PRISE EN CHARGE DE LA SPASTICITE DANS LA SCLEROSE EN PLAQUES

Dr Colette BENETON (1-2), Dr Valérie CHIPIER (1-2), Dr Odile DE PARISOT (1-3), Pr Dominique BOISSON (2-3)


 

 

La spasticité fait partie des désordres moteurs les plus couramment rencontrés chez le patient atteint de Sclérose en Plaques (SEP). Constante en fin d’évolution, témoignant alors de la diffusion des lésions, elle peut revêtir des modalités variées au fil des années. La spasticité peut aussi, et en particulier tandis que persiste une certaine autonomie motrice, se montrer fluctuante selon les différents paramètres physiques de l’environnement et selon les conditions cliniques et psychologiques du patient.

1 • Définition

La spasticité traduit une hyperexcitabilité du réflexe myotatique responsable d’une augmentation, vitesse dépendante, du réflexe tonique d’étirement avec exagération des réflexes tendineux (Lance 1980).(16)

Conséquence d’une lésion du faisceau pyramidal, elle n’est qu’un des éléments du syndrome pyramidal et s’associe le plus souvent à un déficit moteur. Aux membres supérieurs, l’hypertonie spastique prédomine sur les fléchisseurs et aux membres inférieurs, sur les extenseurs. Dans le cas d’un déficit moteur associé, elle peut permettre au patient le maintien de la station debout ou le maintien de sa capacité à réaliser les transferts ; elle sert alors "d’orthèse" en rigidifiant le membre inférieur, aidant la marche.(2) On parle alors de spasticité utile qu’il faut savoir préserver.(11-13-21) A l’inverse, elle peut gêner la marche en entraînant un accrochage du pied sur le sol. Elle peut aussi s’accompagner de manifestations paroxystiques avec spasmes en flexion ou en extension. Considérée comme nuisible, la spasticité doit être traitée. Au cours de l’évolution, le désordre tonique peut être aggravé par l’installation d’une exagération des réflexes polysynaptiques le plus souvent en flexion survenant à l’occasion d’agressions nociceptives cutanées ou viscérales. Le patient est dans ce cas particulièrement gêné par les spasmes en flexion. C’est le premier stade de l’installation d’une attitude vicieuse en triple-flexion pouvant devenir irréductible par installation de rétractions et de complications orthopédiques. C’est le passage au stade de spasticité handicap. Les troubles toniques constituent un facteur d’invalidation supplémentaire qui s’ajoute aux autres désordres neurologiques. La spasticité est le seul symptôme du syndrome pyramidal accessible à un traitement symptomatique qui peut être médicamenteux, physique ou neurochirurgical.

Dans la SEP, la prise en charge doit tout particulièrement tenir compte de la présence des autres déficits neurologiques. Elle ne peut se concevoir que dans une approche globale du handicap résultant de l’affection démyélinisante multifocale.(21)

Des symptômes tels que la fatigue, les troubles bulbaires, le syndrome cérébelleux influencent notablement les possibilités d’autonomie : ils doivent être parti-culièrement pris en compte quant à l’indication thérapeutique.

L’extrême variabilité des troubles et l’évolution chronique(7) requièrent un suivi et une adaptation permanente du traitement. Les options thérapeutiques doivent tenir compte aussi du profil évolutif de la maladie. En l’absence de gros handicap cognitif, il est indispensable d’impliquer le patient et l’entourage dans le suivi de son traitement.(21)

Avant d’instaurer une thérapeutique et au cours du suivi, il est indispensable de faire une analyse clinique de la spasticité, un bilan des capacités fonctionnelles du patient en évaluant le caractère utile ou néfaste du trouble tonique et en appréciant l’impact sur la vie quotidienne.

2 • Bilans

2.1 Bilan analytique : (14-27-30)

Ce bilan doit rechercher les signes pyramidaux (réflexe cutané plantaire, trépidations épileptoïdes, réflexes ostéotendineux). L’intensité de la spasticité est mesurée par les tests d’étirements, l’échelle de Tardieu Held et surtout l’échelle d’Asworth (tableau n°1) plus adaptée aux troubles généralisés, l’échelle de réflexes ou de cotation des spasmes.

