Pathologie douloureuse fémoro-patellaire. Analyse et
classification.
J.Y. Dupont
Chirurgien orthopédiste
Clinique Saint Michel Quimper
I
Introduction:
Les
problèmes fémoro-patellaires sont la première cause de consultation en
pathologie du genou, notamment chez le sportif. Le démembrement n’en est pas
aisé, mais il est nécessaire si l’on veut diagnostiquer et traiter ces patients
de façon plus fiable. Les problèmes qui se posent sont nombreux (1). La
chirurgie méniscale et ligamentaire a beaucoup progressé depuis 10 ans. En
comparaison, la pathologie fémoro-patellaire reste à la traîne. Parmi ses
errements, citons:
-
l’usage flou ou incorrect des termes utilisés dans la littérature (instabilité,
dysplasie, syndrôme douloureux rotulien, chondromalacie...) pour lesquels un
consensus reste à créer;
-
la méconnaissance de la physiologie de cette articulation complexe, de la
biométrie, et des limites entre le normal et le pathologique; les difficultés
d’une conception dynamique de sa biomécanique allant de l’extension à la
flexion complètes;
-
l’absence de relations fiables entre anomalies et symptômes, démontrée par
l’existence bien plus fréquente d’une symptomatologie unilatérale pour des
anomalies morphologiques et radiologiques bilatérales, ou encore des anomalies
radiologiques totalement asymptomatiques, qu’au niveau des autres
articulations;
-
les performances limitées ou mal estimées des techniques d’imagerie;
-
la méconnaissance de la pathogénie, complexe, des douleurs d’origine
fémoro-patellaire, et de leur histoire naturelle;
-
le caractère multifactoriel des problèmes à analyser;
-
la difficulté de faire la liste complète des facteurs anatomiques et
physiologiques en cause, qu’ils soient osseux, cartilagineux, ligamentaires,
psychologiques, familiaux, ou en rapport avec l’habitus; et de séparer ceux qui
sont très significatifs de ceux qui le sont moins ou pas du tout;
-
l’absence de classification cohérente de cette pathologie en groupes de
patients homogènes;
-
l’effet aléatoire des traitements tant conservateurs que chirurgicaux, avec un
taux d’échecs post-opératoires à long terme élevé selon l’extensive revue de la
littérature d’Aglietti (2).
Nous
voudrions proposer dans cet article une tentative de clarification nosologique,
basée sur les bilans cliniques et surtout iconographiques. En effet, même si
l’époque met l’accent sur les économies de santé et tend à limiter les dépenses
radiologiques, les insuffisances notoires de l’examen clinique doivent être
palliées par une utilisation précise des techniques d’imagerie. La base de
notre travail est une étude prospective multifactorielle clinique et
radiologique portant sur 700 patients, donc 1400 genoux. La classification à
tiroirs des subluxations externes de la rotule que nous présenterons à la fin
de ce texte n’est pas simple, car elle fait appel à la fois à la clinique et
aux symptômes, aux notions de morphologie rotulienne et trochléenne, de
positionnement et de déplacements de la rotule face à la trochlée, et à une
classification des problèmes cartilagineux. Elle nous paraît pourtant être la
seule à même de rendre compte de la complexité des phénomènes mis en jeu. Elle
doit permettre de mieux séparer les patients en groupes homogènes, ce qui
devrait faciliter les choix thérapeutiques.
Plusieurs
classifications de problèmes fémoro-patellaires existent déjà (3,4,5,6,7). Si
chacune apporte des éléments intéressants, et a constitué à son époque une
avancée tangible, chacune a aussi fait la preuve de ses limites. Notre
tentative, imparfaite sans doute, est appelée à être suivie par d’autres,
vraisemblablement plus complexes encore. Si la solution aux problèmes
fémoro-patellaires était simple, cela se saurait, et les problèmes complexes
ont rarement des solutions simples!
II
La sémantique rotulienne (8):
Il
est nécessaire avant tout de préciser la valeur des termes employés. En effet,
chacun a l’habitude d’utiliser sa propre terminologie. La communication
scientifique en est rendue plus difficile.
-
une luxation est dans notre texte un accident clinique lors duquel la rotule
quitte son rail trochléen.
-
une subluxation est une incongruence de la fémoro-patellaire. Nous la
considérerons donc comme un signe d’imagerie. La rotule est subluxée lorsque
les interlignes fémoro-patellaires interne et
externe ne sont plus parallèles et symétriques. Ceci peut être un état
fugace ou permanent, symptomatique ou non. La rotule peut n’être subluxée que
dans un secteur limité de sa course, et n’être démasquée que par certaines
techniques d’imageries, alors que d’autres ne la dépistent pas. Cette
définition est valable pour toutes les techniques d’imagerie, de l’incidence
axiale à l’arthroscopie en passant par le scanner.
-
une dysplasie est une anomalie de forme (rotule ou trochlée) définie par
rapport à une norme.
-
un syndrôme d’hyperpression externe (SHPE) est un signe d’imagerie: une
subluxation externe de la rotule avec rotation externe sans translation.
-
un syndrôme douloureux antérieur du genou (SDAG) est une manifestation dans
laquelle la douleur de la région rotulienne est au premier plan. Les autres
signes cliniques (craquements, pseudo-blocages, instabilité fonctionnelle en
dehors des accidents de luxation...) sont annexes. L’étiologie en est soit
spécifique, soit aspécifique. Une étiologie spécifique est une pathologie
identifiable par l’imagerie, dont le traitement assure avec fiabilité la
guérison. Une étiologie aspécifique définit le syndrôme douloureux rotulien
(SDR) et sous-entend une association variable d’anomalies de morphologie de la
fémoro-patellaire, de position de la rotule, et de lésions cartilagineuses. Il
est notoire que la correction chirurgicale des anomalies aspécifiques
identifiables par la clinique ou la radiologie entraîne un pourcentage élevé
d’échecs dans ce cas.
Nous
n’utiliserons pas l’expression « instabilité rotulienne » car ce
terme est trop chargé d’incertitudes et n’est pas scientifique. L’instabilité
est pour nous uniquement un signe fonctionnel et un symptôme (insécurité,
dérobements, chutes..). L’instabilité rotulienne objective est un contre-sens,
l’instabilité rotulienne subjective est un pléonasme. L’instabilité rotulienne
potentielle, association d’un syndrôme douloureux rotulien et d’une dysplasie
trochléenne, est une définition artificielle ne prenant pas en compte le trajet
ou la position de la rotule (9).
-
la désaxation rotulienne est un signe d’examen où l’angle Q apparaît
anormalement ouvert en dehors. La traduction radiologique communément acceptée
est une distance tubérosité tibiale antérieure-gorge de la trochlée (TA-GT) trop
élevée (10,11). Là aussi apparaît la notion de norme.
-
une chondropathie est une atteinte du cartilage, quel qu’en soit le type. Une
chondromalacie est un stade initial de chondropathie caractérisé par un oedème
(12). Si une perte de substance cartilagineuse totale (os sous-chondral à nu)
ne s’accompagne pas de signe radiologiques, elle est une chondropathie de stade
4. Si des signes radiologiques sont présents (pincement de l’interligne
articulaire, géodes, ostéophytes...) il s’agit d’une arthrose fémoro-patellaire.
III
Bilan des douleurs rotuliennes:
A
L’examen clinique (4,6,13,14):
1°
L’interrogatoire:
Il
est très univoque, d’emblée évocateur d’un problème fémoro-patellaire quelle
qu’en soit la cause, lorsqu’il signale, isolément ou en association:
-
une douleur de la face antérieure du genou, globale, péri-rotulienne ou
latéro-rotulienne, interne ou externe, ou encore fréquemment sous-rotulienne;
-
un ou plusieurs accidents de luxation de rotule plus ou moins spontanés.
Sont
importants l’âge (pas toujours jeune), le sexe (la prédominance féminine est
classique mais pas absolue), le caractère uni ou bilatéral des symptômes, les
antécédents personnels et familiaux. La notion de pathologie fémoro-patellaire
de surcharge ou de pathologie micro-traumatique est évoquée par l’activité
sportive (montagne, vélo, équitation, aviron, course à pied, triathlon, et en
fait tous les sports avec flexions et extensions répétées en charge) ou
professionnelle, ou encore l’habitus (escaliers, marche sur plan incliné). Chez
le sportif, il est fréquent de noter l’apparition ou l’aggravation de ces
symptômes après modification ou intensification de l’entraînement, ou encore
après une compétition particulièrement dure. La danse classique est également
un facteur déclenchant fréquent, et nombre de jeunes danseuses prometteuses ont
vu leur carrière interrompue par un syndrome rotulien. Les douleurs peuvent
apparaître après un traumatisme par choc direct. Cette circonstance
d’apparition précise est fréquemment invoquée et fait penser immédiatement à
une chondropathie post-traumatique, mais elle peut tout aussi bien être à
l’origine d’une décompensation d’une subluxation jusque-là asymptomatique.
