ISOCINETISME
ET FLECHISSEURS PLANTAIRESA trois semaines d'une plastie du LCAE,, on constate du coté opéré un déficit des fléchisseurs plantaires de 30 à 40 % (n = 62). Or, ces muscles désignés par KAPANDJI comme "la garde postérieure du genou" ont un rôle important dans la stabilité du genou; il y a interdépendance fonctionnelle quadriceps-fléchisseurs plantaires; quand l'un des deux faiblit, l'autre est sursollicité (1). Nous rapportons les trésultats de notre prise en charge.
PROTOCOLE DE REEDUCATION
A) Les fléchisseurs plantaires du membre opéré sont renforcés dès l'entrée sur ORTHOTRON : le patient est en décubitus, genou fléchi à 50· dans l'orthèse; 8 séries de 5 répétitions sont effectuées d'abord à vitesse rapide (180·) puis à vitesse lente (60·) ; seule la flexion plantaire se fait en contraction maximale, le retour en flexion dorsale se fait sans forcer; le temps de repos entre les séries est fonction du déconditionnement : 50 à 45 secondes à vitesse rapide, une minute trente à vitesse lente.
Dès la sixième semaine, travail en balnéothérapie avec immersion dégressive : montée unipodale sur la pointe (5 reps espacées d'un repos de 5 secondes en allant jusqu'à la fatigue musculaire).
B) Parallèlement
RESULTATS
On utilise pour l'analyse statistique une ANOVA à 1, 2 ou 5 paramètres (le taux de signification retenu est de 0,01).
A) Fléchisseurs plantaires du côté opéré : les tests sont effectués à T1 ( entrée au centre : à 18 jours de l'intervention en moyenne) et à T2 (à 8 semaines de l'intervention pour les plasties autologues et à 6 semaines de l'intervention pour les plasties prothétiques) (tableau I).
Le gain entre T 1 et T2 est significatif (tableau II), de l'ordre de 30 à 35 % à 180· /s; il ne diffère pas significativement selon que le membre opéré est dominant ou dominé, que la plastie est autologue ou prothétique. A T2, les femmes sont plus déficitaires que les hommes pour le travail total et le pic du couple (tableau III) ; cela peut s'expliquer par une amplitude plus limitée de la cheville lors des tests.
B) Fléchisseurs plantaires côté sain : le gain est significatif, de l'ordre de 5 à 10 % (sauf pour pic du couple et puissance à vitesse lente) (tableau III).
C) Les fléchisseurs dorsaux du côté opéré : le gain à 180·/s est significatif, du même ordre que celui des fléchisseurs plantaires (tableau IV).
DISCUSSION
Les plasties prothétiques sont testées deux semaines plus tôt que les autologues mais progressent tout autant : l'appui immédiat peut expliquer la similitude de progression alors qu'il y a deux semaines de rééducation en moins.
Le progrès des fléchisseurs plantaires du côté sain est en rapport avec la marche unipodale ou l'appui préférentiel sur ce membre et probablement le Cross Educationnal Effect.
Nous ne pouvons nous référer à des normes car celles-ci ont été établies genou fléchi à 90 · alors que nos tests sont réalisés genou fléchi à 20·.
A T2, du côté opéré, le déficit des fléchisseurs plantaires est très proche de celui des ischio-jambiers sans toutefois l'atteindre (tableau V).
EN CONCLUSION
Le déficit initial des fléchisseurs plantaires nous incite à renforcer précocément ces muscles étant donné leur rôle dans la stabilité du genou. Après 3 à 5 semaines de rééducation, les progrès sont significatifs; c'est surtout l'adaptation neurologique plus que l'hypertrophie de la fibre musculaire qui intervient à ce stade précoce du renforcement.
DELAHAYE H., VOISIN Ph., ADELE MF., GOETALS M.
CRF L'ESPOIR
59260 LILLE-HELLEMMES
(1) HERLANT M. et Coll.The effect of Anterior Cruciate Ligament Surgery on the Ankle Plantar Flexors. Isokinetics and Exercice Science: Vol 2, No 3, page 140-144, 1992
Copyright ANMSR 1995