EPAULE :
LES LESIONS DU BOURRELET
Dr P. GLEYZE*,
Dr D. NERRISSON**
INTRODUCTION
La chirurgie arthroscopique a permis d'affiner le catalogue lésionnel des atteintes du bourrelet glénoïdien mais il est important de ne pas oublier que celles-ci doivent le plus souvent se concevoir comme des lésions secondaires à intégrer dans un cadre étiologique précis.
La difficulté en pratique quotidienne est donc celle d'une connaissance suffisamment précise de l'entité capsulo-labrale pouvant permettre au cas par cas de cerner les limites du normal et du pathologique face à une lésion mineure qui peut parfois sembler isolée ou presque (petite synovite, tendinite modérée d'insertion du long biceps,...).
Le but de ce travail est de constituer un outil pratique schématisant les éléments essentiels nécessaires à la compréhension et au démembrement des atteintes du couple labro-bicipital.
ANATOMIE
Le bourrelet glénoïdien a une structure histologique de type méniscale. Il est large, volumineux et adhérent à la glène en zone inférieure et postérieure alors qu'il reste plus fin et d'allure plus "méniscoïde" (bord libre plus important) dans sa partie antéro-supérieure (ANDREWS-1 ; ARNOCZKY-2 ; JOHNSON -3 ; SNYDER -4).
Cet aspect est à l'origine de nombreuses confusions entre un bord libre physiologique de type méniscal et une S.L.A.P. vraie par désinsertion complète sur toute la profondeur du labrum supérieur (COUDANE - 5).
La région antéro supérieure est la zone de la plus grande variabilité, celle où les faux positifs sont les plus fréquents, puisque 7 types d'aspects normaux y ont été décrits selon les rapports du bourrelet avec la capsule et le rebord glénoïdien (DETRISAC -6).
DIAGNOSTIC POSITIF D'UNE LESION LABRALE
Le plus souvent, le diagnostic de lésion du bourrelet est arthroscopique et vient corroborer un faisceau de présomptions cliniques et radiographiques.
Cliniquement, il s'agit de patients de la trentaine, sportifs de lancer avec notion d'épisodes de distorsions du membre supérieur. Les symptômes sont le plus souvent des douleurs antérieures diffuses non systématisables, mécaniques, avec sensations de ressaut, d'accrochage douloureux (HAWKINS-7 ; PAPPAS- 8). Les signes de conflit sous-acromiaux ne sont pas rares mais peuvent êtres considérés comme secondaires.
Il n'existe aucun test clinique vraiment spécifique. On peut citer :
Ces tests, et en particulier le palm-up test sont surtout utiles lors de l'évocation d'une SLAP lésion car ils testent en fait surtout l'insertion du long biceps (SNYDER -4).
L'imagerie est également peu précise. Le bilan standard ne peut montrer qu'une discrète avulsion du tubercule glénoïdien supérieur par arrachement de l'insertion du long biceps. L'arthro-scanner est pour l'instant l'examen de référence. Il doit être réalisé en rotation interne, en rotation neutre et en rotation externe. Les signes positifs d'une désinsertion du bourrelet (SLAP ou autres) sont l'insinuation de produit de contraste entre le bourrelet et la glène (CARTLAND -11). L'IRM semble promis à un bel avenir mais son coût et les limites de son interprétation en matière de pathologie du bourrelet (trop opérateur dépendant) doivent limiter actuellement ses indications. L'arthro IRM avec injection de gadolinium pourrait être une voie intéressante (PALMER-12) mais l'utilisation de gadolinium en intra-articulaire n'a pas été autorisée en France.
SYSTEMATISATION DU CATALOGUE LESIONNEL
* Les SLAP lésions
Elles représentent 30 à 60% des lésions labrales selon les séries. SNYDER a initialement décrit quatre types de SLAP (4).
MAFFET a présenté la ventilation suivante des différentes SLAP en proposant trois nouveaux types (types V, VI et VII) après révision de 712 vidéos arthroscopiques (13).
SLAP II : 55 %
SLAP III : 3,5 %
SLAP IV : 3,5 %
SLAP V : 17 %
SLAP VI : 7 %
SLAP VII : 14 %
SLAP I : il s'agit d'éffrangements labraux supérieurs sans désinsertion du bourrelet. Il est difficile de faire la part des choses entre un aspect normal et anormal compte-tenu du vieillissement physiologique de cette zone.
Diagnostic : Découverte endoscopique fortuite.
Traitement : Shaving arthroscopique des franges, d'utilité non évaluable. Figure 1: SLAP I
SLAP II : Elles correspondent à une avulsion du bourrelet par le long biceps dans sa zone de traction maximum (ant-sup.). Le diagnostic positif est l'existence d'une solution de continuité entre le rebord glénoïdien et l'ensemble labro-bicipital (RESCH -14).
Diagnostic : En pratique chirurgicale, la SLAP II est la plus fréquente, particulièrement chez les sportifs de lancer. La symptomatologie n'est pas spécifique mais une douleur récurrente à l'armé du bras doit y faire penser. Le diagnostic différentiel avec une tendinite banale du long biceps est cliniquement quasi impossible mis à part le caractère tenace et non fluctuant de la douleur. La chronicisation de la symptomatologie doit faire prescrire un arthro scanner.
