LE GENOU

LA REEDUCATION APRES LIGAMENTOPLASTIE

 

Dr Patrick MIDDLETON, Dr Pierre-Louis PUIG, Dr Patrice TROUVE, Dr Laurent SAVALLI

 

 

La prise en charge thérapeutique commence dès la première consultation qui suit l’accident.

Tout est mis en œuvre pour que le patient se présente dans les meilleures conditions possibles au moment de l’intervention.

La rééducation est préconisée en pré-opératoire afin de récupérer une bonne amplitude articulaire et un bon contrôle musculaire.

Le travail musculaire réalisé avant l’intervention va faciliter le réveil du quadriceps en post-opératoire immédiat.

La rééducation doit tenir compte du transplant tendineux utilisé pour la ligamentoplastie, des phénomènes de ligamentisation et des contraintes mécaniques s’exerçant sur les différents compartiments du genou lors de la rééducation. Elle est divisée en plusieurs phases :

• La phase post-opératoire immédiate

• La phase de rééducation proprement dite

• La phase de rééducation complémentaire

• La phase de reprise sportive.

Nous allons prendre comme type de description la rééducation après transplant libre au tendon rotulien puis nous verrons les modifications à apporter à ce protocole dans le cadre des autres ligamentoplasties.

I • REEDUCATION FONCTIONNELLE APRES TRANSPLANT LIBRE AU TENDON ROTULIEN

La phase post-opératoire immédiate

Cette phase est fondamentale. Une bonne prise en charge des patients dans les suites immédiates de l’intervention permet d’envisager la rééducation sous des auspices favorables. Le traitement associe traitement médical, soins infirmiers et rééducation.

Le traitement médical a pour but de calmer les douleurs et de limiter la réaction inflammatoire post-opératoire.

Des soins de nursing sont mis en route le plus rapidement possible pour limiter les troubles trophiques tels que l’œdème et l’hématome du membre inférieur : bande de contention, pansements alcoolisés, postures déclives, prévention des troubles thrombo-emboliques, soins de cicatrice.

La rééducation tient une place modérée mais doit être associée. L’objectif est d’éviter l’installation d’adhérences et de réveiller le quadriceps. Le rodage articulaire est obtenu grâce à la mobilisation passive sur arthromoteur et la mobilisation active-aidée douce. La mobilisation de la rotule dans le plan sagittal et transversal permet d’éviter la rétraction des structures péri-rotuliennes.

Le réveil du quadriceps est obtenu par la technique de l’écrase coussin. La contraction du quadriceps est contrôlée grâce à un appareillage de type myofeedback. (Photo 1)

Un programme d’électro-neuro-myo-stimulation des fibres lentes peut être proposé. Les ischio-jambiers sont travaillés en statique. Il faut proscrire les exercices d’élévation jambe tendue à cette phase. Ce travail est iatrogène pour l’appareil extenseur. Il favorise la sidération musculaire réflexe si ce n’est la survenue d’un syndrome algodystrophique.

La remise en charge sous couvert de 2 cannes anglaises est autorisée très rapidement. L’utilisation d’une orthèse de sécurité dépend plus de l’habitude du chirurgien que de raisons clairement établies. A la fin de cette phase, l’objectif est d’avoir un genou peu douloureux, peu augmenté de volume ayant une bonne mobilité de rotule et de genou (0/90°) ainsi qu’un quadriceps qui ascensionne correctement la rotule. La véritable phase de rééducation peut alors commencer.

2. La phase de rééducation proprement dite

En règle générale, elle débute entre le 15e et le 20e jour. Mais plus qu’une date post-opératoire, c’est l’état du genou qui dicte la conduite thérapeutique. L’objectif de cette phase est d’obtenir une mobilité de genou, une qualité musculaire et un contrôle proprioceptif compatible avec la reprise d’activités socio-professionnelles peu exigeantes sur le plan articulaire.

En post-opératoire, c’est la récupération des amplitudes qui, dans un premier temps, doit être l’objet de toutes nos attentions. Le travail de la flexion fait appel aux techniques classiques de gain d’amplitude : mobilisation active-aidée, va et vient, travail en piscine, contracté-relâché.

En cas de difficulté, il faut s’assurer qu’il n’existe pas une lésion associée du plan interne ou suspecter la survenue d’une complication justifiant d’un traitement adapté.

La récupération de l’extension est aujourd’hui demandée rapidement par de nombreux chirurgiens. Elle ne doit pas, cependant, rendre nécessaire la réalisation de postures forcées.

