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QUELLE PLACE POUR
LARTHRODESE
DANS LE TRAITEMENT DES STENOSES
DEGENERATIVES DU RACHIS LOMBAIRE ?
Pr J. BRUNON(1) - Dr
J. CHAZAL(2)
L 'arthrodèse
lombaire est une technique chirurgicale relativement ancienne, autrefois assez rarement
réalisée dans la mesure où elle n'avait pas fait la preuve de son efficacité en dehors
des cas particuliers de la pathologie traumatique ou tumorale et ou spondylolisthésis
évolutif par spondylolyse isthmique. Depuis quelques années on assiste à une
augmentation importante du nombre de ces interventions, avec un élargissement de leurs
indications aux lombalgies invalidantes, aux échecs de la chirurgie discale, aux
sténoses dégénératives..., sans que la preuve de leur efficacité ait été clairement
apportée, Cette inflation soulève le problème de l'éthique médicale, et de
l'économie de santé. Il nous est apparu nécessaire de conduire une réflexion
collective en nous appuyant sur notre expérience et sur une analyse de la littérature
médicale, en nous limitant pour l'instant au problème spécifique de la sténose
lombaire dégénérative.
Quand
faut-il stabiliser le rachis lombaire ?
A cette question la
réponse est en apparence très simple : il faut stabiliser le rachis lombaire.
·
quand il existe une
instabilité responsable de la sténose (sténose dynamique),
·
quand il existe une
instabilité symptomatique associée à la sténose,
·
quand le traitement
chirurgical induit une instabilité symptomatique,
·
quand il existe un
risque potentiel d'instabilité symptomatique au cours de l'évolution de la maladie.
En fait, cette
réponse n'est pas aussi simple, il convient au préalable, de définir l'instabilité
lombaire et d'en connaître l'évolution, de la reconnaître sur ses signes cliniques et
radiologiques spécifiques, d'apprécier son rôle dans la genèse des signes cliniques en
relation avec la sténose lombaire, de connaître les résultats et les complications
éventuelles des arthrodèses lombaires et du traitement chirurgical des sténoses
dégénératives sans ou avec arthrodèse. Seule une réponse claire à ces questions doit
permettre de poser sans ambiguïté l'indication de fusion vertébrale.
QUELLE DEFINITION
DE LINSTABILITE LOMBAIRE, QUELLE EST SON EVOLUTION ANATOMIQUE ?
Quelle que soit son
étiologie, le terme d'instabilité rachidienne est imprécis, et ambigu, la définition
proposée par WHITE et PANJABI est la plus souvent retenue, c'est "la perte de la capacité du rachis à maintenir,
dans les conditions physiologiques, ses rapports anatomiques normaux, au risque
d'entraîner des signes d'irritation médullaire ou radiculaire, et/ou des douleurs ou des
déformations invalidantes".
Les études
morphologiques et cliniques ont conduit à concevoir une anatomie
"fonctionnelle" du rachis dont ROY-CAMILLE(2) a réalisé la synthèse en
décrivant 5 segments rachidiens :
·
3 segments
verticaux : le segment antérieur en avant du plan frontal passant par le tiers
postérieur du corps vertébral et du disque : le segment postérieur, en arrière du plan
des massifs articulaires, le segment moyen (segment vertébral moyen SVM), mur vertébral
postérieur, ligament vertébral commun postérieur, les pédicules, les massifs
articulaires et leurs moyens d'union.
·
2 segments
horizontaux : le segment mobile de Junghans, disques et ligaments d'union, le segment
osseux comportant la vertèbre elle-même.
Dans cette
approche se sont les lésions du segment vertébral moyen et du segment mobile qui sont
génératrices d'instabilité.
Les études biomécaniques ont été nombreuses, WHITE et PANJABI qui en ont fait la
synthèse proposent de regrouper les éléments de stabilité en deux groupes :
·
éléments
antérieurs : ligament vertébral commun antérieur, disque, ligament vertébral commun
postérieur et ligament intertransversaire,
·
éléments
postérieurs : massifs articulaires, capsule et ligaments articulaires, ligament jaune,
ligaments interépineux, muscles paravertébraux (de rôle difficile à apprécier).