Les
douleurs fémoro-patellaires sont souvent statiques, avec signe du cinéma. La
conduite automobile, la station assise prolongée sont des circonstances
d’apparition très fréquentes. Le rythme des douleurs préalables est intéressant
à noter, et montre souvent qu’elles apparaissent par crises plus ou moins
spontanément résolutives. Les circonstances déclenchantes sont souvent
absentes, ce qui peut contribuer à la perplexité de l’examinateur.
Les
signes fonctionnels annexes sont les craquements rotuliens en flexion, les
blocages ou pseudo-blocages, la sensation d’insécurité. Le vrai blocage
rotulien est caractérisé par l’impossibilité absolue de fléchir le genou
au-delà de 10 ou 20°, avec douleur rotulienne violente. C’est un blocage
purement subjectif, car sous anesthésie, la mobilité est immédiatement libre.
Ce signe est rare, et se rencontre exclusivement chez les jeunes filles. Bien
plus souvent, le ou la patiente signale que le genou se bloque en montrant la
région rotulienne. Le terme de blocage utilisé dans ces circonstances
correspond en fait à des sensations d’accrochage rotulien, et traduit en règle
des épisodes de recentrage douloureux de la rotule en demi-flexion.
2°
L’examen physique:
Il
est en général décevant, car il fait rarement la preuve de l’étiologie précise
des douleurs fémoro-patellaires. L’examen est à la fois statique et dynamique.
Il est fondamental d’examiner les deux genoux de façon comparative debout,
assis, puis en décubitus.
L’examen
statique en extension recherche une désaxation de l’appareil extenseur avec
angle Q élevé, un strabisme rotulien, une patella alta. L’appréciation de l’axe
mécanique longitudinal, de la musculature, la recherche d’un récurvatum, font
partie du bilan. La mise en flexion permet de juger du recentrage rotulien avec
diminution de l’angle Q. Les craquements ou crissements rotuliens sont évocateurs
d’une chondropathie rotulienne. La douleur spontanée est souvent retrouvée lors
de la mobilisation rotulienne. Le signe de Zohlen, ou ascension contrariée de
la rotule provoquant une douleur vive, est très désagréable pour le patient. Il
vaut mieux éviter de le rechercher, car il n’apporte rien au diagnostic. La
douleur au verrouillage en extension par contraction quadricipitale laisse mal
augurer de l’effet thérapeutique de la si classique rééducation du vaste
interne. La manoeuvre de l’abaissement rotulien parfois aggrave les douleurs,
et parfois les fait disparaître. La manoeuvre de Smillie en mobilisant
latéralement la rotule et en faisant fléchir le genou est évocatrice d’une
luxation récidivante de rotule lorsqu’elle est positive: elle provoque chez le
patient un geste de protection, car il reconnaît très bien cette sensation déjà
vécue de façon désagréable lors de ses accidents antérieurs. L’hypermobilité
transversale de la rotule est plus facile à rechercher. Lorsqu’elle est
présente, elle est en rapport avec une hyperlaxité constitutionnelle
généralisée. Elle n’évoque pas particulièrement un diagnostic précis de la
lignée fémoro-patellaire, mais elle est très souvent présente en cas de patella
alta. La palpation de la tension des ailerons et des facettes rotuliennes est
classique.
Sont
importants à rechercher les signes suivants: une douleur des ailerons
rotuliens, une rétraction des groupes musculaires (surtout droit antérieur et
ischio-jambiers), et une hyperlaxité constitutionnelle. L’examen des axes de
rotation du membre inférieur est accessoire: l’antéversion exagérée des cols
fémoraux, la rotation externe du squelette jambier sont de peu d’importance
diagnostique et thérapeutique. L’épanchement articulaire est rare dans les
problèmes fémoro-patellaires. S’il est présent, il doit faire évoquer une autre
pathologie intra-articulaire. Enfin, une maladie d’Ehlers-Danlos ou une
trisomie 21, pourvoyeuses de luxations spontanées ou permanentes de la rotule,
sont des pathologies rares en milieu sportif...
En
conclusion de cet examen, plusieurs cas de figure peuvent se rencontrer:
-
le tableau de luxation récidivante de rotule est très démonstratif: les
accidents à répétition, la bilatéralité des symptômes, le signe de Smillie,
l’hyperlaxité, les antécédents familiaux, ne laissent aucune place au doute.
-
la chondropathie rotulienne post-traumatique est très parlante: traumatisme
direct de la face antérieure du genou type accident du tableau de bord, sans
antécédents préalables, puis apparition retardée d’une vive douleur rotulienne
avec une riche symptomatologie d’accompagnement, crissements rotuliens lors de
la flexion unilatéraux... Là aussi, tout est dit.
-
le syndrome douloureux rotulien de la jeune fille est caricatural, au point
qu’il est devenu une véritable tarte à la crème de la pathologie du genou. Les
douleurs rotuliennes bilatérales dans les escaliers ou après efforts physiques
sont immédiatement évocatrices de ce diagnostic clinique, mais là l’examen est
souvent décevant, car normal, et contrastant avec le caractère bruyant de la
symptomatologie. On ne retrouve pas de désaxation rotulienne, la rotule n’est
pas luxable, les crissements sont absents.
-
parfois, l’examen clinique fait évoquer un diagnostic spécifique: la corde
douloureuse latéro-rotulienne interne est quasi pathognomonique d’une plica
interne douloureuse, la saillie douloureuse de l’angle supéro-externe de la
rotule à la palpation fait penser à une patella bipartita symptomatique. Les
tendinopathies quadricipitales ou rotuliennes sont marquées par la reproduction
lors de la palpation profonde du tendon, de la symptomatologie spontanée du
patient. La douleur de la tubérosité tibiale antérieure ou de la pointe de la
rotule peuvent être causées par une maladie d’Osgood-Slatter ou de
Singing-Larsen-Johansson.
Le
plus souvent, les signes d’examen sont discordants, peu évocateurs. La
symptomatologie rotulienne douloureuse bruyante et si évocatrice contraste avec
un examen clinique très pauvre. Il est courant de mettre en doute l’organicité
des symptômes, donc de mettre en cause le psychisme de la patiente, et
d’évoquer en son for intérieur un problème psychologique péri-pubertaire. Bien
entendu, cet aspect des problèmes fémoro-patellaires ne peut être négligé, et
il est bon de mettre à profit l’examen clinique pour se faire une idée du type
de patient auquel on a affaire (pusillanimité, conflit parental, etc..). Mais
presque toujours, il existe bien une cause mécanique précise à l’origine des
symptômes, et il faut la rechercher avant d’évacuer le problème vers la
psychologie ou la psychiatrie. C’est l’imagerie qui est en règle générale la
clé de l’étiologie des SDAG.
B
Imagerie fémoro-patellaire (15,16,17,18):
Par
rapport à l’examen clinique, elle apporte de nombreux renseignements dans 5
domaines:
-
l’identification de causes spécifiques de douleurs fémoro-patellaires
(apophysites, ostéochondrite, etc)
-
la morphologie de la rotule et de la trochlée (recherche de dysplasies) (19)
-
l’état de l’interligne fémoro-patellaire interne et externe, donc le degré
d’usure des cartilages fémoro-patellaires (recherche d’une chondropathie
évoluée ou arthrose fémoro-patellaire)
-
la position de la rotule par rapport à la trochlée (recherche d’une
subluxation)
-
la hauteur de la rotule toujours par rapport à la trochlée, en extension
(recherche d’une patella alta)
ces
deux derniers éléments se combinant pour analyser la course rotulienne,
notamment dans l’appréciation des troubles du centrage rotulien dans les
premiers degrés de flexion (syndrôme d’engagement rotulien).
