newlogo

Evaluation de l’aptitude physique d’un candidat au permis de conduire

 

Dr D. BOULONGNE

 Lors de la survenue d’une déficience motrice, la question de la conduite automobile, comme outil de réinsertion, est souvent posée. Il est donc courant d’avoir à évaluer l’aptitude physique d’un candidat au permis de conduire (ou à sa régularisation).

L’examen clinique est, bien entendu, primordial. Il tient compte des possibilités restantes et oriente déjà vers les aménagements nécessaires.

Cependant, il peut être à lui seul insuffisant.

C’est pourquoi, nous avons choisi de développer deux types de matériels permettant d’affiner l’analyse : il s’agit d’une chaîne de mesure des possibilités motrices et "réflexes" et d’un système d’évaluation de l’attention et de la vigilance.

1 - Chaîne de mesure des possibilités motrices et "réflexes"

 Il s’agit d’une carcasse de véhicule courant, dont le siège est réglable en profondeur (et l’inclinaison du dossier variable) avec un volant réglable en hauteur. Des surélévateurs de pédales permettent de parer à une petite taille éventuelle du sujet testé.

Un système d’accélérateur/frein principal aux membres supérieurs est disponible et la pédale de frein est située à droite ou à gauche.

Au niveau du volant, on peut mesurer le couple instantané (en opposant aux mouvements de la colonne de direction une forte résistance, de l’ordre de 6 DaN), ainsi que les possibilités de tenue. Cette épreuve dure environ 1 minute et donne une notion précise de la "résistance" du patient. On mesure également les amplitudes de braquage pendant une minute, permettant d’évaluer la fatigabilité. On peut mettre sur le volant une boule ou une fourche si le sujet a des difficultés de préhension.

Il est également loisible de mesurer les amplitudes de braquage en fonction de la résistance imposée à la colonne de direction, l’amplitude en fonction du temps et la valeur du couple en fonction de l’amplitude.

Bien entendu, il est possible d’analyser les performances lors de tests bimanuels ou unimanuels et en modifiant la position des mains (ou de l’aide technique) sur le volant.

Toutes ces valeurs sont référencées par rapport à des sujets sains et par rapport à des normes fournies par les constructeurs. Il est alors possible de situer les valeurs obtenues chez un sujet donné par rapport à des sujets valides et par rapport aux "besoins" sur un certain nombre de véhicules.

L’examen est réalisé par un ergothérapeute qui fournit un avis clinique. Le médecin voit ensuite le patient et peut déterminer son aptitude et les aménagements rendus nécessaires par la déficience et les résultats chiffrés.

An niveau du freinage, on mesure la force développée sur le système (frein à pied ou à main), en instantané et au cours de tests de freinages itératifs. Bien entendu, pour tous les tests répétitifs, on calcule la moyenne, l’écart type, la valeur de début, la valeur de fin, le temps de survenue de la valeur minimale et l’intervalle de confiance à 95 %.

On mesure aussi les latences que l’on décompose en :

t1 : temps écoulé entre le signal de freinage (auditif et visuel) et le début du relâchement du système d’accélération,

t2 : temps de relachâge complet de l’accélérateur,

t3 : temps écoulé après t2 et le début d’action sur le système de freinage,

t4 : temps pour obtenir le freinage maximal,

t5 : latence totale (somme des latences intermédiaires).

Ces données prennent en compte le statut de conducteur du patient (expérimenté ou non) et sont comparées à des témoins.

2 - Système d’évaluation de l’attention et de la vigilance

Il s’agit d’une hémisphère comportant des lampes de couleur différentes. les lampes rouges servent également de contacteur.

Lors du test d’attention, cinq lumières s’allument en même temps (ordre d’allumage des lampes fixé aléatoirement par l’ordinateur), le sujet doit reconnaître la lumière rouge si elle s’allume et cliquer sur un contacteur (pied ou main côté droit ou gauche). Le délai de réponse maximal peut être paramétré (en pratique il est fixé à une seconde, toute réponse survenant hors délai est compté comme fausse). 50 tests sont réalisés au cours de la séance, le programme permettant d’explorer l’ensemble du champ visuel du patient qui, au cours de cet exercice, doit garder le regard fixé au fond de la sphère (contrôle possible par l’examinateur). On compte alors le nombre de réponses correctes et on localise sur un graphe la localisation des erreurs. On mesure aussi le temps moyen de réponse et l’intervalle de confiance à 95 %. Le programme permet d’allumer, à chaque test, 5, 10, ou 15 ampoules. Il est également possible de perturber le sujet en lui imposant l’émission de sons (oreille droite et/ou gauche) par un casque.

On a le loisir de faire un test similaire, mettant en jeu l’audition. Le sujet doit reconnaître un son parmi quatre possibles et cliquer sur le contacteur correspondant au côté où il est émis.

Un autre test visuel fait aussi intervenir l’exploration de l’espace. Le principe est le même que le test visuel précédemment décrit mais le patient doit aller cliquer sur la lampe rouge qui s’est allumée.

Enfin, pour explorer la vigilance, les lumières s’allument mais avec un intervalle beaucoup plus long entre chaque éclair. Comme précédemment, le sujet clique s’il s’agit d’une lumière rouge et ne doit pas cliquer s’il s’agit d’une autre couleur.

Les réponses correctes et erronées sont comptabilisées, ainsi que les données correspondant au temps de réaction.

3 - Autres possibilités

Nous travaillons avec une auto-école dont la moniteur est habitué à la conduite des personnes handicapées. Il possède un véhicule adapté à la conduite "tout membre supérieur" et, par l’intermédiaire d’un contrat avec une association, un véhicule permettant la conduite aux tétraplégiques.

Lorsque les différents tests réalisés au Laboratoire, confrontés aux données de la clinique laissent planer un doute quant aux possibilités physiques du patient ou sur les équipements nécessaires, alors la mise en situation réelle avec l’aide d’un moniteur d’auto-école expérimenté rend alors de grands services.

Enfin, un simulateur de conduite, permettant, au laboratoire de confronter le patient avec des situations de conduite proche de la réalité est sûrement un développement intéressant à mettre en œuvre.


CRN-CRF COUBERT - 77170 COUBERT

Tel : 01. 64.42.20.35 - Fax : 01. 64.42.20.32


Copyright ANMSR 1998

retour page d'accueil ANMSR