Le flexum est souvent un flexum antalgique plus ou moins associé à une contracture des ischio-jambiers. La réalisation de postures forcées a peu de chance de régler le problème. Il nous paraît préférable d’utiliser des techniques antalgiques et myorelaxantes et très rapidement un travail excentrique sous-maximal à vitesse lente des ischio-jambiers (Photo 2).

La persistance d’un flexum, malgré ces techniques, est pour nous la preuve qu’il existe un conflit dans l’échancrure inter-condylienne : existence d’une malposition du transplant visible sur la radiographie de profil ou d’un syndrome du Cyclope (9). C’est alors l’indication d’un geste de libération de l’échancrure sous arthroscopie. En effet, HOWELL (5) a montré que la récupération des flexums de genou, en cas d’obstacle mécanique avéré dans l’échancrure inter-condylienne, s’accompagne toujours de l’apparition d’une laxité de genou.

Le travail musculaire s’effectue en dynamique, en chaîne ouverte pour les ischio-jambiers, en chaîne fermée pour le quadriceps.

Le travail en chaîne fermée est réalisé contre résistance manuelle, puis sur CCF 100 ou KINETRON en position assise. Il sollicite le quadriceps de manière concentrique, dans un premier temps, afin d’éviter les sollicitations excessives sur le tendon rotulien en cours de cicatrisation. Progressivement, le quadriceps est sollicité de manière excentrique. Les exercices préconisés : travail de la chaise, travail sur presse doivent respecter le tendon rotulien et la rotule.

Le travail sur bicyclette débute quand le genou plie à 110° de même que le travail sur rameur. La rééducation proprioceptive s’effectue en décharge, il s’agit d’un apprentissage du contrôle des rotations du genou, puis, quand le genou a retrouvé un contrôle musculaire satisfaisant, la rééducation proprioceptive s’effectue en charge. Le travail d’équilibre est réalisé sur plan stable puis instable. Le patient réagit à des sollicitations en situation de stress de plus en plus importante. Toutes sortes d’exercices peuvent être réalisés. L’objectif est de reprogrammer le genou dans des situations de stress retrouvées lors de la pratique sportive.

Il est souhaitable de conseiller au patient, dès la 6e semaine, de faire un travail personnel en salle de gymnastique. A un travail d’étirement et de musculation des membres supérieurs, du membre inférieur contro-latéral et du rachis, est associé un travail spécifique du membre inférieur lésé : bicyclette d’appartement, rameur, stepper et renforcement musculaire en chaîne ouverte des ischio-jambiers. Le travail sur presse est autorisé quand la contraction statique du quadriceps à 90° de flexion est indolore. Il est réalisé à résistance et amplitude progres-sivement croissantes.

    Ce protocole donne une large place au travail musculaire en chaîne fermée. BYNUM (1), dans une étude prospective randomisée, a montré la supériorité des résultats obtenus chez des patients ayant bénéficié d’une rééducation en chaîne fermée compa-rativement à une population ayant travaillé le quadriceps en chaîne ouverte, après transplant libre au tendon rotulien. Le groupe chaîne fermée présente, à 1 an de l’intervention, un Lachman différentiel de 1,6 mm contre 3,3 mm au groupe chaîne ouverte. L’on note également une moindre fréquence des douleurs antérieures du genou dans le groupe chaîne fermée (18% contre 24%).

    GOTTLOB (4) insiste cependant sur la nécessité d’un travail précoce en chaîne ouverte du quadriceps afin de développer le contrôle musculaire indépendant. Il préconise, tout comme SHELBOURNE (11), des exercices d’élévation jambe tendue sans résistance, ce que nous avons abandonné devant la survenue fréquente de douleurs de l’appareil extenseur (8).

Le travail analytique du quadriceps est cependant indispensable avant d’envisager la reprise sportive. Il prend place dans la phase de rééducation complémentaire.

Les complications rencontrées lors de ces deux premières phases de rééducation vont perturber, dans des proportions variables, le bon agencement du programme. Elles justifient des traitements adaptés.

3. La phase de rééducation complémentaire

Le but, lors de cette phase, est de  combler le vide existant entre la fin de la rééducation (vers la 10e, 12e semaine) et la reprise du sport.

De nombreux exercices peuvent être proposés afin que le patient récupère ses capacités physiologiques et sa force musculaire.

Le travail du quadriceps est réalisé en chaîne fermée pendant de nombreuses semaines puis en chaîne ouverte, 6 semaines avant la date présumée de reprise du sport.

