Dans la SEP, un pied spastique avec varus équin et griffes des orteils peut entraver la marche, souvent déjà altérée par dautres atteintes neurologiques et le patient peut aussi être gêné par une spasticité des adducteurs localisée. Les traitements locaux conservateurs réalisent une dénervation chimique.
3.3.1 Injection de toxine botulique (14-28-31-32) : utilisée dans le traitement de la spasticité depuis 1990, elle constitue une avancée thérapeutique supplémentaire. Cette substance injectée en intramusculaire agit sur la jonction neuro-musculaire au niveau présynaptique en bloquant la libération de lacétycholine. La dose injectée dépend de limportance de la masse musculaire. En France, la toxine na pas encore lAMM pour ce trouble. Dans le cas du pied spastique, les injections peuvent être réalisées au niveau du triceps, du jambier postérieur, du fléchisseur des orteils, extenseur propre du gros orteil. Le patient peut retirer un bénéfice fonctionnel certain dans la mesure où il navait pas de rétraction articulaire associée, ce qui aura été précisé par un bilan articulaire préalable. Le délai daction est de 3 à 8 jours, leffet se prolonge jusquà 3 mois environ. La toxine a donc un effet transitoire dont la réversibilité correspondant à la reconstitution de nouvelles plaques motrices. Les effets secondaires sont peu invalidants, (faiblesse musculaire modérée, amyotrophie limitée). Ce traitement doit être répété si on veut maintenir le bénéfice fonctionnel obtenu. Il reste coûteux. Permettant de reproduire leffet dun geste chirurgical de neurotomie, il sert souvent de test pré-opératoire permettant dapprécier lamélioration fonctionnelle attendue avant de poser une indication chirurgicale définitive.
3.3.2 Neurolyse par alcoolisation : cette technique consiste à linjection dalcool au point moteur ou au niveau tronculaire. Elle a été progressivement abandonnée car elle est souvent mal tolérée et peut déclencher des douleurs de désafférentation(10) susceptibles daggraver lourdement la situation clinique du malade.
On soriente vers une solution neurochirurgicale lorsque la spasticité devient handicapante avec retentissement fonctionnel important lorsquelle résiste aux traitements habituels. Ces traitements doivent être proposés avant que ne sinstallent des complications orthopédiques irréversibles.
Dans la décision thérapeutique, il faut tenir compte du caractère chronique évolutif de la maladie, on sabstiendra de tout geste lors dune poussée. Dans lindication, il est nécessaire dintégrer la présence dautres symptômes sensibles au traitement (déficit moteur, troubles vésico-sphinctériens ). Lintérêt dun geste neurochirurgical est discuté au sein dune équipe pluridisciplinaire (neurologue, neurochi-rurgien, médecin de rééducation) après réalisation dun bilan complet : clinique, fonctionnel, socio-familial. Le choix des techniques tient compte de la sévérité, du caractère diffus ou local de la spasticité. Les traitements neurochirurgicaux se sont imposés au cours de ses vingt dernières années avec en particulier le développement de linfusion intrathécale de Baclofène® et lamélioration de la sélectivité des techniques neuro-ablatives.
3.4.1. Infusion intrathécale chronique de Baclofène® : mise au point par Penn(25) en 1979 et introduite en France par Lazorthe(17) en 1984, le traitement est proposé de plus en plus largement dans les spasticités invalidantes des patients atteints de SEP à un stade évolué. La pompe, placée sous le plan cutané abdominal, délivre le produit en intrathécal par lintermédiaire dun cathéter. Il existe plusieurs types de pompes implantables. On utilise habituellement une pompe à débit variable, programmable qui est contrôlable par voie externe et par télémétrie à laide dun programmateur indépendant. Il faut choisir le mode dadministration (bolus, débit continu avec ou sans bolus supplémentaire, arrêt), la quantité infusée et son débit. Limplantation définitive du système est réalisée après une série dinjections test. Les doses de Baclofène® à infuser sont souvent difficiles à déterminer. Il faut utiliser des doses minimes si lon veut préserver la spasticité "utile" pour les transferts et la station debout.