Le bilan doit inclure une évaluation topographique de la spasticité et une cotation du déficit moteur associé et un bilan des troubles sensitifs. Une évaluation des amplitudes articulaires permet d’apprécier l’importance des rétractions musculo-tendineuses et ankyloses articulaires. Lorsque l’examen montre des limitations articulaires, des tests de mobilisations passives, sous anesthésie générale et curarisante permettent de faire la part entre la composante spastique et articulaire. Ceci est rarement nécessaire. En revanche, il est habituel avant tout geste de neurotomie, de réaliser un bloc anesthésique périphérique à la Marcaïne®. Ces tests, réalisés chez des patients conscients et directement concernés par le résultat, sont précieux pour orienter la thérapeutique (neurochirurgie ou ortho-pédie).(30-32)

2.2 Bilan fonctionnel :

L’évaluation du handicap fonctionnel est le critère le plus utile pour l’adaptation et la poursuite du traitement. L’analyse de la fonction gestuelle des membres supérieurs, l’étude clinique rigoureuse de la marche, l’évaluation du retentissement d’une griffe des orteils, d’un pied varus équin, la nécessité de chaussures adaptées ou attelles sont aussi à considérer. La marche peut être aussi analysée à travers des techniques kinésigraphiques (Vicon)(6).

L’inconfort postural et la gêne fonctionnelle dans les activités de la vie quotidienne doivent aussi être évalués. Dans les paraplégies hyperspastiques en flexion, on peut utiliser le bilan fonctionnel DSFTH (Douleur, Spasmes, Fauteuil, Transferts, Hygiène) (3) conçu initialement pour évaluer le résultat de la neurochirurgie fonctionnelle. Il permet de mesurer par un score fonctionnel global, la gêne fonctionnelle engendrée par les troubles toniques dans la vie quotidienne des patients. Ce score apprécie cinq critères de confort de vie directement influencés par la spasticité et ses conséquences (tableau n°2). Un score supérieur ou égal à 10/20 correspond à une spasticité suffisamment sévère et invalidante relevant d’une neurochirurgie. Soulignons ici l’intérêt de vidéos répétées dans l’évaluation du handicap fonctionnel et dans le suivi du traitement. Dans la SEP, la cotation du handicap fonctionnel se fait à travers l’échelle de Kurtzke(15) et la mesure d’indépendance fonctionnelle(23) mais ces deux outils de mesure ne prennent pas particulièrement en compte les troubles spastiques.

3 • Traitements

Le traitement antispastique ne doit être entrepris que si la spasticité génère une gêne fonctionnelle. Son utilité quant aux possibilités de marche et de transferts doit être évaluée. En outre, il est impératif de déceler tout facteur nociceptif (11-14-32) susceptible d’aggraver ou d’entretenir la spasticité. Les épines irritatives (infections urinaires, lésion cutanées, ongles incarnés, fécalomes…) sont souvent sous-estimées et négligées. Elles doivent faire l’objet d’une prise en charge et d’un traitement spécifique rigoureux. C’est une étape fondamentale dans l’approche du traitement qui permet souvent de limiter la consommation de myorelaxants. Le patient et son entourage doivent apprendre à dépister ces facteurs et à les éviter.

3.1 Médicaments per os :

Lorsqu’on envisage une thérapeutique antispastique, le traitement médicamen-teux per os est toujours proposé en première intention. On a recours à des myorelaxants qui ont une action antispa-stique spécifique.(5-10-11)

3.1.1. On utilise des molécules ayant un mode d’action centrale avec effet inhibiteur préférentiellement au niveau spinal mais aussi supraspinal, expliquant leurs effets sédatifs : le Baclofène, les benzodiazépines, la Tizanidine.

• le Baclofène (LIORESAL®) : utilisé en première intention, il a prouvé son efficacité dans la spasticité de la SEP. Il est généralement bien toléré, il doit être administré en montant progressivement les doses qui en général, ne dépassent pas 60 mg. La posologie est variable en fonction des patients et de leurs atteintes neurologiques associées. Les effets secondaires de type somnolence sont moins marqués qu’avec les benzodiazépines. Il est contre-indiqué chez les patients épileptiques et le sevrage doit être progressif.

• les Benzodiazépines (MYOLASTAN®, RIVOTRIL®) : ils sont efficaces sur les spasmes et les contractions douloureuses. Dans la SEP, ils doivent être prescrits avec beaucoup de prudence avec introduction de très faible posologie en raison des risques de survenue de troubles bulbaires.

• la Tizanidine (SIRDALUD®)(12) : les études ont montré son efficacité dans la spasticité de la SEP. Les effets secondaires de type somnolence sont moins marqués. Il peut dans certains cas entraîner des chutes tensionnelles et une hypotension orthostatique. Il peut parfois présenter un intérêt antalgique associé. Ce traitement n’est toujours pas commercialisé en France.

