Entendu par B.Barrois
au 3eme congrès francophone Euro-Maghrebin
et 4eme congrès national de la douleur
à Marrakech (Maroc) 13 juin - 15 juin 2002

Quelques résumés de communications auxquelles a assisté B.Barrois.
« Evaluation de prise en charge de la douleur postopératoire en orthopédie : expérience de 5 ans » Dr Anissa Belbachir, Paris, France
La typologie des douleurs
est de trois ordres : excès de nociception, inflammatoire et mécanique, et
neuropathique possible
Au décours de lintervention, la morphine est efficace au repos mais pas forcément
suffisante pour la rééducation . On peut associer : du paracétamol (4 fois
par 24 heures),des anti-inflammatoires non stéroïdiens (3 fois par 24 heures), de
la morphine (toutes les 4 à 6 heures).
Protocole :
paracétamol +AINS 2 jours en IV puis 5 jours per-os + morphine sous-cutanée 0,1mg/
kg /4h + anesthésie loco-régionale périphérique (ALR) pour lanalgésie
préventive.
Si les anti-inflammatoires non stéroïdiens sont prescrits en même temps que la
morphine, la consommation de cette dernière diminue de 70 %.
Lorsque la douleur préopératoire est importante, il faut augmenter la morphine en post-opératoire. Linfirmière est autorisée à injecter dans le cathéter dALR si la première injection est faite par un médecin.
La durée de
lanesthésie loco-régionale nest pas précise : marcaine de 6 à
8 heures avec plus ou moins du catapressan pendant 12 heures ce qui permet
daugmenter lefficacité.
Par exemple au décours dune chirurgie de lépaule ou dune
ligamentoplastie du genou , la rééducation est démarrée très précocement et le
cathéter dALR est gardé 3 jours et la PCA 3 jours.
Les limites du protocole sont liées à la technique chirurgicale, aux effets secondaires chez le patient. Il faut être vigilant sur lapparition de : douleurs coronariennes, globe vésical, iléus, thrombose veineuse profonde, syndrome de loge ou ischémie aiguë masqué par lALR.
Le risque dépression respiratoire et morphine est évalué à 1 % environ.
Analyse du bénéfice, du risque et du coût : si le patient peut se mobiliser immédiatement, on conseille le cathéter. En revanche, si un repos de 48 heures est nécessaire, on conseille la PCA ou la morphine par voie sous-cutanée ou per-os. Il existe une corrélation entre le résultat, la satisfaction et les bonnes utilisations des prescriptions. Une formation est donc nécessaire.
Pour Information , aux USA , il existe des « acute pain services » composés de : un anesthésiste senior, un interne, un infirmier è coût spécifique à régler en plus par le patient !
« Utilisation de la
kétamine dans la prévention de lhyperalgésie
induite par les morphiniques » Dr Jacques Meynadier, Lille, France
Dans la douleur post-opératoire, il faut tenir compte de la composante nociceptive et aussi de lhyperalgésie retardée qui entraîne une augmentation de la douleur. Lhyperalgésie primaire est liée à la sensibilité périphérique des nocicepteurs et entraîne une lésion qui augmente par stimulation mécanique et thalamique. Lhyperalgésie secondaire est liée à lhyperexcitabilité centrale médullaire sactionne autour de la lésion, augmente par stimulation mécanique et non thermique.
Lhyperalgésie libère des neuromédiateurs de la première synapse (glutamate, substance P ) et active des récepteurs ionotropiques dont les récepteurs NMDA (qui agissent dans lentrée du Ca dans les cellules). A chaque étage, il existe un essai de blocage pour lutter contre lhyperalgésie grâce aux antagonistes des récepteurs NMDA cest à dire la kétamine et le proglumide qui est un agoniste des récepteurs CCKB (cholécystokinine).
Attention, les morphiniques prescrits en aigu peuvent majorer lhyperalgésie. Il existe un épuisement de leffet antinociceptif des morphiniques à débit constant et une hyperalgésie à leur arrêt.
