Y a-t-il encore une place pour la transposition interne de la tubérosité tibiale antérieure en 1995?

J.Y. Dupont  chirurgien orthopédiste  Clinique Saint Michel  88 rue de Kergestin  29000 Quimper

 

I Introduction:

La transposition interne de la tubérosité tibiale antérieure (TITTA) ne fait pas seulement partie du bagage technique de tout chirurgien orthopédiste. Elle fait quasi partie de notre patrimoine culturel. C’est dire à quel point elle imprègne nos conceptions thérapeutiques des désaxations de l’appareil extenseur, comme l’incidence axiale imprègne nos conceptions diagnostiques et physiopathogéniques. Dans le marais que représente toujours la pathologie fémoro-patellaire en 1995, reste-t-elle une référence incontournable? Il semble que 2 phénomènes se conjuguent pour répondre par  la négative:

- Les travaux de Maldague et Malghem, conjugués à ceux de Dejour, ont remis en question l’imagerie de cette pathologie. L’incidence axiale est battue en brèche. Les anomalies fémoro-patellaires apparaissent comme un ensemble multifactoriel d’anomalies de position de la rotule, associées ou non à des anomalies morphologiques de la rotule et/ou de la trochléee. La désaxation frontale de l’appareil extenseur, base physiopathologique des interventions de recentrage rotulien, perd de son importance. Sa correction chirurgicale n’est plus qu’un des gestes possibles, dont la place tend à diminuer.

- Les résultats de la TITTA n’apparaissent pas satisfaisants, et un taux d’échecs incontournable de l’ordre de 30% (dans les luxations récidivantes) à plus de 50% (dans les syndromes douloureux rotuliens) parait rhédibitoire alors qu’en comparaison, la chirurgie de la gonarthrose, la chirurgie ligamentaire et méniscale sont devenues bien plus fiables. Intervention de réalignement distal, elle ne semble ni meilleure ni pire d’ailleurs que les interventions de réalignement proximal, qui partagent le même taux d’échecs. C’est toute la chirurgie rotulienne qui s’en trouve remise en question.

Faut-il alors continuer à pratiquer la TITTA, ou faut-il l’abandonner? Et si elle doit être abandonnée, par quoi peut-elle être remplacée? Comment s’intègre-t-elle en 1995 dans la panoplie thérapeutique à notre disposition?

 

II Historique:

César Roux, chirurgien de Lausanne (Suisse), a le premier utilisé une transposition interne de 10 mm de la TTA, pour traiter une luxation récidivante de rotule chez une jeune fille de 15 ans, en 1888. L’article originel (1), a été republié récemment en anglais (2), comme un hommage à ce précurseur. Déjà, ce geste n’était pas réalisé de façon isolée, mais en association avec une section de l’aileron rotulien externe et du tendon du vaste externe, et une plastie de l’aileron interne. Une revue historique n’est pas inutile (3). Goldthwait en 1895 (4), Elmslie en 1932 (cité en 6), Hauser en 1938 (5), ont publié plusieurs variantes. Aux Etats Unis, Hughston a longuement milité pour cette technique (7). En France, Trillat (6), Castaing, Goutallier (8), Lord, entre autres, ont largement contribué à populariser différentes techniques répondant au même principe. Les plus notables ont tenté de pallier au problème du recul de la TTA résultant de son vissage sur la face antéro-interne de la métaphyse tibiale (Goldthwait, Hauser). Une combinaison de la technique d’avancement de la TTA (Maquet (9) et du transfert interne a donné par exemple l’intervention dite  »en crosse de hockey » de Lord.  Actuellement, l’intervention proposée par Fulkerson (10) aux Etats Unis reprend le même principe, par un plan de coupe oblique. D’autres variantes ont combiné une patellectomie partielle, ou encore un abaissement de la TTA en sus de son transfert interne. La TTA est parfois complètement détachée, parfois un pédicule inférieur ostéo-périosté est conservé et sert d’axe de rotation permettant la translation sans abaissement et diminuant le risque de pseudarthrose du transplant.

D’abord indiquée essentiellement dans les luxations récidivantes (2, 4), elle est devenue ensuite une technique de recentrage dans les syndrômes douloureux rotuliens (6), et dans l’arthrose fémoro-patellaire externe avec subluxation (8). Ceci ne fait que confirmer le flou qui entoure les relations entre luxations, douleurs, subluxations, dysplasies, chondropathies et arthrose fémoro-patellaires.