3.1.2. Le Dantrolène sodique (DANTRIUM®) est le seul antispastique à action périphérique agissant sur la fibre musculaire striée. Il doit être instauré très progressivement. Il présente des effets secondaires non négligeables avec somnolence, vertiges, augmentation de la faiblesse musculaire qui n’incitent pas à prescrire ce traitement en première intention. Ce produit peut engendrer une toxicité au niveau du foie déjà menacé par des thérapeutiques immuno-suppressives. Ce traitement peut être néanmoins très utile en cas d’intolérance des autres antispastiques.

3.1.3 L’association de ces traitements aux modes d’actions différentes peut être bénéfique pour le patient. Elle nécessite cependant certaines précautions.

Dans le cas de la SEP, il est recommandé d’introduire très progressivement les myorelaxants en restant à des posologies modérées. L’extrême sensibilité des patients vis-à-vis des effets sédatifs risque d’entraîner d’une accentuation de la fatigabilité, symptôme quasi constant dans la SEP mais aussi une accentuation des troubles bulbaires (troubles de la déglutition)(21) qui peuvent avoir des conséquences dramatiques. En cas d’hyperthermie aggravant transitoirement la spasticité, il faut revoir la prescription.

La variabilité des troubles spastiques impose un ajustement permanent du traitement. Le patient doit participer à l’adaptation des posologies en fonction des effets utiles et néfastes et de ses performances fonctionnelles. Il peut tirer un grand bénéfice de la combinaison de traitements médicamenteux aux traitements physiques et prise en charge en rééducation. Ce sont des traitements complémentaires. Les myorelaxants comme les traitements physiques peuvent favoriser les conditions musculaires des séances de kinésithérapie. Les ajustements se font en concertation avec l’équipe pluridisciplinaire de rééducation.

3.2 Les traitements physiques, la rééducation : (2-13-27)

3.2.1. La prise en charge de la spasticité s’inscrit dans un programme global de rééducation motrice. Elle a pour but de prévenir les complications orthopédiques et d’améliorer les possibilités fonctionnelles en libérant la motricité sous-jacente masquée par l’hypertonie. Dans le cas de la SEP, il faut tenir compte de la fatigabilité déjà évoquée. Ce paramètre clinique très variable, influence le rythme et la progression des séances et contre-indique tout travail de force du muscle spastique. Les séances de kinésithérapie consistent en des mobilisations passives qui s’effectuent en vitesse lente en deçà de la réponse à l’étirement. Chez les patients qui conservent un contrôle musculaire suffisant, il est possible d’utiliser des techniques type tenu-relâché ; le temps d’étirement peut être prolongé par un maintien en posture. La posture recherchée est l’étirement musculaire maximal. Au niveau des membres inférieurs, les postures debout intéressent la spasticité du triceps. Les postures en flexion, abduction, rotation externe de hanche sont à explorer aussi. La posture à genoux assis sur les talons, orteils en extension reposant sur le sol par leur face plantaire, est utile. Chez les patients autonomes, on préconise l’apprentissage d’auto-étirements et on privilégie les postures réalisables par le patient lui-même. La verticalisation régulière en standing est conseillée chez les patients qui ne marchent plus. C’est un moyen de posture efficace. De plus, il participe à la prévention des épines irritatives (constipation, …). Quand il existe une nécessité de renforcement musculaire, le travail kinésithérapique doit être contrôlé. Il faut s’abstenir d’un travail contre résistance qui aggraverait les possibilités fonctionnelles (fatigue, spasticité…).

3.2.2 La cryothérapie(4) s’avère efficace pour réduire la spasticité et entretenir la souplesse musculo-articulaire. Elle consiste essentiellement en des bains d’eau glacée avec immersion ombilicale. Différents protocoles existent. La température de l’eau peut descendre jusqu’à 5°C. Cette technique est contre-indiquée en cas de problème cardio-vasculaire, lésions cutanées et incontinence. La tolérance est variable selon les patients. Les effets peuvent être spectaculaires. Le patient peut en retirer un grand bénéfice fonctionnel avec en particularité une amélioration qualitative et quantitative des possibilités de marche. La durée d’action est limitée (quelques heures). Aussi, est-il conseillé d’effectuer une séance de kinésithérapie immédiatement après la cryothérapie. Le froid a une action sur la spasticité mais il a été décrit aussi des améliorations par le froid des vitesses de conduction(26) chez le patient spastique.