Le choix du traitement comporte un bilan urodynamique(20) : le Baclofène® risque de modifier le comportement vésical. Les critères de sélection comportent un bon état psychique et cognitif du patient : sa participation est indispensable. Un entourage familial et médical informé et coopérant est un élément favorable supplémentaire. Il est préférable que le patient nhabite pas trop loin dun centre spécialisé susceptible dassurer la surveillance et le remplissage de la pompe. Ce traitement sadresse à des spasticités invalidantes, diffuses des membres inférieurs, avec prédominance de spasmes et des trépidations pour lesquelles on recherche une diminution globale et non sélective de la spasticité.(30) Il peut être proposé à des patients dont la spasticité est si sévère quelle ne leur permet plus une position confortable en fauteuil roulant et les confine au lit. Il concerne aussi des patients dont la spasticité gêne la réalisation des transferts et les soins dhygiène (sondages intermittents par exemple). Il peut être aussi envisagé pour essayer de retrouver des possibilités de déambulation mais cette dernière indication reste très délicate. Les résultats rapportés par différentes équipes (1-8-9-18-24) à propos des patients atteints de SEP se révèlent plutôt bénéfiques dans la majorité des cas avec un recul souvent supérieur à 3 ans. Lamélioration porte sur une diminution des contractures douloureuses et des spasmes, tout particulièrement nocturnes, permettant un sommeil de meilleure qualité. Lamélioration fonctionnelle se traduit aussi par une position confortable en fauteuil roulant et une plus grande aisance dans les soins dhygiène. Cet effet positif peut être évalué par le score fonctionnel de léchelle DSFTH. Grâce à ce traitement, certains patients peuvent retrouver la possibilité de se verticaliser et/ou de réaliser leur transfert. Quelques patients, encore en nombre très limité, ont pu retrouver une possibilité de déambulation avec aide.(14)
Les complications sont généralement dorigine "mécanique" : déplacement du cathéter, occlusion de lorifice intrathécal. Il faut être particulièrement attentif sur les risques de complications infectieuses qui sont majorés en raison des traitements immuno-suppresseurs. Les effets secondaires (sédation modérée, sensations vertigineuses, nausées, rétention durine, ) sont transitoires. Quelques cas de surdosage ont été rapportés (dépression respiratoire, somnolence). Ils imposent une hospita-lisation en urgence. Le patient et son entourage doivent être informés des signes évocateurs de surdosage : hypotonie des membres, sécheresse de la bouche, Les techniques dinfusion intrathécale sont très attractives en raison de leur caractère réversible et de la possibilité dadaptation des doses en fonction de la gêne fonctionnelle. Il ne faut pas cependant négliger laspect économique(8-32) qui inclus non seulement le coût de la pompe et lacte neurochirurgical, mais aussi la nécessité dun suivi régulier en milieu spécialisé tous les deux à trois mois pour surveillance, réglage et remplissage de la pompe. En cas de SEP trop invalidante ou lors de contraintes trop importantes, les solutions neurochirurgicales plus radicales sont à discuter.
3.4.2 Méthodes neuro-ablatives(19) :
Quand la spasticité nest plus contrôlable par un traitement conservateur, on soriente vers la neurochirurgie fonction-nelle qui interrompt sélectivement les circuits responsables de la spasticité nuisible. Ces techniques préservent le tonus utile ainsi que la fonction motrice et sensitive. Elles peuvent être réalisées soit au niveau du nerf périphérique (neurotomie), soit mais rarement dans le cadre de la SEP, au niveau des racines spinales dorsales (radicotomie), soit au niveau de la zone dentrée des radicelles dorsales dans la moelle (dreztomie).(29)
3.4.2.1. Neurotomie sélective périphérique(8-14) :
elle est envisagée lorsque la spasticité est localisée à un groupe musculaire et
quelle savère gênante pour le patient. Dans la SEP, elle peut intéresser le
nerf obturateur en cas de spasticité des adducteurs mais elle est habituellement
pratiquée au niveau du nerf tibial postérieur pour pied varus équin avec ou sans griffe
des orteils. Les patients peuvent tirer un bénéfice fonctionnel notable au niveau de la
marche. Les effets de cette intervention sont durables, les complications à type de
troubles vaso-moteurs, troubles trophiques sont transitoires. Comme le laisse prévoir le
bilan pré-opératoire, il faut quelquefois prévoir un geste orthopédique
complémentaire. Cette intervention nest pas réalisée très fréquemment dans la
SEP, les patients étant gênés par une spasticité plus diffuses.