Pour ces auteurs,
des contraintes mécaniques observées dans les conditions physiologiques n'entraînent
une instabilité "in vitro" (chez le cadavre frais) qu'en cas de destruction de
tous les éléments antérieurs ou de tous les éléments postérieurs ; la stabilité
n'est pas menacée si tous les éléments antérieurs et un élément postérieur et
inversement, si tous les éléments postérieurs et un élément antérieur sont intacts.
Toutefois cette étude ne permet pas de préciser quel degré d'instabilité est induit
par des lésions complexes, intéressant à la fois mais de façon partielle, les
éléments antérieurs et postérieurs.
QUELS SONT LES
SIGNES CLINIQUES ET RADIOLOGIQUES DE LINSTABILITE LOMBAIRE ?
QUEL EST SON ROLE
DANS LA SEMINOLOGIE DU CANAL LOMBAIRE ETROIT ?
Il n'y a pas de
corrélation entre l'importance d'une instabilité et sa traduction clinique et il faut
opposer les instabilités mécaniques sans signe clinique et les instabilités
symptomatiques.
Les seuls signes
fonctionnels évocateurs réalisent un syndrome douloureux mécanique intermittent
survenant lors de la sollicitation du rachis lombaire dans des conditions physiologiques :
port de charges relativement modérées, flexion extension, inflexion latérale et
rotation ou tout autre activité entraînant des contraintes mécaniques au rachis
lombaire. Leur évolution est caractérisée par leur reproduction dans les mêmes
circonstances et par une aggravation progressive réduisant de plus en plus l'activité du
sujet.
Les signes
cliniques objectifs ne sont pas spécifiques : contracture paravertébrale, attitude
scoliotique antalgique, points douloureux paravertébraux limitation des mouvements
rachidiens et douleur provoquée en flexion, extension, inflexion latérale et rotation.
La mise au repos du
rachis par le décubitus ou le port d'une orthèse doit entraîner la disparition des
symptômes. Le diagnostic peut être précisé par la réalisation d'une infiltration du
segment supposé instable tout en sachant que ses résultats sont inconstants et pas
toujours corrélés à l'existence d'une éventuelle instabilité.
Cette sémiologie
mécanique intermittente, même s'il existe un fond de lombalgies chroniques
intercritique, est à opposer aux lombalgies permanentes, non mécaniques survenant
souvent dans un contexte étiologique particulier, avec un "profil
psychologique" évocateur, auquel se mêle souvent un élément de revendication pour
obtenir la réparation d'un dommage dans le cadre de la législation sociale ou du droit
commun.
Les signes
neurologiques sont sous la dépendance de la compression mécanique des racines. Celle-ci
est le plus souvent permanente (discopathie, sténose du recessus latéral, sténose
centrale...), mais elle peut être aussi intermittente en relation avec l'instabilité
génératrice d'une sténose canalaire, d'une compression radiculaire dans le récessus
latéral ou le trou de conjugaison. L'analyse sémiologique de leur survenue doit
permettre d'approcher leur mécanisme.
La physiopathologie
de la claudication intermittente neurologique, symptôme le plus évocateur de la sténose
du rachis lombaire, n'est pas claire, ses circonstances de survenue n'évoquent pas à
priori sa relation avec une hypothétique instabilité. Elle est toutefois directement
corrélée avec l'importance de la sténose.
L'interrogatoire et
l'examen clinique ne permettant que rarement d'affirmer le diagnostic d'instabilité, que
faut-il attendre des explorations radiologiques statiques et dynamiques ?