A domicile, ce traitement peut être poursuivi sous forme de bains d’eau glacée ou de douches froides prolongées. On peut proposer aussi une cryothérapie locale (cold pack) sur les groupes musculaires spastiques.

3.2.3. Les vibrations des masses musculaires est une technique adjuvante utile. La relaxation est aussi un facteur de contrôle de la spasticité.

3.3 Les traitements locaux :

Lorsque la spasticité est focalisée sur un groupe musculaire et entrave les possibilités fonctionnelles, on est enclin à proposer un traitement local ciblant les muscles concernés, plutôt que d’instaurer une thérapeutique par voie générale pourvoyeur d’effets secondaires centraux. Dans la SEP, un pied spastique avec varus équin et griffes des orteils peut entraver la marche, souvent déjà altérée par d’autres atteintes neurologiques et le patient peut aussi être gêné par une spasticité des adducteurs localisée. Les traitements locaux conservateurs réalisent une dénervation chimique.

3.3.1 Injection de toxine botulique (14-28-31-32) : utilisée dans le traitement de la spasticité depuis 1990, elle constitue une avancée thérapeutique supplémentaire. Cette substance injectée en intramusculaire agit sur la jonction neuro-musculaire au niveau présynaptique en bloquant la libération de l’acétycholine. La dose injectée dépend de l’importance de la masse musculaire. En France, la toxine n’a pas encore l’AMM pour ce trouble. Dans le cas du pied spastique, les injections peuvent être réalisées au niveau du triceps, du jambier postérieur, du fléchisseur des orteils, extenseur propre du gros orteil. Le patient peut retirer un bénéfice fonctionnel certain dans la mesure où il n’avait pas de rétraction articulaire associée, ce qui aura été précisé par un bilan articulaire préalable. Le délai d’action est de 3 à 8 jours, l’effet se prolonge jusqu’à 3 mois environ. La toxine a donc un effet transitoire dont la réversibilité correspondant à la reconstitution de nouvelles plaques motrices. Les effets secondaires sont peu invalidants, (faiblesse musculaire modérée, amyotrophie limitée). Ce traitement doit être répété si on veut maintenir le bénéfice fonctionnel obtenu. Il reste coûteux. Permettant de reproduire l’effet d’un geste chirurgical de neurotomie, il sert souvent de test pré-opératoire permettant d’apprécier l’amélioration fonctionnelle attendue avant de poser une indication chirurgicale définitive.

3.3.2 Neurolyse par alcoolisation : cette technique consiste à l’injection d’alcool au point moteur ou au niveau tronculaire. Elle a été progressivement abandonnée car elle est souvent mal tolérée et peut déclencher des douleurs de désafférentation(10) susceptibles d’aggraver lourdement la situation clinique du malade.

3.4. traitements neurochirurgicaux :

On s’oriente vers une solution neurochirurgicale lorsque la spasticité devient handicapante avec retentissement fonctionnel important lorsqu’elle résiste aux traitements habituels. Ces traitements doivent être proposés avant que ne s’installent des complications orthopédiques irréversibles.

Dans la décision thérapeutique, il faut tenir compte du caractère chronique évolutif de la maladie, on s’abstiendra de tout geste lors d’une poussée. Dans l’indication, il est nécessaire d’intégrer la présence d’autres symptômes sensibles au traitement (déficit moteur, troubles vésico-sphinctériens…). L’intérêt d’un geste neurochirurgical est discuté au sein d’une équipe pluridisciplinaire (neurologue, neurochi-rurgien, médecin de rééducation) après réalisation d’un bilan complet : clinique, fonctionnel, socio-familial. Le choix des techniques tient compte de la sévérité, du caractère diffus ou local de la spasticité. Les traitements neurochirurgicaux se sont imposés au cours de ses vingt dernières années avec en particulier le développement de l’infusion intrathécale de Baclofène® et l’amélioration de la sélectivité des techniques neuro-ablatives.