 

III Bases anatomiques et physiopathologiques:

La TITTA repose sur une vision bidimensionnelle et principalement clinique de la fémoro-patellaire, vue de face. L’angle formé par le prolongement du quadriceps et le tendon rotulien, ouvert en dehors (angle Q), créé un vecteur valgisant luxant ou subluxant la rotule en dehors lors de la contraction quadricipitale.  Dans l’examen du genou de face, les repères sont donc le quadriceps, la rotule, et la TTA (Fig 1). Un angle de plus de 15°, avec TTA très externe, est considéré comme pathologique. Il traduit une désaxation de l’appareil extenseur. Remarquons d’emblée que si la rotule est en position de luxation externe permanente, l’angle Q est diminué. Ensuite, la rotation externe automatique du genou lors du verrouillage en extension l’augmente, alors que la flexion le diminue, d’où certaines difficultés d’évaluation. Enfin, le dévérouillage en flexion libère la rotation du genou, et rend l’appréciation de cet angle incertaine. Chacun sait que l’examen clinique statique est bien imparfait dans l’appréciation de la désaxation rotulienne.

Bernageau et Goutallier ont apporté l’aide de l’imagerie en proposant la mesure de la distance TA-GT (Tubérosité Tibiale Antérieure-Gorge de la Trochlée) (11). Elle a pour but essentiel de fiabiliser et de rendre très précise l’appréciation de la désaxation. Radiologiquement (Fig 2), sur une vue axiale à 30°, les auteurs ont trouvé des différences significatives entre 15 témoins (7 à 16 mm, moyenne 12,3 écart type (ET) 2,7 mm), 25 luxations de rotule (9 à 38 mm, moyenne 21,2 mm, ET 7,6 mm) et 30 arthroses fémoro-patellaires externes (16 à 31 mm, moyenne 22 mm, ET 3,7 mm). La TA-GT est ensuite devenue scannographique (12), toujours à 30° de flexion pour les inventeurs de la méthode, pour rester fidèles aux origines radiographiques de la méthode. Mais l’avantage du scanner est la possibilité de mesurer cette distance TA-GT en extension complète, donc de se rapprocher du secteur cliniquement significatif  (les 30 premiers degrés de flexion) (Fig 3). Elle permet alors d’échapper au piège du dévérouillage de la rotation tibiale, source d’erreurs de mesure. Par contre, ce n’est qu’une mesure de la translation externe de la TTA par rapport au plan sagittal de la gorge de la trochlée. Elle ne tient pas compte de la position de la rotule, ni latéralement, ni en hauteur (importance de la longueur du tendon rotulien et de la patella alta). Elle ne tient pas non plus compte de la direction de la gorge de la trochlée. Or, celle-ci peut être oblique. Elle peut surtout être quasi inexistante dans les grandes dysplasies de cette trochlée. La TA-GT n’est donc qu’un reflet infidèle de l’angle Q. Elle aussi, malgrè un désir de précision accrue, n’est qu’un compromis.

Cette mesure millimétrique fait bien entendu évoquer le problème des normes anatomiques. Actuellement est admise comme normale une valeur de 15 mm en extension, 10 mm à 30° de flexion, avec un écart-type de 3 mm environ. Une TA-GT excessive est donc supérieure à 18 mm. A posteriori, il apparait donc que les 20 mm de transfert interne, couramment pratiqués vers les années 70, étaient excessifs. Une TA-GT de plus de 25 mm est absolument exceptionnelle. Juillard a, très justement (13), souligné les difficultés techniques de cette mesure de la TA-GT: dysplasie de la trochlée, obliquité de son axe, insertion du tendon rotulien sur le face interne de la TTA... Il propose de prendre la moyenne entre 3 mesures sur la gorge de la trochlée et 3 mesures sur la TTA, ce qui n’est pas vraiment simple à réaliser. Chacun peut d’ailleurs réaliser lui-même les tests suivants pour apprécier la variabilité inter et intra-opérateur: faire mesurer la TA-GT sur le même patient par 2 radiologues à l’aveugle, ou à 6 mois d’écart par le même radiologue. Nous avons ainsi trouvé jusqu’à 6 mm d’écart dans les 2 tests sur nos propres patients (4 mm pour Dejour) (14), ce qui s’ajoute à l’écart-type pour rendre peu fiable et peu significative la mesure de la TA-GT. Elle est opérateur-dépendante, comme toute technique d’imagerie.