La radiologie simple objective les signes indirects de la dégénérescence de l'appareil
discoligamentaire : pincement discal, présence de gaz dans le disque, arthrose
interapophysaire postérieur, sub-luxation, et cyphose ou scoliose. Ces images peuvent
être précisées par les tomographies, le scanner et l'IRM, mais elles ne permettent pas
d'apprécier objectivement le degré d'instabilité et surtout le stade évolutif tel que
défini par KIRKALDY-WILLIS et FARFAN. L'évolution anatomique des déplacements
vertébraux peut être facilement suivie par la réalisation de calques
radiologiques.
Les épreuves
dynamiques peuvent être réalisées en flexion-extension en inflexion latérale (bending
test) et en rotation. Les deux premiers tests sont facilement réalisables en radiologie
simple, la rotation est actuellement mieux appréciée par le scanner (twist test). Les
critères habituellement analysés sont le degré de pincement discal, l'importance du
glissement vertébral apprécié en mm ou en pourcentage de la largeur du plateau
vertébral, le caractère symétrique ou non des déplacements sur le
"bending-test" et le diastasis interarticulaire sur le scanner.
Toutefois les
valeurs "normales" des déplacements segmentaires analysés varient d'un auteur
à l'autre et ne sont pas corrélées à la clinique, au point que certains auteurs
n'accordent aucune valeur à ces clichés dynamiques.
QUELLE ARTHRODESE
REALISER ?
De nombreuses
techniques ont été proposées, il est impossible d'être exhaustif et de comparer leurs
résultats, la littérature médicale est pauvre en études prospectives et randomisées,
la majorité des articles ne rapportant que des résultats qualitatifs évalués par
l'opérateur lui-même.
Les greffes les
plus souvent proposées sont les auto-greffes de tissu cortico-spongieux prélevé sur la
crête iliaque :
·
greffe
intersomatique par voie antérieure transpéritonéale qui ne permet pas le recalibrage du
canal rachidien et qui expose aux lésions des gros vaisseaux et du sympathique présacré
avec des conséquences sexuelles souvent invalidantes,
·
greffe
postéro-latérale sur les massifs articulaires et les apophyses transverses, la plus
simple, mais le greffon n'est pas placé dans les meilleures conditions mécaniques,
·
greffe
intersomatique par voie postérieure qui place le greffon dans de meilleures conditions
mécaniques, mais un peu plus difficile et exposant à des lésions neurologiques par
écartement des racines de la queue de cheval ou migration du greffon.
Ces deux dernières techniques peuvent être associées, par exemple greffe intersomatique
postérieure et postéro-latérale.
Récemment, ont
été commercialisées des cages intersomatiques en titane qui sont remplies d'os
spongieux pour lesquelles on ne dispose d'aucun résultat clinique.
Des complications
liées à la prise de greffe peuvent être observées : douleur au sein du site donneur,
hématomes suppurations et complications neurologiques par lésion des rameaux sensitifs
cutanés. Ces complications incitent à envisager l'utilisation d'allogreffes, de
xénogreffes ou de substituts osseux, mais les résultats de ces techniques restent
globalement moins bons que ceux des greffes.
Plusieurs types
d'ostéosynthèses sont proposées et on assiste à une inflation des matériels
(probablement plus de 50 différents ce jour à l'origine d'une concurrence pas toujours
loyale).
·
Des
ostéosynthèses souples à l'aide de ligaments artificiels (ligamentopexies) utilisant
les épineuses, les lames et les pédicules (9) dont le rôle mécanique est discutable à
moyen et long terme. Elles entraînent une hyperpression dans les articulations
interapophysaires postérieures qui ne peut qu'aggraver les lésions dégénératives.
Lorsque l'on intervient après ligamentopexie, on peut constater que les ligaments
artificiels sont distendus, entourés d'une très importante fibrose et n'ont plus aucun
rôle mécanique.