3.4.1. Infusion intrathécale chronique de Baclofène® : mise au point par Penn(25) en 1979 et introduite en France par Lazorthe(17) en 1984, le traitement est proposé de plus en plus largement dans les spasticités invalidantes des patients atteints de SEP à un stade évolué. La pompe, placée sous le plan cutané abdominal, délivre le produit en intrathécal par l’intermédiaire d’un cathéter. Il existe plusieurs types de pompes implantables. On utilise habituellement une pompe à débit variable, programmable qui est contrôlable par voie externe et par télémétrie à l’aide d’un programmateur indépendant. Il faut choisir le mode d’administration (bolus, débit continu avec ou sans bolus supplémentaire, arrêt), la quantité infusée et son débit. L’implantation définitive du système est réalisée après une série d’injections test. Les doses de Baclofène® à infuser sont souvent difficiles à déterminer. Il faut utiliser des doses minimes si l’on veut préserver la spasticité "utile" pour les transferts et la station debout.

Le choix du traitement comporte un bilan urodynamique(20) : le Baclofène® risque de modifier le comportement vésical. Les critères de sélection comportent un bon état psychique et cognitif du patient : sa participation est indispensable. Un entourage familial et médical informé et coopérant est un élément favorable supplémentaire. Il est préférable que le patient n’habite pas trop loin d’un centre spécialisé susceptible d’assurer la surveillance et le remplissage de la pompe. Ce traitement s’adresse à des spasticités invalidantes, diffuses des membres inférieurs, avec prédominance de spasmes et des trépidations pour lesquelles on recherche une diminution globale et non sélective de la spasticité.(30) Il peut être proposé à des patients dont la spasticité est si sévère qu’elle ne leur permet plus une position confortable en fauteuil roulant et les confine au lit. Il concerne aussi des patients dont la spasticité gêne la réalisation des transferts et les soins d’hygiène (sondages intermittents par exemple). Il peut être aussi envisagé pour essayer de retrouver des possibilités de déambulation mais cette dernière indication reste très délicate. Les résultats rapportés par différentes équipes (1-8-9-18-24) à propos des patients atteints de SEP se révèlent plutôt bénéfiques dans la majorité des cas avec un recul souvent supérieur à 3 ans. L’amélioration porte sur une diminution des contractures douloureuses et des spasmes, tout particulièrement nocturnes, permettant un sommeil de meilleure qualité. L’amélioration fonctionnelle se traduit aussi par une position confortable en fauteuil roulant et une plus grande aisance dans les soins d’hygiène. Cet effet positif peut être évalué par le score fonctionnel de l’échelle DSFTH. Grâce à ce traitement, certains patients peuvent retrouver la possibilité de se verticaliser et/ou de réaliser leur transfert. Quelques patients, encore en nombre très limité, ont pu retrouver une possibilité de déambulation avec aide.(14)

Les complications sont généralement d’origine "mécanique" : déplacement du cathéter, occlusion de l’orifice intrathécal. Il faut être particulièrement attentif sur les risques de complications infectieuses qui sont majorés en raison des traitements immuno-suppresseurs. Les effets secondaires (sédation modérée, sensations vertigineuses, nausées, rétention d’urine,…) sont transitoires. Quelques cas de surdosage ont été rapportés (dépression respiratoire, somnolence). Ils imposent une hospita-lisation en urgence. Le patient et son entourage doivent être informés des signes évocateurs de surdosage : hypotonie des membres, sécheresse de la bouche,… Les techniques d’infusion intrathécale sont très attractives en raison de leur caractère réversible et de la possibilité d’adaptation des doses en fonction de la gêne fonctionnelle. Il ne faut pas cependant négliger l’aspect économique(8-32) qui inclus non seulement le coût de la pompe et l’acte neurochirurgical, mais aussi la nécessité d’un suivi régulier en milieu spécialisé tous les deux à trois mois pour surveillance, réglage et remplissage de la pompe. En cas de SEP trop invalidante ou lors de contraintes trop importantes, les solutions neurochirurgicales plus radicales sont à discuter.

3.4.2 Méthodes neuro-ablatives(19) :

Quand la spasticité n’est plus contrôlable par un traitement conservateur, on s’oriente vers la neurochirurgie fonction-nelle qui interrompt sélectivement les circuits responsables de la spasticité nuisible. Ces techniques préservent le tonus utile ainsi que la fonction motrice et sensitive. Elles peuvent être réalisées soit au niveau du nerf périphérique (neurotomie), soit mais rarement dans le cadre de la SEP, au niveau des racines spinales dorsales (radicotomie), soit au niveau de la zone d’entrée des radicelles dorsales dans la moelle (dreztomie).(29)

