LE GENOU

LIGAMENTOPLASTIE DU LCA SELON MAC INTOSH AU FASCIA LATA

MODIFIEE PAR JAEGER

 

 

Pr Jean-Henri Jaeger,

Dr Arnaud Dodelin,

Dr Jérôme Villeminot

 

 

INTRODUCTION

Sous réserve du recours à la plastie mixte intra et extra-articulaire au fascia lata selon MacIntosh modifiée par Jaeger, nous préconisons, dès lors qu’une indication opératoire est retenue, la chirurgie en urgence. Dans la mesure du possible, nous tentons la réparation du ligament rompu en même temps qu’est réalisée cette plastie.

Nous constatons que de plus en plus d’équipes s’orientent vers les prélèvements périphériques pour le choix d’un transplant en vue de réaliser une réfection du pivot central du genou, et, bien que souvent décrié, le fascia lata nous semble un transplant de choix sous réserve de prélever une bandelette large en proximal, donc suffisamment résistante.

TECHNIQUE CHIRURGICALE

Le patient est installé en décubitus dorsal avec un support à genou placé sous la cuisse de façon à positionner le genou en flexion à environ 70°. Un garrot pneumatique est mis en place à la racine de la cuisse, juste au-dessus du support à genou. Celui-ci est gonflé à 300 mmHg après avoir maintenu le membre inférieur surélevé le temps de la préparation du champ opératoire.

L’incision première se fait en antéro-interne para-rotulienne sur 4 à 5 cm. Une mini-arthrotomie donne accès direct sur la cavité articulaire ( 2 à 3 cm).

Le bilan lésionnel est alors effectué après évacuation de l’hémarthrose en cas de lésion récentes :

• appréciation de l’état de la synoviale péri ligamentaire, examen du ménisque interne et du ménisque externe à la recherche d’une rupture ou d’une désinsertion, examen du cartilage articulaire.

La réparation du LCA, si celle-ci est possible, se fait par mise en place de 2 à 3 fils tracteurs passés en boucle sur l’extrêmité du ligament rompu, le plus distalement possible. Ces fils sont mis en attente. On effectue ensuite un dépériostage limité de la tubérosité tibiale interne. Le tunnel tibial est alors réalisé : le point de sortie dans le genou se fait à hauteur du pied du LCA. Par expérience, la visée se fait à main levée avec des mèches  de 3,2 mm-4,5 mm-6 mm en visant vers le point le plus haut et le plus en arrière possible de l’échancrure. Un contrôle au palpateur au travers du tunnel tibial permet de vérifier la bonne position future de la plastie.

On se porte ensuite sur la face externe de la cuisse et du genou. L’incision cutanée longitudinale d’une longueur de 12 à 15 cm s’étend du tiers inférieur de la cuisse au tubercule de Gerdy en distal. On incise ensuite le fascia lata. Le transplant doit avoir 4,5 cm de large à sa partie proximale et 1 cm à sa partie distale sur le tubercule de Gerdy sur lequel il reste inséré (figure 1). Il est décollé du muscle et nettoyé de sa graisse. Il est ourlé au fil résorbable sur les 5 derniers cm libres, et à son extrémité un fil tracteur est mis en place. A l’aide du doigt, on cherche le plan de clivage rétrocondylien en refoulant les vaisseaux poplités pour dégager la partie postérieure de l’échancrure. La cloison intermusculaire externe est alors dégagée du vaste externe et incisée sur toute la longueur près du fémur pour faciliter la fermeture du fascia lata après le prélèvement (figure 2). On réalise alors une gouttière condylienne : le point de pénétration est repéré à 1 cm en arrière du LLE au niveau de petits vaisseaux périostés que l’on retrouve constamment à ce niveau. On  perfore le sommet du condyle avec les mêmes mèches que pour le tunnel tibial (3,2 mm-4,5 mm-6 mm). Le point de sortie doit correspondre à la surface postérieure d’insertion condylienne du LCA. A l’aide d’un angle droit on effondre, par le tunnel, la corticale postéro-supérieure du condyle externe. On retrouve au doigt le bout de l’instrument dans l’échancrure derrière le jumeau dans l’espace créé. Par l’arthrotomie, on perfore alors la capsule postérieure avec des ciseaux courbes en rasant la face axiale du condyle externe : la pointe des ciseaux est retrouvée dans l’espace créé au doigt. On passe alors le transplant grâce au fil tracteur sous le ligament latéral externe, par la gorge condylienne puis à travers la capsule postérieure à l’aide d’une boucle, enfin à travers le tunnel tibial  (figure 3). Le trajet inverse est effectué avec les fils mis en attente jusque là sur le LCA en cas de lésion récente suturable. Ceux-ci sont maintenus en traction pendant l’agrafage du transplant sur la tubérosité tibiale interne, en laissant le tibia en position indifférente. Un assistant maintient également une traction sur les fils tracteurs du transplant. Le transplant doit être recouvert autant que possible de tissu synovial soit par la présence du LCA réparé, soit par ce qu’il reste du ligament et sa synoviale.