·
Des
ostéosynthèses métalliques en acier ou en alliage de titane, semi-rigides sur les lames
ou utilisant le vissage pédiculaire ou rigides par vis pédiculaires solidarisées par
des tiges ou des plaques, toutes dérivées de la technique décrite par ROY-CAMILLE pour
la première fois en 1970 et généralisée depuis
Si l'on considère
uniquement la qualité de la fusion à long terme, de très nombreux travaux ont montré
que les meilleurs résultats sont obtenus par l'association d'une greffe
postéro-latérale ou intersomatique et d'une ostéosynthèse rigide à l'aide de vis
pédiculaires solidarisées par des plaques ou des tiges, quel que soit le matériel
utilisé. En moyenne la greffe sans instrumentation entraîne 50 à 60 % de fusion, la
greffe avec instrumentation plus de 90 % de fusion. Après chirurgie discale, la fusion
assure moins d'instabilité à long ternie, mais les résultats cliniques sont moins bons
en raison de la dégénérescence des segments sus-jacents.
Même s'il s'agit
d'une technique largement diffusée, l'arthrodèse lombaire, utilisant la visée
pédiculaire, reste difficile et expose à un certain nombre d'incidents et de
complications liés aux erreurs de trajectoire : trajet de la vis en dehors du pédicule
ce qui peut conduire à sa fracture et à une mauvaise tenue mécanique, lésion d'une
racine ou de la dure-mère (7% pour WHEST ET COLL) qui ont effectué une métanalyse de la
littérature en langue anglaise publiée entre 1966 et 1991), voire lésion des gros
vaisseaux ou des organes rétro-péritonéaux... Pour éviter ces incidents, plusieurs
équipes travaillent à la mise au point d'une visée pédiculaire assistée par
ordinateur. Dans tous les cas, l'arthrodèse est une technique plus lourde que le simple
recalibrage, entraînant plus de consommation de ressources et s'accompagnant d'un plus
grand nombre de complications non spécifiques telles que les complications
thromboemboliques.
De nombreuses
études, à la fois expérimentales et cliniques, ont montré que la fusion vertébrale
transférait les contraintes mécaniques vers les étages adjacents et induisait une
dégénérescence précoce des disques et des articulations postérieures des étages
adjacents, proportionnelles au nombre d'étages fusionnés. Pour ROBERTSON cette
éventualité se rencontrerait dans 30 à 40 % des cas.
RESULTATS CLINIQUES
DU TRAITEMENT DES STENOSES LOMBAIRES DEGENERATIVES
L'appréciation
objective de ces résultats est difficile compte tenu de l'abondance de la littérature
sur ce sujet, du polymorphisme clinique de cette affection, de l'absence de critères
stricts d'analyse des résultats, du caractère non contrôlé des études et de la
multiplicité des techniques chirurgicales. Il convient d'essayer d'obtenir une idée
globale des résultats cliniques de cette chirurgie, de savoir si une technique est
meilleure qu'une autre , si la chirurgie décompressive seule peut déstabiliser le
rachis, si l'arthrodèse améliore la qualité des résultats et si compte tenu de son
"coût" en terme de consommation de ressources, elle doit être proposée de
façon large ou restrictive.
Le seul traitement
médical comportant essentiellement de la kinésithérapie en délordose avec renforcement
de la ceinture abdominale donne de bons résultats 19 fois sur 30, le traitement
chirurgical n'est indiqué qu'après échec de la kinésithérapie prolongée trois mois.
DEBURGE et COLL
rapportent 163 cas dont 22 (13%) qui ont subi une arthrodèse mais les résultats ne sont
pas étudiés en fonction de la technique opératoire, Un certain nombre environ 10% des
patient ont présenté des complications locales et/ou générales favorisées par leur
âge relativement élevé ? Aucune mortalité n'est à déplorer. les lombalgies sont
guéries dans 48% des cas, améliorées dans 32 % des cas, les radiculalgies sont guéries
dans 69% des cas, améliorées dans 20% des cas.
GRELLIER et COLL à
propos de 139 cas, rapportent sur l'ensemble des symptômes 35 % de guérison, 49 %
d'amélioration soit 84 % de très bons et bons résultats avec une chirurgie
décompressive simple ; ils n'ont pas observé semble-t-il d'apparition ou d'aggravation
d'un spondylolisthésis dans leur série d'âge moyen de 1 ans (extrêmes de 25 à 83
ans).