L’étude comparative de 3 séries de nos propres patients a en outre été édifiante. Nous avons analysé au scanner, pour cet article, la TA-GT de 37 luxations de rotule et 79 syndromes douloureux rotuliens (SDR). Nous l’avons comparée à celle de 42 patients sans symptomatologie rotulienne.

TA-GT

minimum

moyenne

maximum

écart type

37 luxations

8 mm

16,3 mm

29 mm

3,8 mm

79 SDR

4 mm

13,1 mm

22 mm

3,5 mm

42 non rotuliens

7 mm

13,5 mm

23 mm

3,7 mm

 

Il n’y a donc, dans cette série, aucune différence significative entre les 3 groupes de patients, compte tenu des échantillons et de la valeur des écart-types. La différence entre les luxations et les 2 autres groupes serait significative avec un échantillon plus important. Par contre, on peut affirmer qu’il n’y a aucune différence entre le groupe des SDR et celui des symptomatiques non rotuliens (ménisques, laxités, etc...). Dejour et ses collaborateurs ont trouvé des chiffres assez différents, intermédiaires entre ceux de Bernageau et Goutallier d’une part, et les nôtres d’autre part: 12,7 mm (ET 3,4 mm) dans les SDR et les témoins, 19,8 mm (ET 6 mm) dans les luxations de rotules (14). L’importance de la dysplasie de la trochlée semble jouer un rôle: plus la trochlée est dysplasique, plus la TA-GT est élevée.  La différence entre ces 3 séries a-t-elle une autre explication qu’une différence de méthodologie radiologique? Un biais méthodologique peut être lié au recrutement des patients (sexe, âge, morphotype, etc...).

 

Ando (15), analysant non pas la TA-GT mais bien l’angle Q en radiographie (méthode d’Insall) et au scanner, trouve: 

- une différence significative entre les groupes de luxations de rotules (angle Q de 20°, écart-type 4°) et un groupe témoin (angle Q de 13°, écart-type de 4°). Les angles de plus de 20° ne se rencontrent que dans le groupe des luxations et les angles inférieurs à 15° ne se rencontrent que dans le groupe témoin.

- par contre, en radiographie simple, aucune différence entre les 2 groupes (13°, ET 6° contre 14°, ET 6°).

Par une méthode scannographique différente, Muneta (16) ne trouve aucune différence dans la position de la TTA entre 19 témoins et 60 SDR. Il semble donc en définitive que l’angle Q et la TA-GT soient normaux dans les SDR et légèrement élevés par rapport à la normale dans les luxations de rotule. La TITTA n’est pas vraiment justifiée dans ces conditions.

 

IV Technique et complications:

Le geste en lui-même est réputé relativement bénin. Une voie d’abord réduite, la conservation d’un pédicule ostéo-périosté inférieur, un vissage stable, permettent de se dispenser d’immobilisation plâtrée et de minimiser la morbidité. Mais de nombreuses complications ont été publiées (3). Les plus notables et les plus spécifiques sont:

- la transposition excessive ou insuffisante, découverte en général a posteriori,

- la fracture verticale de la TTA lors du vissage,

- le retard de consolidation ou la pseudarthrose de la TTA, avec ou sans déplacement secondaire et expulsion des vis.

Les infections, phlébites, raideurs, névromes et algoneurodystrophies n’ont rien de spécifique, et sont partagées avec toutes les techniques de réaxation rotulienne.

 

Plus problématique est l’apparition d’une arthrose fémoro-patellaire interne à distance (Fig 4) . Elle fait en règle discuter une transposition excessive, avec TA-GT nulle ou même négative (Fig 5). Elle peut pousser à proposer secondairement ce que Dejour appelle un « dés-Elsmslie » (14), c’est-à-dire un transfert externe de la TTA, en général combiné à un avancement selon Maquet. Le risque d’échec y est encore plus important que dans la TITTA d’origine.

 

V Résultats de la TITTA dans la littérature:

Les vrais résultats de cette intervention sont difficiles à appréhender. Outre l’enthousiasme quasi naturel des inventeurs ou promoteurs de techniques envers leurs enfants, posent problème:

- la diversité des indications, nous l’avons vu.