Traitement : Ces désinsertions sont pathologiques et nécessitent une réinsertion vraie. L'avivement simple du rebord glénoidien en regard de la zone détachée n'a pas fait la preuve de son bon résultat clinique (HABERMEYER -15). Figure 2: SLAP II
SLAP III : Désinsertion avec chute en anse de seau du bourrelet supérieur, alors que le long biceps reste inséré. Elles sont rares (5 à 30 % des SLAP).
Traitement : section endoscopique de l'anse de seau luxée.
Diagnostic : La symptomatologie est souvent plus marquée avec sensation de pseudo blocages à l'armé du bras, voire de blocages vrais. Figure 3 : SLAP III
SLAP IV : Rares (5 à 10 % des SLAP), elles correspondent à une désinsertion en anse de seau du bourrelet supérieur, associée à une désinsertion / dissection du long biceps. Souvent liées à l'existence d'une instabilité antéro-inférieure (BURKHART -16), leur mécanisme lésionnel peut correspondre à une traction excessive lors de la luxation.
Diagnostic : idem SLAP III
Traitement : Résection de l'anse de saut ou suture avec réinsertion du long biceps, la ténodèse du long biceps peut également être en recours utile. Figure 4 : SLAP IV
SLAP V : SLAP II plus lésion de BANKART (WARNER -17). Figure 5: SLAP 5
SLAP VI : Languette labrale de type méniscoïde. Figure 6 : SLAP 6
SLAP VII : Désinsertion de type SLAP 2 dont la zone de désinsertion se poursuivrait en avant jusqu'à la limite du bord supérieur du ligament gléno-huméral inférieur. Figure 7 : SLAP VII
* Les lésions labrales antéro-supérieures
Plus souvent appelées lésions d'ANDREWS (1), elles ont été décrites chez les sportifs de lancer et correspondraient vraisembla-blement à des mitcrotraumatismes répétés. Il s'agit d'une désinsertion antéro-supérieure stricte. Les aspects frontières avec l'état physiologique sont parfois difficiles à délimiter. Seule l'existence d'une plainte clinique associée à un aspect lésionnel net fera porter le diagnostic de lésion d'ANDREWS. Figure 8 : Lésions d'ANDREWS
* Les lésions labrales antéro-inférieures
Elles sont classiquement intégrées aux lésions d'instabilité antéro-inférieure. Neviaser a individualisé les "G.L.A.D. lesions", qui correspondraient à une chute sur le coude en position d'armer du bras. Elles se présenteraient comme une lésion labrale sans atteinte du ligament gléno-huméral inférieur, mais avec une chondrite antéro-inférieure (Glenoid Labral Antero inferieur Defect ; NEVIASER-18). Nous pensons qu'il s'agit d'une lésion frontière avec l'instabilité antéro-inférieure qui reste assez artificielle à individualiser.
Traitement : régularisation des lésions labrales. Figure 9 : G.L.A.D. lésions
* Les lésions labrales postérieures
Elles ne représentent que 10 à 25 % des lésions du bourrelet et restent classiquement associées aux pathologies d'instabilité antéro-inférieure (JOHNSON -3). La notion d'une zone de pathologie spécifique du labrum postérieur s'est progressivement dégagée avec la mise en évidence d'ossifications postéro-inférieures retrouvées dans des populations de lanceurs (BARNES-19). On peut donc admettre que les lésions postéro-inférieures correspondent à des micro-traumatismes lors du lancer. Le traitement consiste à régulariser sous arthroscopie une lésion labrale.
L'atteinte du bourrelet postéro-supérieur associée à une rupture partielle profonde du sus-épineux, signe un conflit du glénoïdien postéro-supérieur, tel que décrit par Gilles WALCH (20) Figure 10 : Les lésions labrales postéro-inférieures.
CONCLUSION
Les lésions du bourrelet glénoïdien constituent un indicateur valable des différentes familles lésionnelles touchant la gléno-humérale.
* Schématiquement, on peut concevoir les atteintes du bourrelet glénoïdien ainsi :
L'intérêt actuel pour l'étude des atteintes du bourrelet glénoïdien, avec les nombreuses terminologies flatteuses à l'oreille (SLAP, GLAD, BAD,...) qui en ont découlées démontre si besoin était que leur codification n'est pas claire. Par ailleurs, il est intéressant de constater que l'existence même de ces lésions reste parfois controversée ce qui peut se concevoir s'agissant d'une lésion visible uniquement par chirurgie arthroscopique mais ne saurai remettre en cause la réalité anatomique de ces lésions.
Aussi entre classifications de complaisance et méconnaissance par omission de recherche, nous pensons qu'il faut savoir penser aux lésions du bourrelet glénoidien car la chirurgie de régularisation et de réinsertion endoscopique constitue une solution thérapeutique valable pour ces patients dont l'histoire clinique est le plus souvent longue et jalonnée d'interrogations multiples et sans réponse claire. n
BIBLIOGRAPHIE
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21 GLEYZE P., HABERMEYER P.
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