1°
L’incidence axiale à 30, 60 et 90°, proposée par Ficat avant l’ère du scanner,
de l’IRM et de l’arthroscopie, continue
d’imprégner notre philosophie de la pathologie fémoro-patellaire. Elle
recherche à la fois une dysplasie rotulienne (Wiberg 3, etc..), une dysplasie
trochléenne (trochlée plate..) et des signes de subluxation rotulienne
(rotation, translation) (Fig 1). Elle reste la technique d’imagerie de base,
incontournable, mais si décevante par sa discordance trop fréquente avec la
symptomatologie. D’où viennent les déceptions qu’elle apporte?
-
d’une mauvaise réalisation technique: s’il est facile d’obtenir des clichés à
60° de flexion, presque toujours les clichés dits « à 30° » sont en
fait pris à 45° de flexion, voire plus. Si la rotule apparaît en plein milieu
du cliché, si le bord interne de la trochlée est mousse, le cliché est trop en
flexion.
-
de l’absence fréquente d’anomalies illustrant la symptomatologie: signes de
subluxation rotulienne, dysplasie rotulienne ou trochléenne, pincement
articulaire fémoro-patellaire, densification de l’os sous-chondral de la
facette externe de la rotule.
-
parfois de la présence de ces mêmes anomalies sur des genoux totalement
asymptomatiques. L’incidence axiale prenant toujours les deux genoux, le genou
controlatéral est radiographié de façon routinière. Si les symptômes sont
unilatéraux et les anomalies de l’incidence axiale sont bilatérales, un
problème fondamental de la pathologie femoro-patellaire se pose: l’absence de
relations strictes entre anomalies et symptômes. Nous aurons l’occasion d’y
revenir.
-
elle ne donne qu’une représentation statique et figée de la fémoro-patellaire.
Elle ne permet pas de recréer la dynamique rotulienne.
Aucune
étude de la littérature comparant les résultats de l’incidence axiale chez les
témoins et dans les SDR n’a montré jusqu’à présent de différences
significatives entre ces groupes, quels que soient les facteurs analysés
(subluxation de la rotule par l’angle de Merchant ou l’angle de Laurin, dysplasie
de la trochlée par l’angle d’ouverture trochléen, mesure de la TA-GT
(2,10,11,20,21). Par contre, les luxations récidivantes se comportent de façon
significativement différente: les subluxations externes de la rotule sont bien
plus fréquentes dans ce groupe, les rotules plus souvent dysplasiques, les
trochlées plus plates, et la TA-GT plus élevée. Mais même dans cette
indication, la sensibilité de cette technique radiologique n’est pas de 100%,
et les « faux négatifs » sont assez nombreux: l’imagerie ne vient pas
toujours illustrer la symptomatologie.
Les
clichés en incidence axiale avec rotation externe du squelette jambier, et/ou
contraction quadricipitale, cherchent à sensibiliser les performances de cette
technique en facilitant l’apparition d’une subluxation externe de la rotule.
Ils doivent faire partie du bilan standard.
2°
Le cliché de profil de l’articulation fémoro-patellaire est connu depuis les
travaux de Maldague et Malghem, complétés par ceux de Dejour et Walch
(22,23,24). Les rapports entre les 2 lignes déterminées par la crête médiane de
la rotule et son bord externe indiquent le degré de rotation externe de la
rotule, et donc sa subluxation éventuelle. Le stade 1 (normal) de Maldague
montre 2 lignes parallèles, concaves en arrière, séparées de 2 à 10mm. La plus
postérieure est la crête médiane de la rotule. Le stade 2 (faux profil) voit
les 2 lignes superposées. Le stade 3 (profil dépassé) voit la crête médiane,
plus antérieure, toujours concave, mais moins marquée, alors que la ligne la
plus postérieure, convexe, est devenue le bord externe de la rotule. Nous avons
décrit (1) un stade 4 où sur le cliché de profil la rotule apparaît quasiment
de face, ovoïde, sa crête médiane ayant disparu, seul le bord externe étant
visible. Dans ce cas, la rotule empiète souvent sur la corticale antérieure de la diaphyse fémorale et elle est
toujours très haute (Fig 2).
L’analyse
des 3 lignes déterminées par le fond de la trochlée (prolongement de la ligne
de Blümensatt), et le bord antérieur du condyle interne et du condyle externe,
permet de rechercher des signes de dysplasie de la trochlée (2 types normaux, A
et B, 3 types dysplasiques 1 à 3). Pour Dejour, le signe du croisement de ces
lignes dans les types 1 à 3 est quasi pathognomonique (9). C’est une nouvelle
lecture de l’articulation fémoro-patellaire qui nous est proposée, en
complément de l’axiale, et pour un coût modique par rapport au scanner ou à
l’IRM. On peut également y lire la hauteur de la rotule, avec et sans
contraction quadricipitale (index de Bernageau), la profondeur de la trochlée,
et son antéposition par rapport à la corticale antérieure de la diaphyse
fémorale.
Cette
méthode du cliché de profil ne résout pas tous les problèmes et toutes les
énigmes de la fémoro-patellaire, loin s’en faut. Un problème technique apparaît
immédiatement, et c’est un obstacle majeur au développement de cette méthode
d’analyse radiologique. Le cliché doit être pris strictement de profil,
condyles superposés. Le plan de référence bicondylien est l’enveloppe de
flexion du genou. Le radiologue doit disposer d’une table télécommandée avec
amplificateur de brillance. Cet équipement coûteux n’est pas très répandu, et
surtout il semble que l’utilité du cliché de profil reste ignorée de la plupart
des radiologues, qui continuent à faire leurs clichés de profil du genou en
flexion et en décubitus. L’appréciation de la fémoro-patellaire de profil est
alors impossible. Il serait souhaitable que le cliché de profil de routine
devienne le cliché en extension en charge, condyles superposés. Cette notion
s’impose lentement en France, mais reste très peu répandue en dehors de
quelques centres où les radiologues ont été amenés à ce principe par les
orthopédistes ou leurs collègues plus spécialisés en radiologie osseuse. Outre-Atlantique,
les équipes qui possèdent cette technique sont rares (25,26). Par ailleurs,
certains préfèrent superposer le bord antérieur des 2 condyles, en négligeant
le plan bicondylien. Ceci semble critiquable: le plan bicondylien est la
référence physiologique, et superposer les bords antérieurs des condyles fait
disparaître la possibilité de diagnostiquer les hypoplasies d’un seul condyle.
En pratique courante, nous voyons plusieurs fois par semaine des patients qui
errent sans diagnostic précis, avec des syndromes rotuliens typiques, et un
bilan radiologique standard déjà réalisé comportant des incidences axiales
normales et des clichés de profil incorrects. Répéter le cliché de profil
condyles superposés en extension donne alors la clé du diagnostic quasi à tout
coup en montrant la subluxation de rotule selon les critères de Maldague.
Axiale
et profil ne donnent pas toujours des renseignements concordants: une
subluxation de profil (stades 2-4) peut correspondre à une axiale normale. Si
le profil est en extension ou en légère flexion, on comprend alors que la
rotule excentrée en extension est centrée en flexion sur l’axiale. Plus
déroutante est la découverte du phénomène inverse: le profil en extension est
normal ( stade 1 de Maldague) et l’axiale montre une rotule en subluxation
externe. Ceci est vraisemblablement dû au fait que le profil ne montre
d’anomalie de superposition de la crête médiane et du bord externe de la rotule
qu’en cas de subluxation externe avec une composante de rotation externe. Or,
certains patients ont une rotule subluxée par translation externe: les
interlignes fémoro-patellaires interne et externe sont parallèles et
asymétriques. Ceux qui ont une subluxation par rotation externe pure
(équivalent moderne du syndrôme d’hyperpression externe de Ficat) ont des
interlignes non parallèles et asymétriques mais la rotule ne déborde pas la
trochlée en dehors. Ceux qui ont enfin la subluxation la plus complète, par
translation et rotation combinées, ont eux aussi des interlignes non parallèles
et asymétriques et la rotule déborde la
trochlée en dehors. La technique de Maldague n’explore que la composante de
rotation externe de la subluxation rotulienne. Nous voyons apparaître une
subdivision des subluxations rotuliennes externes en fonction de l’imagerie.