C. K. LEE à propos de 27 patients ayant bénéficié d'une décompression postérieure extensive, indique qu'il est capable de prévoir ceux qui vont présenter un glissement post-opératoire. Quand une fusion est réalisée, il observe 27,3 % de pseudarthrose du greffon. Pour lui, la fusion ne peut pas être systématiquement proposée en association avec la décompression postérieure.
EPSTEIN et COLL
rapportent 60 cas de sténose du canal lombaire par spondylolisthésis dégénératif
traités par laminectomie élargi à la partie interne des massifs articulaires et par
arthrectomie totale unilatérale quant la sémiologie est unilatérale, il font remarquer
que dans 60 % des cas, il existe une fusion intersomatique spontanée par arthrose
exubérante. Soixante huit pour<ent des patients sont guéris ou très améliorés, les
échecs sont souvent le fait d'une pathologie intercurrente : diabète, obésité,
neuropathie, arthrose de hanche...
DEEN et COLL ont
étudié de façon simple et reproductible le périmètre de marche sur tapis roulant chez
20 patients d'âge moyen de 73 ans, porteurs d'une sténose dégénérative symptomatique
du canal lombaire. Avant l'intervention le délai moyen d'apparition des premiers
symptômes pour une vitesse de 1,2 miles/heure, est de 2,68 minutes. La laminectomie seule
améliore dans des proportions très significatives le périmètre de marche et le délai
moyen du premier symptôme (11,2 minutes) ; 13 patients sur 20 restent asymptomatiques
après 15 minutes de marche.
HERRON et
MANGELSDORF rapportent leur expérience et comparent leurs résultats à ceux de 19
publications de la littérature regroupant 2053 cas. Sur leurs 140 cas personnels
plusieurs techniques ont été utilisée ; laminectomie limitée "en hauteur"
avec facétectomie partielle (unilatérale dans 17% des cas, bilatérale dans 83 %). Une
discectomie a été associée dans 24% des cas et une arthrodèse dans seulement 6% de
leurs cas. Trente cinq patients (25%) avaient déjà subi une intervention décompressive
et 14 (10%) une arthrodèse. Ils ont observé 80% de bons résultats sur les symptômes
des membres inférieurs et 67% de bons résultats sur les lombalgies, huit patients ont
présenté une instabilité post-opératoire, mais deux seulement ont nécessité une
arthrodèse secondaire. Pour ces auteurs, la chirurgie decompressive isolé respectant la
partie externe des massifs articulaires ou n'intéressant qu'un massif articulaire est
efficace et le plus souvent suffisante, elle n'induit pas d'instabilité et n'impose pas
une stabilisation ; les arthrectomies bilatérales réalisées chez le sujet âgé, même
s'il existe un spondylolisthésis préopératoire, n'induisent pas systématiquement une
instabilité et ne justifient pas d'arthrodèse lombaire ; la fusion lombaire doit être
réservée aux sujets jeunes s'il existe une instabilité préopératoire patente.
TURNER et COLL.
étudient la littérature médicale de langue anglaise publiée entre janvier 1966 et
août 1990. 625 articles ont été analysés, mais seulement 74 permettent une approche
objective des résultats. Quatre vingt seize pour-cent des patients ont subi une
laminectomie plus ou moins étendue, 25% une discectomie associée et plus de 27% une
fusion vertébrale. Les résultats globaux sont bons ou excellents dans 64% (extrêmes de
26 à 100%), les lombalgies améliorées ou guéries dans 74% (extrêmes de 32 à 100%),
les radiculalgies et la claudication intermittente améliorées ou guéries dans 76%
(extrêmes de 32 à 100%). Une telle dispersion montre l'impossibilité d'établir une
relation entre le choix thérapeutique, les résultats et la fréquence des complications
post-opératoires :
·
mortalité 0,3 %
(extrêmes de 0 % à plus de 16 %).