On réalise enfin la fermeture plan par plan des différents abords sur quatre ou cinq drains de Redon aspiratifs.

La mobilisation passive est débutée sur arthromoteur dès le premier jour postopératoire : les amplitudes vont de 20° à 60° environ à vitesse lente. La marche avec appui se fait dès le premier jour postopératoire avec deux cannes béquilles et sous couvert d’une attelle cruro-pédieuse baleinée de type Zimmer®. Le travail de l’équipe des kinésithérapeutes commence réellement au troisième jour : il s’agit de “réveiller” le quadriceps en actif aidé et en actif ainsi que les ischio-jambiers. Il s’agit d’un travail statique intermittent pour le quadriceps, et les ischio-jambiers sont sollicités tout d’abord en actif sans résistance puis avec résistance autour de 60° de flexion et enfin en synergie avec toute la chaîne postérieure. Dès que le contrôle actif du verrouillage du genou est obtenu entre J 5 et J 8, la marche s’effectue sans attelle et l’apprentissage des escaliers est débuté.

INDICATIONS

Cette plastie est réalisée dans le cas des laxités chroniques antéro-antéro-externes et les laxités globales antérieures de stade I et II selon la classification de J.H. Jaeger, quand elles sont le témoin d’une instabilité rotatoire “sur le terrain”.

Nous la réalisons donc chez les sportifs ou anciens sportifs désireux de reprendre leur sport, d’autant plus s’il s’agit de sports avec pivot, ou encore chez les patients symptomatiques dans leur vie quotidienne.

Mais nous retenons également l’indication chez le sportif de bon niveau, pratiquant des sports avec pivot et qui souhaitent maintenir leur niveau dans le cadre de l’urgence (urgence vraie ou relative, c’est-à-dire dans les huit jours et au maximum quatorze jours après le traumatisme). Dans ces cas, l’intérêt de réaliser la plastie immédiatement (ce qui ne serait pas envisageable avec des transplants au tendon rotulien trop volumineux et source de complications gênantes) est double. Premièrement il y a un intérêt économique : moindre durée d’immobilisation,  rééducation immédiate sur un genou fonctionnel et stable, et ainsi gain de temps pour le sportif qui peut reprendre la compétition à 6 mois du traumatisme et gain d’argent pour la société en diminuant la durée d’incapacité permanente partielle. Deuxièmement, nous pensons que la réinsertion du LCA rompu, quand elle est possible, permettra une meilleure synovialisation de la plastie et par la suite, une meilleure revascularisation de celle-ci. Enfin, cette plastie, moyennant certains artifices techniques, peut être pratiquée chez l’enfant ou l’adolescent sportifs.

CONTRE-INDICATIONS

L’âge du patient n’est pas une contre-indication à la réalisation de cette plastie, sous réserve de l’absence de lésions arthrosiques sévères.

Il y a des contre-indications à opérer certains patients en urgence : le patient sportif de loisir, qui a des contraintes professionnelles autres que le sport, qui n’est pas motivé pour la chirurgie mais préfère tenter un traitement fonctionnel ne sera pas candidat à la chirurgie d’emblée.

CONCLUSION

Parmi les autotransplants périphériques, épargnant l’appareil extenseur du genou, le fascia lata nous semble être l’un des plus performants, nonobstant la cicatrice que son prélèvement impose encore aujourd’hui. Mais la fonction reste la priorité chez nos patients. u

 


Service de chirurgie Orthopédique, du Rachis et de Traumatologie du Sport. Chirurgie B. Hôpital Civil

Chef de service : Pr J.H. Jaeger

67000 STRASBOURG

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