Le
degré de flexion auquel ce cliché est réalisé pose également un problème. Le
cliché de profil peut être réalisé en extension complète (contrairement à
l’incidence axiale) ou à un degré de
flexion variable: 15, 20, 30°... Maldague et Malghem, soucieux d’éviter les
« faux positifs » (subluxation chez un patient asymptomatique),
préconisent 15°, c’est-à-dire un angle de flexion où la rotule est sur le point
de se recentrer. Il en résulte une analyse incomplète de la dynamique rotulienne,
qui néglige l’engagement rotulien entre 0 et 15°, alors que cet engagement peut
précisément être une des clés du SDR. En fait, comparer les clichés en
extension et à 20 ou 30° donne une idée du recentrage rotulien (Fig 3).
La
hauteur rotulienne est un facteur important de la dynamique fémoro-patellaire.
Elle est classiquement mesurée sur le cliché de profil en flexion, par
comparaison entre la longueur de la rotule et la longueur du tendon rotulien,
ou la distance entre la pointe de la rotule et le plan des plateaux tibiaux.
Divers index ont été proposés (27,28,29,30). On peut se demander si Bernageau
(31) n’a pas raison en faisant intervenir comme paramètre la distance entre la
partie distale de la facette articulaire de la rotule et la partie proximale de
la gorge de la trochlée, sur le cliché de profil avec contraction
quadricipitale. Une rotule haute se définit alors selon l’auteur par une
distance de plus de 4mm. Cette mesure est véritablement significative dans le
contexte du syndrôme d’engagement rotulien, contrairement à tous les autres
index. Les repères radiologiques en question ne sont toutefois pas faciles à
définir, notamment si la rotule est très subluxée (stade 4) et la trochlée très
dysplasique (type 3).
Dejour
(9), dans sa classification de la pathologie fémoro-patellaire, divise les
syndromes douloureux rotuliens en:
-
SDR avec dysplasie trochléenne (instabilité rotulienne potentielle ou IRP)
-
et SDR sans dysplasie trochléenne (et donc sans explication radiologique?).
Maldague
comme Dejour jugent inutile de rechercher les signes de subluxation rotulienne
en extension. C’est une notion que nous retrouverons au scanner. Pour beaucoup,
qui partagent leur avis, toutes les rotules sont plus ou moins subluxées en
dehors en extension. Cette subluxation ferait partie du comportement
physiologique de la fémoro-patellaire, n’aurait donc aucune valeur
pathologique, et serait négligeable. Nous verrons dans un prochain paragraphe
les chiffres qu’indiquent les analyses prospectives à ce sujet.
3°
L’échographie:
Elle
participe à l’analyse des lésions, essentiellement des parties molles:
tendinites, plica. Elle joue un rôle mineur, mais n’a peut-être pas été assez
utilisée comme outil de recherche clinique. La définition de ses images est
toutefois médiocre, et elle nécessite un radiologue motivé.
4°
Scanner et arthroscanner:
La
tomodensitométrie a 2 indications précises:
-
comme complément d’imagerie chez des patients dont la symptomatologie
fémoro-patellaire n’a pas d’explications par la radiologie standard, ou en cas
de dissociation importante entre la clinique et l’imagerie standard;
-
en tant que bilan préopératoire.
Le
scanner (32) apporte des renseignements incomparables lorsque sa technique est
complète. Il doit comporter des coupes au tiers supérieur, au tiers moyen et au
tiers inférieur de la rotule (analyse de la subluxation rotulienne, des
dysplasies fémoro-patellaires, de la tension des ailerons rotuliens et de la
densification sous-chondrale rotulienne) en extension et à 30° de flexion
(analyse du recentrage rotulien), sans et avec contraction quadricipitale
(action dynamique de l’appareil extenseur). L’angle Q comme la distance TA-GT
peuvent être mesurés (en extension plutôt qu’en flexion) et donner une valeur
chiffrée à la désaxation rotulienne. Remarquons toutefois que tous les travaux
ne confirment pas l’importance de cette TA-GT. Nous avons trouvé en comparant
40 luxations de rotule à 82 SDR et 42 témoins, des chiffres très proches (Tab
1) et sensiblement différents de ceux de Bernageau et Goutallier ou Dejour
(33). Le recrutement des patients et la technique peuvent jouer un rôle
important dans ces différences. L’expérience qui consiste à répéter la mesure
de la TA-GT chez le même patient sur 2 scanners successifs est parfois très
démonstrative: nous avons trouvé jusqu’à 6 mm d écart! Cette variabilité des
données radiologiques n’est jamais prise en compte. Il faudrait se méfier des
analyses trop précises dont la fiabilité est sujette à caution, alors que nous
avons tendance à leur donner une valeur absolue.
Enfin,
des coupes passant par le cotyle, le col fémoral, l’épiphyse inférieure du
fémur, l’épiphyse supérieure du tibia, la tibio-tarsienne et l’arrière-pied
permettent de chiffrer les rotations. Bien entendu, l’examen intéresse les 2
membres inférieurs. Une patella alta peut être diagnostiquée lorsque la rotule
est en face de la métaphyse, voire de la diaphyse fémorale, en extension. La
subluxation rotulienne n’est alors pas mesurable directement, faute de repère
trochléen. Mais il suffit dans ce cas de réaliser, comme pour la mesure de la
TA-GT, une superposition des coupes du tiers moyen de la rotule et de la
trochlée (coupe R-GT).
L’arthro-scanner
avec injection de 6 à 8cc de produit de contraste iodé et d’adrénaline permet
une imagerie des chondropathies rotuliennes bien plus précise que
l’arthrographie en incidence axiale de Ficat. Cette injection ne modifie pas la
position de la rotule, et ne saurait être accusée de créer des subluxations
iatrogènes, compte tenu de la faible quantité de liquide injectée. La plica
interne y est bien évaluée, et il est toujours intéressant de disposer d’une
méniscographie dans le bilan, ne serait-ce que pour être (presque) sûr que les
ménisques sont intacts... Le tout est bien entendu long à réaliser, et plus
coûteux que le bilan radiologique standard. Mais lorsque celui-ci est négatif,
la découverte d’une subluxation rotulienne avec ou sans chondropathie associée
est un élément majeur du diagnostic.
La
localisation de zones de chondropathie secondaire à l’hyperpression d’une
subluxation, associée à une densification de l’os sous-chondral, apporte un
élément diagnostique fondamental. Ficat a suggéré que l’hypopression pouvait
être responsable de chondropathies secondaires (34,35). Nous avons récemment mis
en doute cette assertion (36,37). Pour nous, toutes les chondropathies
localisées sont secondaires à des hyperpressions, jusqu’à preuve du contraire.
La découverte assez fréquente d’une chondropathie interne de la rotule est a
priori évocatrice de contraintes localisées en hyperpression, donc d’une
subluxation interne, même si celle-ci n’est pas directement identifiable par
l’imagerie.
Ce
scanner lui aussi pose des problèmes de compréhension et d’interprétation qui
le font mettre en cause. Beaucoup (80%?) de rotules sont subluxées en
extension. Si la rotule est haute en non engagée en extension, l’analyse de ses
rapports avec la trochlée est impossible. Faut-il pour autant nier la valeur de
ce que nous montre cet examen? Il faut probablement remettre en cause les
raisonnements hérités de l’axiale en flexion, et apprendre à analyser la
fémoro-patellaire sous un aspect pluridimensionnel et dynamique. La course
rotulienne démarre dans la fossette sus-trochléenne en extension et se termine
dans l’échancrure intercondylienne à 150° de flexion.
L’arthro-scanner
montre parfaitement l’épaisseur du cartilage fémoro-patellaire, donc la
morphologie de surface de l’articulation. Les indications données par la
radiologie osseuse sur la morphologie épiphysaire sont parfois contredites par
cet examen. Une trochlée creuse sur l’incidence axiale peut correspondre à une
trochlée normale lorsque l’on considère l’angle formé par les facettes
cartilagineuses des deux condyles. Une rotule plate et dysplasique peut, si
l’épaisseur de son cartilage n’est pas constante, se révéler à l’arthro-scanner
de morphologie normale ou presque (Fig 4). Or, les subluxations dépendent
semble-t-il en grande partie de la morphologie de surface des épiphyses, et
donc du recouvrement cartilagineux.
Enfin,
le scanner, pour des raisons techniques, n’explore que les 30 premiers degrés
de flexion du genou. Si des anomalies de position de la rotule devaient exister
dans un secteur de mobilité au-delà de 30°, elles n’y apparaîtraient pas. Seuls
des signes indirects d’hyperpresssion localisée pourraient alors en témoigner.