La condition physique est travaillée sur bicyclette, rameur, stepper ou par la pratique de la natation (sauf la brasse). La reprise de la course est autorisée après la réalisation d’un bilan clinique dans le courant du 3e ou 4e mois.

Un bilan isocinétique est parfois réalisé en concentrique à vitesse rapide afin de déterminer les possibilités du patient. SHELBOURNE (11) admet un déficit maximum de 40% du quadriceps à la vitesse de 180°/sec pour autoriser la reprise de la course. Il estime qu’au delà de 40% de déficit, il existe un risque de douleur tendineuse. Progressivement, un travail des déplace-ments latéraux, des changements de direction, des sauts et de vitesse est réalisé sous le contrôle d’un préparateur physique .

La réalisation de cette phase nous paraît indispensable avant d’envisager la reprise du sport.

4. La phase de reprise sportive

Les critères de reprise du sport sont malheureusement très flous et très “opérateurs dépendants”. La résistance mécanique du transplant n’est pas connue chez l’homme et ne permet pas de fixer un délai de reprise sportive. SHELBOURNE (11) et GLAGOW (3) obtiennent de bons résultats avec des protocoles accélérés de rééducation qui remettent en cause les délais traditionnels de 8 à 12 mois pour reprendre les sports avec pivot.

Il faut cependant définir des critères de reprise du sport. GLASGOW autorise la reprise du sport dès le 3e mois si le genou est sec, en l’absence de Lachman et si le sportif est motivé. Il part du principe que l’ancrage osseux du transplant est obtenu. C’est une condition nécessaire et suffisante. SHELBOURNE autorise la reprise du sport entre le 2e et le 5e mois avec une orthèse stabilisatrice du genou si le patient a récupéré une mobilité normale du genou et notamment une extension symétrique, si la récupération musculaire lors de l’évaluation isocinétique est bonne et si le sujet a suivi un programme de préparation physique progressif.

IRRGANG (6) autorise la reprise du sport après 6 mois si le bilan clinique du genou est parfait, si le déficit de force isocinétique ne dépasse pas 20% et après un test fonctionnel : saut en longueur monopodal et triple saut monopodal croisé.

Le résultat de ce test fonctionnel est considéré comme normal si le déficit de longueur obtenu, lors des tests, entre les 2 membres inférieurs n’excède pas 10%.

Nous utilisons une grille d’évaluation dans le suivi des genoux ligamentaires opérés qui nous permet d’évaluer les possibilités de reprise sportive (10). Cette grille prend en compte des éléments subjectifs, cliniques, fonctionnels et musculaires. (Fiches 1 et 2)

Notée sur 200 points, l’autorisation de reprise du sport est donnée si le patient atteint le score de 170 points. Seul l’entraînement est autorisé dans un premier temps en association avec un travail de renforcement musculaire adapté au résultat de l’évaluation musculaire isocinétique réalisé en concentrique et en excentrique. Six à huit semaines d’entraînement paraissent nécessaires avant d’envisager la reprise de la compétition.

Une fois toutes les activités du patient reprises au-delà du douzième mois post-opératoire, 3 systèmes d’évaluation sont disponibles afin de quantifier le résultat : L’évaluation IKDC, l’évaluation de LYSHOLM TEGNER et l’évaluation proposée par le groupe ARPEGE

 

 

2 • REEDUCATION APRES LES AUTRES LIGAMENTOPLASTIES

D’autres techniques sont utilisées. Elles modifient de manière plus ou moins importante les suites post-opératoires et la rééducation. Nous ne verrons que les modifications à apporter au protocole présenté dans les suites des transplants libres au tendon rotulien.

1. Rééducation après plastie intra-articulaire au DIDT

Le respect de l’appareil extenseur autorise un travail précoce du quadriceps sur presse car il y a un moindre risque de tendinite rotulienne. Le travail des ischio-jambiers est, par contre, plus progressif.

Les fractures de rotule, les tendinites rotuliennes, la rotule basse n’apparaissent pas dans les complications rencontrées après cette chirurgie. Par contre, les hématomes sont plus fréquents. Il peut se produire des adhérences au niveau du site de prélèvement du fait des difficultés du prélèvement tendineux ainsi que des lésions de neurapraxie de la branche infra-rotulienne du nerf saphène qui se traduisent par des dysesthésies et/ou une hypoesthésie de la face interne de jambe. Ces troubles sensitifs sont régressifs en plusieurs mois (7).

