LIGAMENTOPLASTIE
DU LIGAMENT CROISE ANTERIEUR AVEC LES TENDONS
DU DROIT INTERNE ET DU DEMI TENDINEUX
Pr Pascal
CHRISTEL
INTRODUCTION
Le prélèvement du tiers
central du tendon rotulien pour reconstruire le ligament croisé antérieur (LCA)
s'accompagne dans environ 20 % des cas de douleurs résiduelles antérieures. Ces
douleurs, qui siègent le plus souvent au niveau de la pointe de la rotule, peuvent
persister même après deux ans d'évolution ; elles peuvent retentir sur le geste sportif
et empêcher le patient de s'agenouiller. Cette symptomatologie peut être très
péjorative pour les sports à quadriceps dominant ou pour les activités sportives ou
professionnelles nécessitant l'agenouillement.
Malgré les raffinements de la technique chirurgicale, ce pourcentage de douleurs antérieures semble incompressible. Parmi les différentes sources de greffes utilisables pour reconstruire le LCA, les tendons ischio-jambiers, droit-interne (gracilis) et demi tendineux (semi tendinosus), du fait de leurs propriétés mécaniques, sont apparus constituer une alternative intéressante, à condition d'être utilisés sous forme d'une greffe à 4 faisceaux (Tableau1 - tableau 2)
En effet, l'utilisation des
tendon ischio-jambiers en simple ou en double faisceau ne présente pas des performances
mécaniques suffisantes pour reconstruire de manière fiable le LCA.
PROPRIETES
Leur résistance mécanique
est indiquée dans le Tableau I. La résistance à l'arrachement
de l'insertion tibiale du demi-tendineux (DT) n'est que de 80 N, aussi, du fait de leur
résistance mécanique insuffisante, les ischio-jambiers sont toujours utilisés libres,
soit en double (DI ou DT seuls) soit en quadruple brins (DIDT) permettant d'atteindre,
dans cette dernière configuration, une résistance de 3000 N, voire 4500 N (Tableau 2).
Les résultats du Tableau 2 montre que la résistance et la rigidité des greffes de
DIDT à 4 brins est cumulative quand les 4 brins sont soumis à une tension identique ;
les valeurs obtenues sont alors nettement supérieures à celles du LCA ou d'une greffe de
tendon rotulien. De même, il faut noter qu'une greffe de DIDT dont les 4 brins ne sont
pas tendus de façon équivalente est de toute manière plus résistante qu'une greffe de
tendon rotulien de 10 mm de large (2736 N vs 1670 N)
RESISTANCE MECANIQUE DES
SYSTEMES DE FIXATION DES GREFFES TENDINEUSES
En plus de la résistance
intrinsèque de la greffe il est indispensable de considérer la résistance mécanique
initiale de son ancrage pour savoir quels efforts celui-ci pourra supporter en post
opératoire immédiat. Le niveau de charge auquel est soumis une greffe de LCA lors de
l'activité quotidienne varie selon les auteurs entre 160 et 445 N.
Huit fils de suture tressés,
mis en parallèle, ont une résistance à la traction d'environ 1000 N et leur nud
sur une vis avec rondelle se rompt pour une traction de 130 à 310 N seulement. Un tendon
ischio-jambier fixé à l'os par une vis avec rondelle à picots a une résistance à
l'arrachement de 250 N.
La fixation de la greffe peut
se faire soit par une vis d'interférence soit par des sutures appuyées sur des agrafes
ou des vis avec rondelles. Les résistances mécaniques correspondantes sont indiquées
dans le tableau 3 . L'utilisation de vis d'interférences
résorbables ou métalliques abouti à une résistance de fixation identique, au moins
pendant un mois.
Parmi tous les moyens de
fixation actuellement à notre disposition, l'utilisation d'une broche transcondylienne
autour de laquelle s'appuient les tendons, permet d'obtenir l'ancrage de loin le plus
résistant.
Les valeurs du Tableau 3, obtenues par essai en traction parallèle à l'axe de la
greffe, situation mécanique la plus pénalisante, montrent que les moyens mécaniques
usuels de fixation d'un transplant libre de tendon rotulien ou d'ischio-jambiers utilisés
en double sont suffisamment résistants pour faire face aux contraintes mécaniques de
l'activité quotidienne. En fait la résistance de la fixation dépend des propriétés
mécaniques de l'os sur lequel s'appuie le système d'ancrage. La fixation appuyée sur
l'os cortical est toujours plus résistante que celle appuyée sur de l'os spongieux.
TECHNIQUE CHIRURGICALE
Les tendons ischio-jambiers
sont prélevés par une courte incision verticale de 2 à 3 cm située en regard de la
patte d'oie. Après avoir désinséré le tendon du couturier, les tendons du droit
interne et du demi-tendineux sont prélevés à l'aide d'un "stripper" à
tendons sur au moins 20 cm. Chaque tendon est retourné sur lui même pour obtenir une
greffes de 10 à 11 cm, à quatre faisceaux tendineux. Selon les techniques les brins
tendineux peuvent être laissés indépendants ou suturés entre eux.