On en conclut donc l’importance de l’analyse de ces zones de chondropathie
secondaire localisée et de densification sous-chondrale déjà évoquées (36,37).
5°
L’IRM
et
l’arthro-IRM, peuvent apporter beaucoup (38,39). Leur analyse des ailerons
rotuliens, de l’os sous-chondral, et du cartilage fémoro-patellaire (oedème
cartilagineux) est plus fine que celle des autres méthodes radiologiques. Mais
cet examen, opérateur-dépendant comme toutes les techniques d’imagerie, est
coûteux. Il ne livre ses meilleures performances qu’entre les mains
d’hyperspécialistes et il est tout aussi opérateur-dependant que les autres
techniques d’imagerie. L’IRM « standard » reste inférieure à
l’arthro-scanner, et l’arthro-IRM perd le caractère non-invasif qui fait la
supériorité de lIRM sur l’arthro-scanner. L’analyse des parties molles
(tendinopathies, etc...) est excellente. Mais c’est loin d’être l’examen de
routine, et même l’examen de référence, de la fémoro-patellaire.
6°
L’arthroscopie:
C’est
aussi une technique (chirurgicale) d’imagerie, statique et dynamique. Elle
montre très bien les anomalies de position de la rotule et les atteintes
cartilagineuses de surface, moins bien les dysplasies ou l’engagement rotulien.
En cas de subluxation externe, la rotule est le plus souvent à la fois basculée
en dehors, et translatée au-dessus de la rampe condylienne externe.
L’interligne interne s’ouvre. L’ensemble est connu (en France seulement...)
sous le terme de « signe de Cascells ». Parfois, la rotule apparaît
au contraire basculée en dedans, et fait évoquer une subluxation interne.
Enfin, certains patients montrent une rotule subluxée en dehors en extension,
et basculée en dedans en flexion. C’est ce que nous avons appelé la subluxation
externe-interne (36,37). L’arthroscopie parait malheureusement comme la
meilleure méthode diagnostique, même si parfois l’arthroscanner montre bien ces
anomalies (Fig 5a et 5b).
L’arthroscopie
a été très peu utilisée en tant
qu’outil clinique ou de recherche (40, 41,42,43,44). L’opinion communément
répandue est que le gonflement intra-articulaire dû au liquide de drainage sous
pression est responsable d’une subluxation rotulienne externe systématique. Ce
n’est pourtant pas le résultat de nos travaux, et un test très simple permet de
vérifier que la pression intra-articulaire est sans influence sur la position
de la rotule. Il suffit pour faire varier celle-ci d’agir sur la hauteur des
sacs de sérum. Les élever ou les baisser ne fait pas varier l’aspect de rotule
subluxée ou de rotule centrée que l’on peut observer et photographier (Fig 6a
et 6b, 7a et 7b). L’arthroscopie est indiquée pour nous dans la démarche
diagnostique et thérapeutique des syndromes rotuliens, mais uniquement après une
longue période de traitement symptomatique, compte tenu de sa morbidité. Nous
considérons que ses indications sont souvent précieuses, notamment lorsque
l’imagerie est négative.
IV
Etudes prospectives:
Dans
le but de mieux comprendre ce que sont les SDR, nous avons réalisé plusieurs
études prospectives successives, en prenant en compte un nombre grandissant de
paramètres (1). Nous voudrions donner les résultats des 2 dernières: une étude
radiologique comparant l’axiale et le profil, et une étude comparant la
radiologie et l’arthroscopie des SDR face aux témoins et aux luxations de
rotule.
1°
Etude radiologique:
700
patients présentant une pathologie chirurgicale du genou, qu’elle soit uni ou
bilatérale, ont subi de façon
prospective un bilan radiologique des 2 genoux comportant pour chacun:
-
une incidence axiale à 30° de flexion en rotation externe et contraction
quadricipitale;
-
un cliché de profil quadriceps relâché en extension complète;
-
un cliché de profil en flexion à 30°,
donc quadriceps contracté.
Ont
été analysés pour chaque genou les facteurs suivants:
-
la symptomatologie clinique: 443 patients ayant une pathologie non rotulienne
unilatérale 365 fois (ménisques, laxités, etc...) servent de témoins, 190 ont
un SDR dont 86 sont unilatéraux, 67 ont des luxation(s) de rotule dont 28 sont
unilatérales;
-
la présence d’une subluxation rotulienne sur l’axiale, et sur le profil (stade
2 à 4 selon la classification de Maldague modifiée) en extension et en flexion;
-
la présence d’une dysplasie rotulienne sur l’axiale (classification de Wiberg
élargie par Ficat avec 2 types normaux et 3 types dysplasiques);
-
la présence ou l’absence d’une dysplasie trochléenne sur le profil
(classification de Dejour en 2 types normaux et 3 types dysplasiques).
Nous
ne ferons que résumer les résultats de cette étude, qui fera l’objet d’une
publication plus complète ultérieurement.
-
la symétrie de la radiologie est de 92%. Les cas où un patient présente une
anomalie radiologique unilatérale ou asymétrique sont donc rares, quelle que
soit la technique (axiale ou profil) utilisée.
-
la symétrie clinique des problèmes fémoro-patellaires n’est que de 58% pour les
luxations de rotules et de 55% pour les SDR. C’est une constatation qui mérite
réflexion. Elle signifie que, compte tenu de la symétrie radiologique presque
parfaite, les genoux asymptomatiques controlatéraux à un problème
fémoro-patellaire ont une imagerie anormale. Ils ne peuvent donc être inclus
dans les témoins. Seuls peuvent figurer dans ces témoins les asymptomatiques
controlatéraux à un problème non fémoro-patellaire. Considérer qu’un genou peut
être un témoin parce qu’il est asymptomatique est abusif: tout dépend du genou
controlatéral.
-
la prédominance féminine des problèmes fémoro-patellaires est confirmée: les
femmes représentent 31% des témoins, 68% des SDR, et 65% des luxations de
rotule. Mais elles représentent 73% des SDR bilatéraux et 74% des luxations
bilatérales, contre 63% des SDR unilatéraux et 59% des luxations unilatérales.
L’incidence
axiale est normale chez 78% des témoins (vrais négatifs), 65% des SDR et 43%
des luxations (faux négatifs). Elle montre une subluxation externe chez 22% des
témoins (faux positifs), 35% des SDR, et 57% des luxations (vrais positifs).
Le
profil en extension est normal (stade 1) donc la rotule est centrée chez 58%
des témoins, 34% des SDR et 1% des luxations. Il montre une subluxation (stades
2-4) chez 42% des témoins, 66% des SDR, et 99% des luxations. Le stade 4 se
rencontre chez 0,04% des témoins, 3% des SDR, 33% des luxations, le stade 3
chez 14% des témoins, 24% des SDR et 46% des luxations.
Le
profil en flexion est normal (stade 1) chez 94% des témoins, 81% des SDR et 62%
des luxations. Il montre une subluxation à 30° (stades 2-4) chez 6% des
témoins, 19% des SDR, et 38% des luxations.
La
rotule est centrée en extension et en flexion chez 58% des témoins, 34% des SDR
et 1% des luxations. L’association rotule subluxée en extension et centrée en
flexion se voit chez 36% des témoins, 45% des SDR et 38% des luxations.
L’association rotule subluxée en extension et subluxée en flexion se voit chez
6% des témoins, 21% des SDR et 63% des luxations. Aucune rotule subluxée en
flexion n’est centrée en extension.
La
trochlée est normale (stades A-B) chez 67% des témoins, 54% des SDR et 16% des
luxations. Elle est dysplasique (stades 1-3) chez 15% des témoins, 32% des SDR
et 73% des luxations. Elle ne peut être classée (n’appartenant ni aux types
décrits comme normaux ni aux types décrits comme dysplasiques par Dejour) chez
18% des témoins, 14% des SDR, et 11% des luxations.
En
excluant les trochlées inclassables, l’association d’une rotule normale en
extension et d’une trochlée normale se rencontre chez 55% des témoins, 29% des
SDR, et 1% des luxations; l’association d’une rotule subluxée et d’une trochlée
normale chez 25% des témoins, 31% des SDR, et 23% des luxations; l’association
d’une rotule subluxée et d’une trochlée dysplasique chez 20% des témoins, 40%
des SDR, et 76% des luxations.