2. Ligamentoplastie mixte intra et extra-articulaires utilisant l’appareil extenseur : Mac Intosh ou Kenneth Jones + Lemaire externe

Le protocole de rééducation ne diffère pas de celui après transplant libre au tendon rotulien.

La seule différence réside dans l’existence quasi constante d’hématomes parfois volumineux qui justifient des soins de nursing les 10 à 15 premiers jours : cryothérapie, pansements alcoolisés, bande de contention, postures déclives, travail musculaire à visée de drainage du triceps et de la racine du membre inférieur. Un drainage chirurgical de l’hématome est parfois nécessaire.

3. Ligamentoplastie mixte utilisant le fascia lata 

Le travail excentrique du quadriceps en chaîne fermée peut débuter précocement car l’appareil extenseur est respecté. On peut être confronté à l’existence d’hématome à la face externe de cuisse.  u

 

BIBLIOGRAPHIE

 

1 • BYNUM. E.B, BARRACK. R.L, ALEXANER. A.H : Open versus closed kinetic exercises after anterior cruciate ligament reconstruction. A prospective randomized study. Am. J. Sports. Med, 1995 ; 23 : 401-406.

2 • COSGAREA. A.J, SEBASTIANELLI. W.J,

DE HAVEN K.E : Prevention of arthrofibrosis after anterior cruciate ligament reconstruction using the central third patellar tendon autograft. Am. J. Sports Med. 1995 ; 23 : 87-92.

3 • GLASGOW. S.G, GABRIEL. J.P, SAPEGA.A.A : The effect of early versus late return to vigorous activities on the out come of anterior cruciate ligament reconstruction. Am. J. Sports Med. 1993 ; 21 : 243-248.

4 • GOTTLOB.C.A., GAUNT. B.W : Principles of rehabilitation following anterior cruciate ligament reconstruction. Sport medicine and arthroscopy review. 1996 ; 4 : 350-360.

5 • HOWELL. S.M, TAYLOR. M.A : failure of reconstruction of the anterior cruciate ligament due to impingement by the intercondylar roof. J. Bone Joint. Surg. 1993 ; 75-A : 7 ; 1044-1055.

6 • IRRGANG. J.J : Modern trends in anterior cruciate ligament rehabilitation : non operative and post-operative management. Clin. Sports Med. 1993 ; 12 : 797-813.

7 • LARSON. R.V, ERICKSEN. D :Complications in the use of hamstring tendons for anterior cruciate ligament reconstruction. Sports Medicine and arthroscopy review 1997 ; 5 : 83-90.

8 • MIDDLETON. P, PUIG. P, TROUVE. P, CORELLANO P : Evolucion de nuestro protocolo de reeducacion despues de una ligamentoplastia del ligamento-cruzado anterior con tendon rotuliano. In, lesiones deportivas, Mapfre S.A Ed. 1996 ; 751-760.

9 • MIDDLETON. P, PUIG.P, TROUVE. P : Utilisation du travail excentrique comme technique de gain d’amplitude : A propos de 50 dossiers de flexum de genou après chirurgie ligamentaire. In : Rencontre en rééducation N° 10, La raideur articulaire, Masson Ed. 1995 ; 349-353.

10 • MIDDLETON. P, TROUVE. P, PUIG. P : Prise en charge du Sportif de haut niveau après chirurgie ligamentaire du LCA. Y-a-t-il un protocole accéléré ? J. Traumatol. Sport, 1997 ; 14 : 98-106.

11 • SHELBOURNE. KD, KLOOTWYK.T.E., DE CARLO. M.S : Rehabilitation program for anterior cruciate ligament reconstruction. Sport medicine and arthroscopy review. 1997 ; 5 : 77-82.

12 • STEINKAMP. L.A, DILLINGHAM. M.F, MARKEL. M.D : Biomechanical considerations in patellofemoral joint rehabilitation. Am. J. Sports Med, 1993 ; 21 : 438-444.

13 • ZATTERSTROM. R, FRIDEN. T, LINDSTRAND.A, MORITZ. U : Muscle training in chronic anterior cruciate ligament insufficiency. A comparative study. Scand. J. Rehabil. Med. 1992 ; 24 : 91-97.

14 • ZAVATSKY. A.B, BEARD. D.J, O’ CONNOR. J.J :

Cruciate ligament loading during isometric muscle contractions. A theoretical basis for rehabilition. Am. J. Sports Med, 1994 ; 22 : 418-423.

 


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