Le temps de reconstruction du
LCA est mené sous contrôle de l'arthroscope. Plusieurs instrumentations spécifiques ont
été développées. Les principes de la reconstruction du LCA sont les mêmes qu'avec le
tendon rotulien en termes de positionnement de la greffe, mise en tension etc. Les moyens
de fixation de la greffe d'ischio-jambiers sont variables et ont été vus au paragraphe
précédent. Un exemple est indiqué sur la Figure 1.
Les suites opératoires sont
similaires à celles du tendon rotulien avec des modalités de rééducation identiques :
récupération première de l'extension, travail en chaîne cinétique fermée du membre
inférieur, etc.
Cependant, dans l'ensemble,
les promoteurs restent plus prudents qu'avec le tendon rotulien en recommandant une
progression plus lente et une reprise du sport en compétition à 9 mois.
LES RESULTATS ET LES
INDICATIONS
La morbidité liée au
prélèvement des ichio-jambiers est remarquablement faible voire nulle. Les études IRM
ont montré que les tendons se régénéraient et venaient se réinsérer sur le tibia
dans la région du demi-membraneux.
Les études isocinétiques
ont montré que le prélèvement des ischio-jambiers s'accompagne tout de même d'une
perte significative de force du quadriceps, d'importance et de durée variable selon les
patients. La puissance des ischio-jambiers est récupérée à 6 mois pour les sportifs
compétiteurs.
Les douleurs résiduelles sur
l'appareil extenseur, en dehors d'une chondropathie rotulienne préexistante, sont rares,
représentant un avantage considérable par rapport au tendon rotulien.
La récupération
post-opératoire est aisée, peut être trop, amenant le chirurgien à tempérer les
ardeurs de certains patients. En effet, les phénomènes de ligamentisation, ne sont pas
accélérés par une récupération rapide. Des ruptures précoces ont été décrites.
Dans l'ensemble les
résultats sur la laxité quantifiée à l'arthromètre ou avec des clichés
radiographiques sous contraintes sont un peu moins bons qu'avec le tendon rotulien.
Cependant le pourcentage de genoux stables, sans ressaut rotatoire, est identique aux ligamentoplasties au tendon
rotulien.
Certains chirurgiens ont
totalement abandonné l'utilisation du tendon rotulien et utilisent exclusivement les
ischio-jambiers. Pour notre part nous réservons les plasties DIDT aux cas suivants : sports à quadriceps dominant (sauteurs
surtout), chondropathie rotulienne symptomatique, patients âgés de plus de 35 ans,
demande fonctionnelle modérée, danseuse professionnelle, ligamentoplastie itérative,
etc. Nous utilisons toujours le tendon rotulien pour les sports de pivot-contact (sports
de combat), dans les laxités importantes (différentielle supérieure à 10 mm), et
d'autant plus volontiers que le patient est jeune. Ces indications évolueront
certainement à l'avenir.
CONCLUSIONS
Les années 1980 ont été
celles du tendon rotulien. Durant ces années, la technique chirurgicale a
considérablement évolué et cette intervention est maintenant parfaite-ment codifiée ;
ses résultats sont connus pour être fiables et reproductibles mais elle a aussi montré
ses limites surtout en termes de morbidité du site de prélèvement. Les années 1990 ont
permis de développer l'utilisation des plasties DIDT à quatre faisceaux avec semble-t-il
des résultats aussi fiables mais avec une morbidité nettement diminuée. Seule
l'épreuve du temps permettra d'apprécier le maintien des résultats à long terme. u
| % de la résistance du LCA |
|
Tiers
central du tendon rotulien |
168 |
Tiers
interne du tendon rotulien |
159 |
Demi-tendineux
|
70 |
Droit
interne |
49 |
Partie
distale de la bandelette |
44 |
Fascia
lata |
66 |
|
Résistance à rupture |
Rigidité |
Surface de section |
|
(N) |
(N/mm) |
(mm2) |
DI simple |
837 ± 138 |
160 ± 44 |
7,40 ±
1,1 |
DI* en double |
1550 ± 428 |
336 ± 141 |
16,3 ±
3,0 |
DT simple |
1060 ± 227 |
336 ± 141 |
10,8 ±
2,2 |
DT/* en double |
2329 ± 452 |
469 ± 185 |
23,3 ±
3,6 |
DIDT en double |
2736 ± 542 |
445 ± 105 |
39,5 ±
5,1 |
DIDT* en double |
4589 ± 674 |
861 ± 186 |
50,4 ±
3,5 |
DI : tendon
du Droit Interne (Gracilis), DT : tendon du demitendineux (semitendinosus), |
|||
Greffe |
Type fixation |
Résistance
à la rupture(N) |
TR |
Vis interférence |
478 |
" |
Vis
d'interférence + sutures (Ethibond 5) |
674 |
DIDT (4 brins) ancrage fémoral |
Vis métallique * |
240 - 340 |
" |
Vis résorbable** |
340 |
" |
Sutures
(Ethibond 5) + vis + rondelles |
821 |
" |
Broche métallique trans-condylienne*** |
1000 - 1600 |
TR : tendon
rotulien os-tendon-os, DIDT : droit interne et demi tendineux |
||
Chirurgien Orthopédiste
Clinique NOLLET
21, rue Brochant,
75017 Paris