- la fréquence extrème des gestes techniques associés: section de l’aileron externe; plastie du vaste interne ou de l’aileron interne; transferts de la patte d’oie; dénervation péri-rotulienne; abaissement, avancée ou recul de la TTA; gestes cartilagineux; patellectomie, etc.. viennent tous perturber l’appréciation de l’effet de la TITTA.

- l’absence de critères de résultats stricts et partagés par tous: bien souvent l’évaluation est subjective (subjectivité du chirurgien comme subjectivité du patient).

- le recul en général trop faible: une intervention qui remet en cause la dynamique rotulienne ne peut se juger seulement sur l’absence de récidive des épisodes de luxation ou sur la douleur. Il faut intégrer l’arthrose, aussi bien l’arthrose externe qui fait partie de l’histoire naturelle des subluxations externes de rotule, que l’arthrose interne iatrogène éventuelle. C’est ainsi que MacNab, qui a crédité initialement ses patients, opérés selon la technique de Hauser, de 85% de bons résulats fonctionnels avec un recul de 6 mois à 3 ans, a trouvé dans le même groupe 100% d’échecs par arthrose douloureuse entre 8 et 20 ans! (3) C’était la fin de l’opération de Hauser en Amérique du Nord...

Aglietti et ses collaborateurs (3) ont fait une courageuse revue de la littérature qui montre, en rassemblant 17 études:

- un taux de récidives des luxations externes de rotule de 2 à 26%, avec pour une majorité d’articles entre  12 et 15%;

- un taux de douleurs à distance de 10 à 100%, le plus souvent 60%!

- 15% de complications en moyenne;

Mais le résultat subjectif apprécié par le chirurgien est nettement plus optimiste, puisque globalement sont cotés très bons et bons de 60 à plus de 90% des cas, avec un recul de 4 à 8 ans en moyenne. Toutefois, il est fréquent d’observer (sans relations strictes avec la symptomatologie, heureusement...) sur la radio de profil post-opératoire d’une TITTA bien réalisée, la persistance de signes de subluxation rotulienne inquiétants pour l’avenir (Fig 6). Les techniques de réaxation proximale ne sont pas plus performantes (17). Elles sont peut-être grevées de moins de complications et leur reprise chirurgicale est plus simple.

Les rotules qui se luxaient mais étaient indolores en pré-opératoire, et qui ne se luxent plus mais deviennent douloureuses en post-opératoire sont un problème qui semble fréquent: 18% à 2 ans pour Deburge et Chambat (in 18). Les patients douloureux en pré-opératoire et inchangés ou aggravés en post-opératoires représentent 20 % des luxations récidivantes et 25% des subluxations avec syndrôme douloureux rotulien dans la même série (au total 245 patients).

Dans l’arthrose sur subluxation externe, Postel avoue 64% de résultats moyens et d’échecs (in 18), Goutallier 46% (in 18). Les relations entre désaxation de l’appareil extenseur, TITTA et arthrose fémoro-tibiale interne (FTI) apparaissent floues. La TITTA a pu être déclarée contre-indiquée dans le genu varum, en raison du nombre élevé de décompensation arthrosiques FTI de certaines séries. Mais bon nombre de ces patients opérés il y a 20 ans avaient subi des méniscectomies internes totales (plutôt par erreur diagnostique que par associations lésionnelles).

Il semble bien que ces déboires chirurgicaux soient le résultat d’une compréhension incomplète de la mécanique fémoro-patellaire. La course rotulienne ne peut se résumer à l’engagement dans la trochlée où au secteur 30-60°. Elle doit être envisagée de l’extension complète à la flexion complète. Tous les patients symptomatiques n’ont pas une rotule subluxée latéralement en extension, même si la subluxation externe de la rotule et le recentrage en flexion paraissent maintenant comme la cause majeure de douleurs rotuliennes et bien entendu, d’accidents de luxations plus ou moins spontanées, tendant à la récidive. Les techniques d’imagerie modernes (ciné-IRM, scanner à acquisition hélicoïdale, même arthroscopie) tendent à démontrer qu’il existe en fait de multiples variantes de cette course rotulienne. Dejour, Mansat (19) et d’autres ont écrit depuis longtemps que ce problème est multifactoriel. La découverte dans 45% des genoux asymptomatiques d’anomalies radiologiques, notamment en extension, nous ont fait écrire que ce n’est pas une pathologie, mais que ce sont des anomalies multifactorielles à expressions cliniques variables (20).