3.4.2.1. Neurotomie sélective périphérique(8-14) :
elle est envisagée lorsque la spasticité est localisée à un groupe musculaire et qu’elle s’avère gênante pour le patient. Dans la SEP, elle peut intéresser le nerf obturateur en cas de spasticité des adducteurs mais elle est habituellement pratiquée au niveau du nerf tibial postérieur pour pied varus équin avec ou sans griffe des orteils. Les patients peuvent tirer un bénéfice fonctionnel notable au niveau de la marche. Les effets de cette intervention sont durables, les complications à type de troubles vaso-moteurs, troubles trophiques sont transitoires. Comme le laisse prévoir le bilan pré-opératoire, il faut quelquefois prévoir un geste orthopédique complémentaire. Cette intervention n’est pas réalisée très fréquemment dans la SEP, les patients étant gênés par une spasticité plus diffuses.

3.4.2.2. Dreztomie microchirurgicale décrite en 1972 par SINDOU(29-30) :
cette technique de radicellotomie postérieure sélective à la jonction radiculo-médullaire postérieure ou dreztomie chirurgicale (drez = Dorsal Root Entry Zone) avait été initialement conçue pour les syndromes douloureux chroniques. Elle s’est avérée très efficace dans les troubles spastiques sévères. Elle vise à réduire les afférences tonigènes nociceptives et myotatiques en épargnant les fibres lemniscales. Elle s’adresse généralement au patient ayant une paraplégie spastique très invalidante avec spasmes gênants et douloureux et attitude vicieuse des membres inférieurs rendant la station assise en fauteuil roulant inconfortable, voire impossible et les confinant au lit (photo 1). Elle peut aussi intéresser les racines à destinée vésicale en cas d’hyperactivité du détrusor révélée par bilan urodynamique préalable.

Cette intervention "de confort" a été pratiquée chez un grand nombre de patients atteints de SEP. Elle leur a procuré une amélioration de leur qualité de vie en permettant une atténuation des spasmes et des contractures douloureuses. La réduction des troubles toniques leur a fait retrouver une position confortable en fauteuil roulant (photo 2) et a facilité considérablement les soins de nursing. Le gain fonctionnel obtenu par l’intervention peut être objectivé par le bilan fonctionnel DSFTH. Lorsque cette neurochirurgie s’effectue tardivement, une chirurgie orthopédique complémentaire (ténotomie…) est parfois nécessaire.

4 • Conclusion

La prise en charge de la spasticité dans la SEP s’inscrit dans l’approche thérapeutique globale de la maladie. La notion de spasticité "utile" opposée à celle de spasticité néfaste doit toujours présider aux décisions thérapeutiques. Le dévelop-pement et le perfectionnement des techniques neurochirurgicales ont apporté aux patients un bénéfice fonctionnel et de confort indéniable. Ils permettent parfois, en situation évolutive, de sortir "d’une impasse thérapeutique". Ils offrent une réelle et durable amélioration du confort de vie malgré l’atteinte neurologique sévère avec parfois un retour à un réel projet de vie familiale et sociale.

 

 

1 Tonus musculaire normal.
2 Légère hypertonie donnant une sensation d’accrochage lors de la mobilisation de l’articulation concernée.
3 Hypertonie marquée mais le segment affecté est facilement fléchi.
4 Hypertonie considérable, le mouvement passif est difficile.
5 Le segment affecté est totalement rigide, la flexion et l’extension sont impossibles.
 

 

 

 

  Douleurs Spasmes Fauteuil Transferts Hygiène
0 Absence Absence Pas de gêne Pas de gêne Pas de gêne
1 Peu fréquentes, peu intenses Peu fréquents Gêne minime Gêne minime Gêne minime
2 Fréquentes, Fréquents, Gêne notable Gêne modérée
peu de retentissement 
Gêne modérée
intensité peu gênante sur la vie quotidienne
3 Importantes en fréquence
et en intensité
Fréquents et importants, Installation difficile,
gênant la position assise
Gêne sévère
nécessité de sanglage
ou en décubitus
Gêne sévère
4 Permanentes et intolérables Spontanés très intenses
interdisant toute position
correcte en fauteuil
Position assise impossible Gêne majeure,
nécessité de deux personnes
Gêne majeure,
nécessité de deux personnes
 

Score global /20

 

1 - Centre Médical GERMAINE REVEL 69440 ST MAURICE SUR DARGOIRE

2 - HOPITAL NEUROLOGIQUE P. WEITHEIMER 69003 LYON

3 - HOPITAL H. GABRIELLE 69230 ST GENIS LAVAL


BIBLIOGRAPHIE

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