·
déchirures durales
: près de 6 % (extrêmes de 0 à 27 %).
·
infections : 3,4 %
(extrêmes de 0 à 10%).
·
phlébites : près
de 3 % (extrêmes de 0 à 13 %),
·
complications
diverses : 12,6 % (extrêmes de 0 à plus de 50 %).
TRUFFE et
C0LL.(28,29) étudient le résultat clinique et radiologique à long terme (moyenne 4,6
ans) chez 119 patients traités par chirurgie décompressive seule. Ils ont observé 79%
de résultats bons et satisfaisants à un an et seulement 66% au telle de leur étude.
Dans l'ouvrage
"Pathologie iatrogène du rachis" publié sous la direction de L. SIMON, M.
REVEL, et CH. HERISSON, six chapitres sont consacrés au problème de la déstabilisation
du rachis lombaire. Tous n'ont pas la même valeur scientifique pour évaluer le risque de
déstabilisation du rachis lombaire après chipie décompressive.
SAILLANT et COLL
rapportent l'analyse de 920 patients opérés pour canal lombaire étroit : une
déstabilisation radiologique a été observée dans 45 cas (4,9%) et seuls 11 (1,2 %) ont
nécessité une stabilisation secondaire.
LASSALE et COLL ont
étudié le dossier de 157 patients dont 39 (25%) avaient subi une arthrodèse lombaire en
raison d'une instabilité pré-opératoire ou de la réalisation d'une arthrectomie
bilatérale : les résultats ne sont pas meilleurs si l'arthrodèse a entraîné une bonne
fusion vertébrale par contre ils sont nettement plus mauvais si elle n'a pas entraîné
de fusion de bonne qualité. Pour ces auteurs la prévention systématique d'une
éventuelle instabilité n'est pas justifiée en raison de la fréquence de la pathologie
iatrogène induite.
T.C. LEE rapporte
les résultats préliminaires chez 54 patients, à un an en moyenne, du traitement du
spondylolisthésis dégénératif par réduction et stabilisation sans laminectomie. La
radiculalgie est améliorée dans 92% des cas, la lombalgie dans 89% et la claudication
intermittente dans 86%. Cette technique n'est applicable que lorsque la sténose lombaire
est en relation avec l'instabilité. La qualité des résultats obtenus est assez
exceptionnelle, supérieure à celle qui est habituellement observée. Toutefois, cet
article comporte en annexe les commentaires critiques de E.C. BENZEL ET P.R. COOPER lequel
parle "d'article provocateur" en insistant sur l'absence de recul suffisant et
la détérioration des résultats anatomiques avec le temps...
Peu de publications
comparent les résultats du recalibrage simple à ceux du recalibrage associé à
l'arthrodèse. HERKOWITZ et KURZ ont réalisé une étude prospective chez 50 patients
comparant la décompression simple à la décompression complémentée par une arthrodèse
inter-transversaire sans instrumentation. Les deux groupes de patients sont homogènes
quant à l'âge, la symptomatologie et la nature des lésions. Tous ces auteurs, la
décompression associée à l'arthrodèse donne de meilleurs résultats que la
décompression simple (96% d'excellents et bons résultats contre seulement 44%). Dans la
série sans arthrodèse le spondylolisthésis s'aggrave dans 96% des cas et seulement dans
28% des cas si une arthrodèse est réalisée.
RURNER et COLL
pensent que ces résultats comportent un biais méthodologique lié au fait qu'ils n'ont
pas été analysés par un observateur impartial indépendant de l'équipe chirurgicale.
CONCLUSION :
LES INDICATIONS RESTANTES DE L'ARTMRODESE LOMBAIRE
En dépit de
nombreuses publications plaidant en faveur de la réalisation d'une arthrodèse en
complément de la chirurgie decompressive pour traiter les sténoses dégénératives du
rachis lombaire, il apparaît clairement qu'il s'agit d'une technique non validée ce
jour, consommant plus de ressources et exposant à plus de complications iatrogènes sans
entraîner une amélioration significative des résultats cliniques. Les études doivent
être poursuivies avec analyse des résultats par des observateurs impartiaux,
indépendants de l'équipe chirurgicale qui a réalisé l'intervention, en dehors de
toutes considérations économiques et financières, hormis le coût pour la société et
l'assurance maladie.