Il semble bien exister en outre un groupe de population (dont la fréquence est en discussion), chez qui la rotule est subluxée en dehors en extension, et subluxée en dedans en flexion (21). Nous en avons décrit 7 cas. Pour ceux qui pratiquent l’arthro-scanner comme méthode d’exploration des syndrômes douloureux rotuliens, l’association d’une subluxation externe de la rotule entre 0 et 30° de flexion à une chondropathie de la facette interne est fréquente. Or, la chondropathie interne est le témoin indirect d’un conflit par hyperpression interne en flexion. Aucun argument n’est venu étayer l’hypothèse que ces lésions cartilagineuses se créent par hypopression, selon ce qu’avait suggéré Ficat (22). L’hyperpression reste jusqu’à preuve du contraire la conséquence la cause majeure des chondropathies localisées. Wiberg l’avait déjà démontré en 1941 (23), mais son extraordinaire travail radiologique et anatomique a été un peu oublié. Vers 100 à 120° de flexion, la rotule tend à basculer en dedans, et l’interligne fémoro-patellaire externe s’ouvre. Le TITTA crée toutes les conditions d’une décompensation iatrogène future avec arthrose interne. Pour nous, l’association d’une subluxation externe de la rotule et d’une chondropathie fémoro-patellaire interne est devenue une contre-indication à la chirurgie, et notamment à la TITTA. En pratique, cela signifie qu’un arthro-scanner est indispensable dans le bilan pré-opératoire de toute intervention de recentrage rotulien, sous peine de réaliser une intervention hasardeuse.

 

Attitude personnelle et actuelle:

La persistance de symptômes rotuliens prolongée et résistant à tout traitement conservateur peut faire poser une indication chirurgicale. Le choix technique repose sur le bilan clinique, radiographique et l’arthroscanner systématique. L’arthroscopie est rarement indiquée (recherche d’un piège diagnostique, d’associations lésionnelle inattendues, dissociation clinique-imagerie, indication d’une chondrectomie localisée).

A l’heure actuelle, il existe suffisamment d’indices faisant penser que les troubles d’engagement rotulien sont la cause majeure de la symptomatologie douloureuse et des luxations. Sans omettre l’importance de la dysplasie régionnale, la hauteur excessive de la rotule en extension complète (index de Bernageau)(24) fait préférer une ostéotomie d’abaissement dans la plupart des interventions que nous réalisons. Le but est d’abaisser la TTA de telle manière que le tiers inférieur de la facette articulaire de la rotule soit face à la trochlée sur un genou de profil en extension. Si la TA-GT est supérieure à 20 mm, nous transposons à la fois en bas et en dedans la TTA, pour normaliser la TA-GT à 13 mm environ (Fig 7). Ceci n’intervient que dans 10 ou 20% de nos cas environ. La dénervation rotulienne par section sans plastie de l’aileron interne et la section extra-articulaire de l’aileron externe sont les gestes toujours associés lorsque la rotule est douloureuse.  Cette attitude est récente, puisque jusqu’en 1992 la TITTA avait notre préférence sur l’abaissement (voir fig 6). Nous ne pouvons donc en donner les résultats, même à moyen terme.

A fortiori, nul ne sait encore les résultats à long terme de cette chirurgie. « Nos solutions d’aujourd’hui sont nos problèmes de demain (Hughston) ». L’évolution de la chirurgie fémoro-patellaire va toutefois vers une place restreinte accordée à la TITTA. Ce n’est plus qu’un des gestes proposés en fonction d’un bilan complet d’imagerie cherchant à parfaitement définir les anomalies à corriger. La TA-GT excessive ou l’angle Q majoré ne sont que certains de ces facteurs, probablement pas les plus importants, ni les plus constants.

 

 

Références:

 

1° Roux C: Luxation récidivante de la rotule: traitement chirurgical. Revue de chirurgie, 1888, 8, 682-689.

2° Roux C: The classic: Recurrent dislocation of the patella: operative treatment. Clin Orthop, 1979, 144, 4-8.

3° Aglietti P, Buzzi R, Insall JN: Disorders of the patellofemoral joint. in Insall JN et al: Surgery of the knee, second edition, Churchill Livingstone, New-York, 1993, 241-385.