3.4.2.2. Dreztomie microchirurgicale décrite en 1972 par SINDOU(29-30) :
cette technique de radicellotomie postérieure sélective à la jonction
radiculo-médullaire postérieure ou dreztomie chirurgicale (drez = Dorsal Root Entry
Zone) avait été initialement conçue pour les syndromes douloureux chroniques. Elle
sest avérée très efficace dans les troubles spastiques sévères. Elle vise à
réduire les afférences tonigènes nociceptives et myotatiques en épargnant les fibres
lemniscales. Elle sadresse généralement au patient ayant une paraplégie spastique
très invalidante avec spasmes gênants et douloureux et attitude vicieuse des membres
inférieurs rendant la station assise en fauteuil roulant inconfortable, voire impossible
et les confinant au lit (photo 1). Elle peut aussi intéresser les racines à destinée
vésicale en cas dhyperactivité du détrusor révélée par bilan urodynamique
préalable.
Cette intervention "de confort" a été pratiquée chez un grand nombre de patients atteints de SEP. Elle leur a procuré une amélioration de leur qualité de vie en permettant une atténuation des spasmes et des contractures douloureuses. La réduction des troubles toniques leur a fait retrouver une position confortable en fauteuil roulant (photo 2) et a facilité considérablement les soins de nursing. Le gain fonctionnel obtenu par lintervention peut être objectivé par le bilan fonctionnel DSFTH. Lorsque cette neurochirurgie seffectue tardivement, une chirurgie orthopédique complémentaire (ténotomie ) est parfois nécessaire.
La prise en charge de la spasticité dans la SEP sinscrit dans lapproche thérapeutique globale de la maladie. La notion de spasticité "utile" opposée à celle de spasticité néfaste doit toujours présider aux décisions thérapeutiques. Le dévelop-pement et le perfectionnement des techniques neurochirurgicales ont apporté aux patients un bénéfice fonctionnel et de confort indéniable. Ils permettent parfois, en situation évolutive, de sortir "dune impasse thérapeutique". Ils offrent une réelle et durable amélioration du confort de vie malgré latteinte neurologique sévère avec parfois un retour à un réel projet de vie familiale et sociale.
| 1 | Tonus musculaire normal. |
| 2 | Légère hypertonie donnant une sensation daccrochage lors de la mobilisation de larticulation concernée. |
| 3 | Hypertonie marquée mais le segment affecté est facilement fléchi. |
| 4 | Hypertonie considérable, le mouvement passif est difficile. |
| 5 | Le segment affecté est totalement rigide, la flexion et lextension sont impossibles. |
| Douleurs | Spasmes | Fauteuil | Transferts | Hygiène | ||
| 0 | Absence | Absence | Pas de gêne | Pas de gêne | Pas de gêne | |
| 1 | Peu fréquentes, peu intenses | Peu fréquents | Gêne minime | Gêne minime | Gêne minime | |
| 2 | Fréquentes, | Fréquents, | Gêne notable | Gêne modérée peu de retentissement |
Gêne modérée intensité peu gênante sur la vie quotidienne |
|
| 3 | Importantes en fréquence et en intensité |
Fréquents et importants, | Installation difficile, gênant la position assise |
Gêne sévère nécessité de sanglage ou en décubitus |
Gêne sévère | |
| 4 | Permanentes et intolérables | Spontanés très intenses interdisant toute position correcte en fauteuil |
Position assise impossible | Gêne majeure, nécessité de deux personnes |
Gêne majeure, nécessité de deux personnes |
Score global /20 |
1 - Centre Médical GERMAINE REVEL 69440 ST MAURICE SUR DARGOIRE
2 - HOPITAL NEUROLOGIQUE P. WEITHEIMER 69003 LYON
3 - HOPITAL H. GABRIELLE 69230 ST GENIS LAVAL
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