Une
dysplasie de la rotule est visible sur l’axiale chez 8% des témoins, 25% des
SDR, et 69% des luxations. L’association dysplasie rotulienne-dysplasie
trochléenne se voit chez 4% des témoins, 16% des SDR, et 64% des luxations.
Le
tableau 2 résume la sensibilité, la spécificité, la valeur prédictive positive
(VPP) et la valeur prédictive négative (VPN) de l’axiale, du profil en
extension et du profil en flexion. La sensibilité et la spécificité reflètent
l’opinion du clinicien (« devant ce patient symptomatique, quelles sont les
chances pour que la radiologie montre une subluxation? »). Les VPP et VPN reflètent l’opinion du radiologue
(« devant cette radio, quelles sont les chances pour que ce patient soit
symptomatique? »). Si le clinicien recherche la meilleure sensibilité,
l’examen de choix est donc le profil en extension. Si l’on recherche la
meilleure spécificité (élimination des faux positifs), il faut préférer le
profil en flexion plutôt que l’incidence axiale.
2°
Etude arthroscopique:
Le
principe est le même que dans l’étude précédente: évaluation des performances
de l’arthroscopie dans la recherche des signes de subluxation externe de rotule
(signe dit « de Cascells ») dans 3 catégories de patients: 26
luxations de rotule, 56 SDR, et 296 témoins. Il s’y ajoute l’étude des cartilages
rotuliens dans les 3 mêmes catégories de patients.
Dans
les témoins (ménisques, croisés, etc...) 6 patients ont montré une subluxation
interne de rotule (bascule interne sans translation). Ces 6 patients avaient
une radiologie normale. Les 292 autres patients ont montré un signe de Cascells
dans 43% des cas, dont 30% avec chondropathie et 70% sans chondropathie. Les
57% de cas où la rotule n’était pas subluxée ont montré 29% de chondropathies.
Dans
les 56 SDR, le signe de Cascells a été trouvé 52 fois (93%) dont 44% avec
chondropathie. Les 4 cas où la rotule était centrée avaient 3 fois une
chondropathie, et 1 seule fois des cartilages intacts. Les 26 luxations ont 26
fois le signe de Cascells, dont 14 (54%) avec chondropathie (Tab 3).
La
sensibilité de l’arthroscopie dans le dépistage des subluxations externes de
rotule est de 0.93 dans les SDR et 1
dans les luxations. Sa spécificité est de 0.58. L’arthroscopie apparaît donc à
la fois plus sensible et moins spécifique que toutes les autres méthodes
radiologiques classiques, y compris le profil en extension. Les chondropathies
apparaissent comme accessoires, et rarement responsables de SDR. Dans 1 seul
cas l’arthroscopie n’avait pas permis d’expliquer le SDR. Dans les 23 cas de
SDR où la radiologie était totalement négative, l’arthroscopie a retrouvé fois
une 19 subluxation rotulienne, dont avec 5 chondropathie et 14 sans
chondropathie.
Ceci
dit, il n’est pas question de faire de l’arthroscopie une méthode diagnostique
routninière dans les problèmes fémoro-patellaires, et les limitations incluses
dans les Références Médicales Opposables sont tout-à-fait justifiées. Pour
nous, les indications sont:
-
le bilan des patients résistant à 6 mois (et souvent 1 à 2 ans) de traitement
symptomatique,
-
l’absence d’explications par la radiologie comportant les clichés axiaux et les
profils,
-
la recherche d’un effet thérapeutique: résection de plica symptomatique,
chondrectomie rotulienne, ablation de corps étrangers, lavage d’une hémarthrose
sous tension dans les luxations.
Pour
rassurer le lecteur, l’arthroscopie n’est réalisée que dans 20% environ de nos
luxations de rotule et de nos SDR.
3°
Conclusions de ces études:
Les
patients n’ayant aucune symptomatologie rotulienne, et qui consultent pour un
autre problème mécanique du genou, ont dans 43% des cas une rotule subluxée à
l’arthroscopie, dans 42% une rotule subluxée sur le profil en extension, dans
22% une rotule subluxée sur l’axiale, et dans 6% une rotule subluxée sur le
profil en flexion. La subluxation rotulienne apparaît dans ces cas quasi
physiologique, puisqu’asymptomatique, mais sa mise en évidence dépend très
étroitement de la technique d’imagerie employée. Dans l’ignorance totale de
l’histoire naturelle des subluxations rotuliennes, nul ne sait si ces
fémoro-patellaires anormales le resteront indéfiniment, ou si elles deviendront
symptomatiques un jour. Nul ne sait si ces subluxations mèneront à tout coup à
l’arthrose fémoro-patellaire externe. La comparaison entre la fréquence des
subluxations chez les jeunes et la rareté des arthroses fémoro-patellaires
externes sur subluxation au troisième ou au quatrième âge font répondre par la
négative. Encore faudrait-il avoir une idée de la fréquence des arthroses
fémoro-patellaires asymptomatiques, et la seule population que nous voyons en
consultation est celle qui est symptomatique...
L’analyse
des relations entre anomalies et symptômes montre leur variabilité. Plus la
relation est fiable (absence ou rareté de « faux positifs »), plus
l’anomalie est significative. Toute la pathologie fémoro-patellaire peut être
soit asymptomatique, soit entraîner un SDAG: plica, patella bipartita,
subluxations, chondropathies, sont souvent bien tolérées, et peuvent être
découvertes par hasard. Les dysplasies ne sont pas symptomatiques par
elles-mêmes. Elles le sont par le biais des anomalies associées (subluxation,
chondropathie). Cette variabilité des relations anomalies/symptômes doit faire
poser 3 problèmes: les mécanismes de la symptomatologie, l’histoire naturelle
de ces anomalies, la place privilégiée du traitement symptomatique face au
traitement des anomalies.
Les
luxations de rotule s’accompagnent dans la très grande majorité des cas d’une
anomalie complexe associant subluxation rotulienne, dysplasie rotulienne,
trochléenne, et chondropathie rotulienne secondaire (vraisemblablement) à la
subluxation chronique. La subluxation rotulienne est constante en extension, et
fréquente en flexion, avec recentrage incomplet à 30°. Nous n’avons pas analysé
la hauteur rotulienne selon les critères de Bernageau dans notre étude, mais la
patella alta est très fréquente dans cette symptomatologie. Ce travail est en
cours. Près d’une luxation de rotule sur 5 manifeste une anomalie moins sévère,
où l’élément dysplasique est absent, et où la radiographie montre uniquement
une subluxation rotulienne externe en extension. Les luxations de rotule sont
donc la conséquence d’un trouble du centrage rotulien de l’extension à la
flexion (« maltracking » des auteurs anglo-saxons), favorisé le plus
souvent par une dysplasie régionale. L’hyperlaxité ligamentaire qui joue un
rôle important dans ces cas n’est pas analysable par la radiographie.
Le
syndrôme douloureux rotulien apparaît comme une manifestation mineure du même
type d’anomalies, soit localisées à la rotule (subluxation en extension), soit
régionales (subluxation plus dysplasies). Le « maltracking » est
moins sévère, le recentrage est plus fréquent à 30°. Les chondropathies
apparaissent accessoires dans la symptomatologie, et essentiellement
secondaires à la subluxation rotulienne. Notre étude est la première qui fait
apparaître une différence significative entre la morphologie fémoro-patellaire
des SDR et celle des témoins asymptomatiques (au niveau de leur articulation
fémoro-patellaire). Cette différence se fait essentiellement par la subluxation
externe de la rotule, accessoirement par la dysplasie surajoutée.
Les
problèmes fémoro-patellaires se présentent comme un ensemble multifactoriel
d’anomalies à expression clinique variable (1). Nous n’avons analysé dans nos
études ni les parties molles péri-rotuliennes, ni les rotations du membre
inférieur ou l’axe longitudinal. Il se peut que ces facteurs soient importants
(parties molles, collagène, ailerons et muscles?) mais aussi qu’ils soient
accessoires (rotations?). Les chondropathies rotuliennes symptomatiques
semblent exceptionnelles, alors que l’on a pensé longtemps qu’elle occupaient
une place majeure dans le SDR. La TA-GT semble un facteur mineur, du moins dans les SDR, ce qui doit
faire remettre en cause la pratique routinière des transferts internes de TTA
dans cette indication. Il est temps enfin d’analyser les problèmes
fémoro-patellaires avec une vision dynamique et tridimensionnelle (45), au lieu
de continuer à y penser en termes statiques et bidimensionnels comme nous y a
contraints l’incidence axiale pendant si longtemps.
