EVALUATION ISOCINETIQUE DES GENOUX LIGAMENTAIRES EN PRE ET POSTOPERATOIRE

 

 

Certaines lésions du pivot central du genou engendrent une instabilité et des conséquences fonctionnelles sévères nécessitant la réalisation d'une ligamentoplastie. L'acte chirurgical permet au genou de retrouver sa stabilité et autorise une reprise d'activité sportive parfois de haut niveau.

L' amyotrophie importante résultant de l'immobilisation et du non usage du membre opéré est cependant un souci majeur pour le rééducateur. Le déficit musculaire atteint préférentiellement le quadriceps, sans épargner les ischio-jambiers. Une amyotrophie résiduelle persiste fréquemment plus d'un art après l'intervention, chez des sujets ayant retrouvé des activités sportives régulières (CROISIER et coll., FOSSIER et coll.).

Les muscles jouent un rôle essentiel dans la stabilité active du genou - en particulier les ischio-jambiers pour le contrôle dynamique rotatoire du genou et la limitation du tiroir antérieur. De ce fait, un renforcement musculaire respectant l'intégrité de la plastie constitue une des priorités de la rééducation après ligamentoplastie.

BUT DU TRAVAIL

Notre travail permet d'apprécier les performances musculaires isocinétiques du quadriceps et des ischio-jambiers chez des patients destinés à subir une ligamentoplastie de type Kenneth Jones modifié. La jambe lésée est comparée avec la jambe saine et la différence entre groupes homologues est exprimée en pour-cent. Une évaluation isocinétique est également réalisée chez ces patients au troisième mois postopératoire, ce qui permet d'établir la corrélation unissant le déficit musculaire préopératoire et le déficit musculaire postopératoire.

Douze sujets présentant une instabilité chronique du genou sont inclus dans l'étude. Nous présentons les résultats obtenus en mode concentrique à la vitesse angulaire de 60 deg.sec-1. Le bilan isocinétique n'a pas engendré de douleur que ce soit en pré ou en postopératoire.

RESULTATS ET DISCUSSION

Les résultats sont représentés par les figures 1 et 2.

Les performances musculaires préopératoires sont fort variables tant pour les muscles fléchisseurs qu'extenseurs.

Le quadriceps de la jambe lésée est déficitaire dans 75 % des cas (différences extrêmes en comparaison avec la jambe saine: - 24 % et + 8 %). Les ischio-jambiers sont eux déficitaires dans 60 % des cas (différences extrêmes avec la jambe saine : -16 % et + 20 %). Le type d'activité poursuivie et la réalisation éventuelle d'un renforcement musculaire contribuent à cette grande variabilité.

L'évolution postopératoire de nos patients ne présente aucune particularité. Les techniques de gain de force reposent classiquement sur l'électromyostimulation et un travail statique pour le quadriceps et sur un travail dynamique des ischio-jambiers. Aucun des patients n'a bénéficié de renforcement musculaire isocinétique.

Au troisième mois postopératoire, le déficit du quadriceps est supérieur à 28 % dans tous les cas (déficit maximum = 55 %), En ce qui concerne les ischio-jambiers, les différences varient entre + 3 % et - 53 %.

Le calcul du coefficient de corrélation entre les performances isocinétiques pré et postopératoires a des implications thérapeutiques intéressantes. Il permet de vérifier si l'état musculaire préopératoire conditionne la récupération postopératoire et indirectement, l'intérêt d'un éventuel renforcement musculaire préopératoire. Pour l'appareil extenseur du genou, nous obtenons un r = 0,41 (P = 0,19) . Il ne semble donc pas, d'après notre étude, que des performances quadricipitales satisfaisantes en préopératoire garantissent une moindre atrophie 3 mois après ligamentoplastie du genou. Pour les ischio-jamt)iers, la corrélation entre les deux tests est satisfaisante (r = 0,58 et P = 0,048).

Au vu de ces résultats, le renforcement musculaire préopératoire du quadriceps ne semble pas d'un intérêt majeur s'il vise à prévenir l'amyotrophie postopératoire. La musculation préventive des ischio-jambiers semble plus pertinente, bien qu'à long tenne, ces muscles présentent une moindre amyotrophie que leur antagoniste quadricipital.

Un échanti1lon plus important et l'analyse des résultats à d'autres vitesses angulaires de test doivent encore confirmer ces premiers résultats. Dans l'attente, il apparaît que l'effort dans la lutte contre l'amyotrophie doit porter sur la période postopératoire. La durée de la rééducation et surtout le choix des techniques de renforcement sont à considérer. Comme l'ont montré différents auteurs, l'isocinétisme est certainement une technique d'avenir pour réduire l'amyotrophie résiduelle trop souvent observée après ligamentoplastie du genou (K. TIMM).


CROISIER J.L., DELCOUR J.P., DUPONT G., CRIELAARD J.M.


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