La décision d'une
arthrodèse doit être sérieusement discutée en fonction du contexte clinique, des
données radiologiques et des constatations opératoires en tenant compte du fait qu'il
s'agit d'une pathologie fonctionnelle dont le traitement doit être aussi simple et
atraumatique que possible et ne pas entraîner de mortalité ou de morbidité
disproportionnée avec l'évolution spontanée de la maladie.
Dans notre
expérience, une telle indication n'est licite en première intention que dans un nombre
limité de cas, probablement moins de 5 % comme l'ont montré TUITE et COLL. SAILLANT et
COLL, HERRON et MANGELSDORF, l'arthrodèse devant être limitée au seul segment
pathologique, les arthrodèses étendues nous paraissant contraires à toute logique
clinique et mécanique.
·
L'âge est
probablement le critère le plus important. Les sténoses dégénératives du rachis
lombaire sont le plus souvent l'apanage du sujet relativement âgé et activé physique
réduite, lombalgique chronique depuis plusieurs années et dont l'objectif est de
retrouver un périmètre de marche satisfaisant au prix d'une chirurgie peu agressive.
Plus le sujet est âgé, moins il nous parait exister d'indications d'arthrodèses.
·
La sémiologie doit
pouvoir être corrélée à l'instabilité telle que nous avons essayé de la définir :
les lombalgies chroniques, la radiculalgie d'effort et la claudication intermittente
neurologique ne sont pas sous la dépendance de celle-ci, seule la sémiologie de
caractère mécanique dans les conditions d'utilisation normale du rachis lombaire peut
éventuellement traduire une instabilité. La réalisation d'une infiltration articulaire
postérieure et d'une immobilisation provisoire à visée diagnostique nous paraissent
souhaitables pour préciser dans la mesure du possible la topographie du segment instable
et prévoir le résultat d'une éventuelle arthrodèse.
·
Les arguments
radiologiques ne sont pas fiables et ne peuvent être interprétés qu'en fonction de la
clinique : ils doivent associer un spondylolisthésis dégénératif important en relation
avec une sagittalisation des articulations interapophysaires et une arthrose modérée,
plus l'arthrose est évoluée moins la lésion est instable : une arthrodèse est inutile
s'il existe une ostéophytose importante stade III de KIRKALDY-WILLIS. Les clichés
dynamiques, simples ou lors d'une myélographie, doivent être interprétés avec prudence
pour ne tenir compte que des déplacements très significatifs.
·
L'étendue de la
résection osseuse reste le dernier élément de la décision : si elle n'intéresse que
les éléments postérieurs tels que définis par WHITE ET PANJABI, il n'y a pas lieu
d'envisager de fusion ; celle ci n'est nécessaire en première intention qu'en cas de
laminectomie complétée par une arthrectomie bilatérale et une résection discale ce qui
n'est qu'exceptionnellement nécessaire. En dehors de cette éventualité, la probabilité
de voir apparaître un spondylolisthésis significatif et symptomatique est trop faible
pour justifier une fusion prophylactique.
·
Une fusion peut
être envisagée en cas d'échec d'une décompression et aggravation ou réapparition des
signes cliniques en relation avec l'aggravation du spondylolisthésis.
Le respect de ces
critères doit diminuer le nombre de gestes chirurgicaux manifestement abusifs et doit
éviter de transformer ces malades en "sinistrés du rachis", comme ceux
décrits, à propos de la chirurgie du rachis en général, par SIMON et HÉRISSON, en
rappelant avec bon sens "il faut utiliser des techniques bien codifiées, ne pas
sacrifier à la mode, ne pas élargir les indications sous prétexte qu'une technique
paraît plus aisée".
1
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