L’arthroscopie,
contrairement aux autres méthodes radiologiques, permet parfois de mettre en
évidence certaines anomalies de position de la rotule: subluxation interne, ou
subluxation externe-interne. Ces types rares ont été décrits en IRM
cinématique, jamais en radiologie (sauf en tant que pathologie iatrogène
(7,46), et nous en avons publié une courte série arthroscopique (36,37). Il est
vraisemblable que le pourcentage de ces subluxations au sein de la population
n’est pas négligeable, mais qu’elles échappent aux méthodes radiologiques
traditionnelles car elles ne se manifestent qu’à des degrés avancés de flexion
du genou. N’est-ce pas ce que Wiberg avait déjà démontré en 1941? Par contre,
elles semblent donner rarement des manifestations cliniques de SDR. Cela est
heureux, car nous n’avons pas de traitement chirurgical connu à proposer.
L’association d’une subluxation externe de rotule en extension et d’une
chondropathie rotulienne interne à l’arthro-scanner peut être le signe d’une
subluxation interne en flexion prononcée. La rotule subirait dans ce cas une
double bascule: externe dans les tout premiers degrés de flexion, puis interne
au-delà de 30 ou 60°. C’est pour nous une contre-indication à tout geste de
recentrage rotulien, en raison du risque d’aggravation de la subluxation
interne en flexion. Voilà peut-être une explication aux échecs si fréquents des
transpositions internes de TTA (2,33,36,37).
La
genèse des accidents de luxation rotulienne semble claire: l’anomalie de
position (subluxation externe et patella alta) liée le plus souvent
(génétiquement?) aux anomalies morphologiques dysplasiques (rotule plate,
trochlée plate), favorise lors des premiers degrés de flexion la fuite brutale
de la rotule vers la face externe du genou. La genèse des douleurs rotuliennes
est moins claire. Pourquoi une même anomalie de subluxation peut-elle si
souvent être asymptomatique, et parfois entraîner des douleurs? Quels sont les
facteurs déclenchants des crises douloureuses? Avant de vouloir corriger
chirurgicalement l’anomalie de position de la rotule, ne faut-il pas dans un
premier temps essayer de rendre cette fémoro-patellaire asymptomatique? Près
d’une fémoro-patellaire anormale sur 2 donne une symptomatologie unilatérale
alors que les anomalies radiologiques sont bilatérales. Il en est de même des
luxations de rotule. L’avenir de nos recherches doit être centré sur ces
mécanismes et les traitements de la douleur (47), mais aussi approfondir
l’analyse multifactorielle des anomalies morphologiques fémoro-patellaires
prises au sens le plus large. Il est possible que le syndrôme d’engagement
rotulien joue un rôle important dans le SDR, comme dans les luxations récidivantes
de rotule (48).
Les
traitements chirurgicaux sont souvent décevants dans cette pathologie, hormis
celui des causes spécifiques de douleurs fémoro-patellaires. Jusqu’à présent,
les interventions proposées dans le traitement des SDR n’ont visé qu’à corriger
qu’un facteur (section d’aileron externe) ou plusieurs facteurs (opérations de
Roux-Elmslie Trillat, de Mansat), sans que l’on ait étudié de façon rationnelle
les causes de la symptomatologie. Si l’engagement rotulien est significatif,
ces interventions ne le corrigent pas. La transposition interne de la TTA est
probablement un geste au mieux annexe, au pire abusif, compte tenu des valeurs
de TA-GT retrouvées chez les symptomatiques face aux asymptomatiques.
L’abaissement de la rotule par transfert distal de la TTA semble plus logique.
La correction des dysplasies trochléennes ou rotuliennes ne semble pas tenir
ses promesses. Les traitements chirurgicaux du SDR restent un sujet de
recherche. La conception des problèmes fémoro-patellaires sous forme d’une
pathologie (sous-entendant une relation stricte et fiable entre anomalies et
symptômes) semble vouée à l’échec. La présence d’une anomalie radiologique
(subluxation, etc..) n’est pas une garantie de symptômes associés. A l’inverse,
la correction des anomalies n’est pas une garantie de disparition des symptômes
en post-opératoire.
V
Proposition de classification des problèmes fémoro-patellaires (Tab 4):
Nous
reprendrons pour ce faire la classification de Merchant, modifiée en fonction
de nos études. C’est en effet une classification clinique, qui a l’inconvénient
de ne pas faire intervenir l’imagerie. En outre, l’utilisation de certains
termes est critiquable (subluxations sous-groupes des dysplasies, SHPE distinct
des subluxations, etc...). Nous n’inclurons pas les anomalies de taille de la
rotule (patella magna, patella parva, etc..) dont le rôle est flou.
Nous
avons proposé en préambule de réserver le terme « syndrôme douloureux
antérieur du genou » aux causes de douleurs fémoro-patellaires quelles
qu’elles soient, et de diviser ce chapitre clinique en deux sous-groupes: les
causes spécifiques et les causes non spécifiques. Les causes spécifiques sont
inclues dans plusieurs paragraphes (apophysites, ostéochondrites, tendinites,
plica). Les causes non spécifiques, qui définissent le « syndrôme
douloureux rotulien » proprement dit appartiennent au vaste chapitre des
subluxations rotuliennes.
Les
subluxations rares (interne, ou externe-interne) ne sont en apparence jamais
associées à des dysplasies ou des anomalies de hauteur de la rotule. Des études
plus complètes seront nécessaires.
Nous
avons vu la complexité du sous-chapitre des subluxations externes de la rotule.
Le caractère multifactoriel clinique, morphologique, et positionnel, de la
fémoro-patellaire, nous oblige à utiliser une classification à tiroirs (Tab 5).
Chaque tiroir comporte 3 cases. Le tiroir clinique se divise entre
asymptomatiques, SDR, et luxations de rotule (qu’elles soient spontanées,
récidivantes, congénitales, ou permanentes, mais en tous cas sous-tendues par
des anomalies chroniques); le type de subluxation en rotation, translation,
rotation et translation; le tiroir morphologique rotulien en morphologie
normale (Wiberg 1 et 2), dysplasie rotulienne minime (Wiberg 3), dysplasie
sévère (béret de chasseur, Baumgartl, etc..). Il en est de même pour la
morphologie trochléenne: trochlée normale, dysplasie trochléenne minime
(trochlée plate) ou sévère (trochlée convexe, barre métaphysaire
sus-trochléenne). La trochlée creuse n’est probablement pas une dysplasie. Le
tiroir positionnel comporte trois cases: hauteur normale, patella alta minime
et patella alta sévère, en fonction de la hauteur de la rotule sur le profil en
contraction quadricipitale. La rotule trop basse, ou patella baja, est toujours
iatrogène, et/ou consécutive à une algoneurodystrophie (Fig 8). Le tiroir
cartilagineux comporte trois cases: cartilages normaux, chondropathie
secondaire, arthrose.
Un
patient ne peut se définir que par l’association de l’un des caractères de
chacun de ces différents tiroirs. Quelques exemples:
-
luxation récidivante de rotule avec subluxation externe de la rotule avec
rotation et translation, dysplasie rotulienne et trochléenne, patella alta
sévère, et chondropathie rotulienne secondaire...
-
syndrôme douloureux rotulien avec subluxation externe de la rotule, sans
dysplasie, avec hauteur rotulienne normale, sans chondropathie secondaire...
Les
tiroirs peuvent être interchangés, pour mettre en avant la subluxation, ou la
chondropathie; par exemple:
-
subluxation externe de rotule par rotation et translation, asymptomatique, avec
patella alta, sans dysplasie, avec chondropathie rotulienne secondaire...
-
chondropathie rotulienne avec syndrôme douloureux rotulien sur subluxation
externe de rotule par rotation externe, sans dysplasie, avec hauteur rotulienne
normale...
-
arthrose fémoro-patellaire asymptomatique sur rotule centrée sans dysplasie ni
anomalie de hauteur...
Chaque
patient est ainsi certain de trouver sa place, quels que soient sa
symptomatologie, sa morphologie, ou l’état de ses cartilages. Le type de
subluxation externe peut lui-même être divisé en 3 catégories, en fonction de
l’aspect iconographique: subluxation par rotation externe pure, par translation
externe pure, ou par rotation et translation combinées. Les indications
chirurgicales éventuelles peuvent en être déduites. On peut remarquer l’absence
d’utilisation du terme « instabilité rotulienne » et l’absence
(provisoire?) de prise en compte (faute d’analyses bien codifiées et
multifactorielles) des anomalies de rotation du membre inférieur.