4° Goldthwait JE: Slipping or recurrent dislocation of the patella. Boston Med Surg J: 1904, 150, 169-174.

5° Hauser EDW: Total tendon transplant for slipping patella: a new operation for recurrent dislocation of the patella. Surg Gynec Obstet, 1938, 66, 199.

6° Trillat A, Dejour H, Couette A: Diagnostic et traitement des luxations récidivantes de rotules. Rev Chir Orthop, 1964, 50, 813-824.

7° Hughston JC, Walsh WM: Proximal and distal reconstruction of the extensor mechanism for patellar subluxations. Clin Orthop, 1979, 144, 36-42.

8° Goutallier D, Debeyre J: Le recentrage rotulien dans le traitement des arthroses fémoro-patellaires latéralisées. Rev Chir Orthop, 1974, 60, 377-386.

9° Maquet P: Advancement of the tibial tuberosity. Clin Orthop, 1976, 115, 225-230.

10° Fulkerson JP: Anteromedialization of the tibial tuberosity for patellofemoral malalignment. Clin Orthop, 1983, 177, 176-181.

11° Goutallier D, Bernageau J, Lecudonnec B: Mesure de l’écart tubérosité tibiale antérieure-gorge de la trochlée (TA-GT). Rev Chir Orthop, 1978, 64, 423-428.

12° Bernageau J, Goutallier D: Mesure de la distance TA-GT in Vasile: tomodensitométrie corps entier.Vigot, Paris, 1986, 512-514.

13° Juillard R et al: Instabilité rotulienne. De la mesure de la TA-GT. J Traumatol Sport, 1991, 8, 65-75.

14° Dejour H et al: 8èmes Journées Lyonnaises de chirurgie du genou, 1994, 149-280.

15° Ando T et al: A new method using computed tomographic scan to measure the rectus femoris-patellar tendon Q angle. Comparison with conventional method. Clin Orthop, 1993, 289, 213-219.

16° Muneta T et al: Computerized tomographic analysis of tibial tubercle position in the painful female patellofemoral joint. Am J Sports Med, 1994, 22, 67-71.

17° Kelly M: Patellofemoral disorders: Operative treatment: distal realignment. Sports Med Arthoscopy Review, 1994, 2, 243-249.

18° Benoit J, Huc de Bat JM: Les déséquilibres rotuliens. Rev Chir Orthop, 1980, 66, 204-248.

19° Mansat C: Déséquilibres rotuliens et instabilités rotatoires. Rev Chir Orthop, 1980, 66, 226-232.

20° Dupont JY, Deltour F: Syndrôme rotulien clinique in: Evaluation de l’imagerie de l’appareil moteur. Sauramps Médical, Montpellier, 1994, 229-238.

21° Dupont JY: Présentation d’une forme rare de subluxation rotulienne: la subluxation externe-interne. J Traumatol Sport, 1995, 12, 77-89.

22° Ficat P, Hungerford DS: Disorders of the patellofemoral joint. Baltimore, Williams & Wilkins, 1977, 95-112.

23° Wiberg G: Roentgenographic and anatomic studies of the patellofemoral joint. Acta Orthop Scand, 1941, 12, 319-410.

24° Bernageau J, Goutallier D: Examen radiologique de l’articulation fémoro-patelaire. Actualités rhumatologiques, Expansion Scientifique, Paris, 1984, 105-114.

 

 

Illustrations:

 

Fig 1: Angle Q apprécié cliniquement en extension.

 

Fig 2: Mesure radiologique de la TA-GT à 30° de flexion: valeur 8 mm dans un syndrôme douloureux rotulien: pas d’indication à une TITTA.

 

Fig 3: Mesure de la TA-GT au scanner en extension: valeur normale (15 mm).

 

Fig 4: Arthrose fémoro-tibiale interne iatrogène après TITTA pourtant modérée.

 

Fig 5: Mesure de la TA-GT post-opératoire au scanner en extension: hypercorrection (valeur 0 mm).

 

Fig 6: Absence de correction de la subluxation rotulienne (et bien entendu de la dysplasie trochléenne) après TITTA (rotule stade 3 de Maldague, non engagée en extension).

 

Fig 7: Transposition distale (15 mm) et interne (8 mm) de la TTA. Vue per-opératoire de la résection osseuse tibiale avant vissage de la TTA.