VI
Conclusions:
L’homme
est une évolution très lointaine de l’Eryops, tétrapode vivant il y a 320
millions d’années. Son genou avait une mécanique adaptée à la déambulation
(49). La rotation associée à la flexion s’accompagnait déjà de la présence de
ligaments croisés et de ménisques. En comparaison, la rotule est d’apparition
bien plus récente (80 millions d’années environ). L’articulation
fémoro-patellaire asymétrique n’a que 8 millions d’années environ (50). Son
évolution phylogénétique est donc probablement loin d’être stabilisée. C’est
peut-être la raison pour laquelle elle est sujette à autant de variations
morphologiques. Au membre inférieur, la coxo-fémorale et la tibio-tarsienne
présentent très peu de variations anatomiques, en comparaison. L’homme est le
seul animal plantigrade bipède. La station érigée détermine un mode de
déambulation unique, sur un genou en extension en charge. L’articulation du
genou (en fait 3 articulations en une seule, 2 fémoro-tibiales et une
fémoro-patellaire) est la principale responsable de l’adaptation de l’ensemble
du membre inférieur à la marche, à la course, et aux sauts. La
fémoro-patellaire joue le rôle majeur de contrôle de la flexion-extension, et
subit des contraintes considérables, d’autant qu’elle est incongruente par
nature (de profil). Sa situation, sa diversité morphologique associées à sa
fonction la rendent souvent douloureuse. La notion de fémoro-patellaire
« normale » est bien difficile à définir dans ces conditions. Il nous
faut l’accepter, comme il faut accepter l’existence de relations variables
entre anomalies multiples diversement associées, et symptomatologie. La
normalisation chirurgicale n’y est pas de mise, même si cela heurte notre
cartésianisme orthopédique.
VII
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VIII
Tableaux:
|
TA-GT |
minimum |
moyenne |
maximum |
écart type |
|
40 luxations |
8 mm |
16,3 mm |
29 mm |
3,8 mm |
|
82 SDR |
4 mm |
13,1 mm |
22 mm |
3,5 mm |
|
42 non rotuliens |
7 mm |
13,5 mm |
23 mm |
3,7 mm |
Tab
1: Valeurs de la TA-GT au scanner à 0° de flexion dans 3 séries de patients.
|
|
Axiale |
Axiale |
Profil
ext |
Profil
ext |
Profil
flex |
Profil
flex |
Trochlée |
Trochlée |
|
Symptomatologie |
SDR |
Luxat |
SDR |
Luxat |
SDR |
Luxat |
SDR |
Luxat |
|
Sensibilité |
0.35 |
0.57 |
0.66 |
0.99 |
0.19 |
0.38 |
0.32 |
0.73 |
|
Spécificité |
0.78 |
0.78 |
0.58 |
0.58 |
0.94 |
0.94 |
0.67 |
0.67 |
|
VPP |
0.61 |
0.72 |
0.59
|
0.70 |
0.76 |
0.86 |
0.68 |
0.83 |
|
VPN |
0.55 |
0.64 |
0.63 |
0.98 |
0.54 |
0.60 |
0.55 |
0.81 |
Tab
2: valeurs statistiques des différentes techniques radiologiques chez 443
témoins, 190 SDR et 67 luxations de rotule.
|
|
Cascells
+ chondropath
+ |
Cascells
+ chondropath
- |
Cascells
- chondropath
+ |
Cascells
- chondropath
- |
Total |
|
Témoins |
38
(13%) |
88
(30%) |
48
(16%) |
124
(41%) |
298 |
|
SDR |
23
(41%) |
29
(52%) |
3
(6%) |
1
(2%) |
56 |
|
Luxations |
14
(54%) |
12
(46%) |
0 |
0 |
26 |
|
Total |
75
(20%) |
129
(34%) |
51
(13%) |
125
(33%) |
380 |
Tab
3: subluxation externe de rotule et chondropathie rotulienne dans 380
arthroscopies.
I Traumatismes:
A Traumatismes aigus:
1° Fractures:
- rotule
- trochlée
- TTA
2° Luxation traumatique de la rotule (sans dysplasie ni
subluxation sous-jacente)
3° Chondropathie rotulienne post-traumatique (sans dysplasie
ni subluxation sous-jacente)
4° Ruptures tendineuses:
- tendon rotulien
- tendon quadricipital
B Traumatismes répétitifs
(pathologie microtraumatique):
1° Tendinites:
- rotulienne
- quadricipitale
2° Apophysites:
- Osgood-Slatter
-
Sinding-Larsen-Johansson
- patella bipartita
3° Replis synoviaux (exceptionnellement plica supérieure ou
externe, en règle plica interne)
C Ostéochondrites:
1° rotule
2° trochlée
D Chondropathie rotulienne
isolée idiopathique (sans traumatisme, ni anomalie morphologique ou
subluxation)
E Arthrose
fémoro-patellaire isolée idiopathique (sans traumatisme, ni anomalie
morphologique ou subluxation)
F Subluxations rotuliennes
constitutionnelles:
1° interne:
- sans chondropathie secondaire
- avec chondropathie secondaire
- avec arthrose secondaire
2° externe-interne
- sans chondropathie secondaire
- avec chondropathie secondaire
- avec arthrose secondaire
3° externe (voir la classification multifactorielle)
G Pathologie iatrogène:
1° chondropathie et arthrose
2° algoneurodystrophie et rotule basse
Tab 4: Classification
radio-clinique des problèmes fémoro-patellaires (modifiée d’après Merchant)
|
Symptômes |
Type |
Rotule |
Trochlée |
Hauteur |
Cartilage |
|
Asymptomat |
Rotation Externe |
Normale |
Normale |
Normale |
Normal |
|
SDR |
Translation
externe |
Dysplasie
minime |
Dysplasie
minime |
Patella
alta minime |
Chondropathie |
|
Luxations |
Rotation
+ translation |
Dysplasie
sévère |
Dysplasie
sévère |
Patella
alta sévère |
Arthrose |
Tab
5: Classification à tiroirs des subluxations externes de rotule: l’imagerie
permet de remplir une case par tiroir pour chaque patient, afin de prendre en
compte le caractère multifactoriel des anomalies et de la clinique.
IX
Illustrations:
Fig
1: Incidence axiale: subluxation externe de rotule avec translation externe et
rotation externe, arthrose secondaire, sans dysplasie rotulienne ou
trochléenne.
Fig
2: Profil en extension: rotule haute, subluxation externe stade 4, dysplasie
trochléenne type 3 de Dejour, rotule haute et non engagée.
Fig
3: Profils recréant l’engagement rotulien: rotule subluxée stade 2 en
extension, recentrée stade 1 à 30° de flexion.
Fig
4: Arthro-scanner: dysplasie rotulienne osseuse type Wiberg 3 donnant
l’impression d’une face postérieure unique avec densification sous-chondrale:
il existe bien 2 facettes cartilagineuses.
Fig
5: Subluxation externe-interne avec syndrome douloureux rotulien:
a)
Arthro-scanner en extension: subluxation externe de la rotule avec
densification sous-chondrale externe, chondropathie de la facette interne.
b)
Même patiente à 30° de flexion: la rotule est subluxée en dedans et la
chondropathie est localisée au point de conflit avec hyperpression.
Fig
6: a) Arthroscopie d’une rotule subluxée en dehors (signe de Cascells), les
sacs de liquide de drainage placés 1 mètre au-dessus du genou.
b) même genou: la rotule reste subluxée
de façon identique lorsque les sacs sont abaissés 10 centimètres au-dessus du
genou.
Fig
7: a) Arthroscopie d’une rotule centrée, les sacs de liquide de drainage placés
1 mètre au-dessus du genou.
b) même genou: la rotule reste centrée
lorsque les sacs sont abaissés 10 centimètres au-dessus du genou.
Fig
8: Les 2 genoux de profil en extension d’une patiente opérée à droite d’un SDR
avec algoneurodystrophie post-opératoire: patella alta du côté non opéré avec
subluxation externe stade 3, patella baja iatrogène du côté opéré, avec rotule
subluxée stade 2 et déminéralisation.