Il ne faut donc pas trop abuser des morphiniques, et les prescrire seulement sil existe une douleur en préopératoire. Il y a un intérêt à une anesthésie et une analgésie multimodale.
La morphine :
La morphine à libération immédiate est utilisable en cas de douleur prévisible car efficace en 30 à 60 minutes même si sa biodisponibilité est de 10 à 40 %.
Sevredol = Actiskenan = chlorure de morphine P0 1 ml = 10 mg.
La morphine à libération prolongée a une biodisponibilité est de 70 à 90 %.
Le durogésic (= fentanyl):
Le durogésic est un agoniste de la morphine, de palier III de référence. Il agit sur les récepteurs spécifiques m avec une grande sélectivité, sans effet plafond, lipophile (qui passe la barrière) et de faible métabolisme cutané alors que la morphine agit sur les récepteurs m K d.
La voie transdermique est efficace pendant 72 heures, na pas de passage hépatique et la pénétration est régulière, stable pendant 6 heures. Si une douleur intercurrente apparaît, il faut associer une dose de morphine à libération immédiate. Il faut débuter le durogésic en même temps que la dernière prise dune morphine à libération prolongée.
Règle
dutilisation:
augmenter la dose si consommation de plus de 6 x 10 mg de morphine à libération
immédiate, sans maximum (un exemple de 500 µ) mais si la posologie est supérieure ou
égale à 4 x 100, il faut voir pour passer en injectable.
La température cutanée augmente le passage. La constipation est peut-être moindre. Lindication est demblée un antalgique de niveau 3 si lEVA est supérieure à 6.
Concept de
« Rotation des opioïdes » :
changement de molécule sil existe des effets indésirables ou en cas
daccoutumance, qui est exceptionnelle (toujours avec des agonistes purs).
NB Agoniste purs : morphine, fentanyl, hydromorphone, oxycodone.
Il nexiste pas de critères de choix définis. Respecter la sécurité ++, penser au maniement des interdoses. Attention, en interdose, il ne faut pas prescrire de Temgésic qui est un antagoniste.
Coefficient de conversion
- morphine : 1,
- dextropropoxyphène : 1/6,
- codéine : 1/6,
- tramadol : 1/5,
- dihydrocodéine : 1/3,
- oxycodone : 2,
- hydromorphone (Sophidone) : 8.
Le durogésic est utilisé en première intention, lorsque la voie orale est impossible,sil y a risque docclusion, en cas dinsuffisance rénale.
Equivalences
Morphine |
Fentanyl |
30 à 90 |
25 |
90 à 150 |
50 |
150 à 200 |
75 |
Il ny a pas dutilisation systématique des médicaments contre la constipation.
En cas de résistance, on assiste à une absence du contrôle de la douleur, sans effet secondaire.
En cas de dépression respiratoire, il est conseillé dutiliser la naloxone en sachant quaprès ablation du patch, le produit reste dans la peau pendant 12 heures. En cas dinsuffisance respiratoire obstructive il y a danger à utiliser les opioïdes.
Pour un traitement de 15 jours, le coût est le suivant :
- patch 25 : 5 : 42,15 euros
- patch 100 : 5 : 100 euros.
Le durogésic est contre-indiqué en post-opératoire en raison des dépressions respiratoires.
NB Le fentanyl injectable entraîne une rigidité musculaire mais il ny a pas de symptomatologie musculaire avec le durogésic.
« Le point sur les inhibiteurs Cox1 et Cox2 »
Pr Bernard Calvino, Paris, France
La cyclo-oxygénase transforme lacide arachidonique en prostaglandines. Il existe deux isoenzymes. Les isoenzymes 1 ont un rôle dans lhoméostasie du tissu digestif et des reins. Les isoenzymes 2 sont inductibles et activent de 1 à 10 linflammation avec des facteurs de
transcription. Les anti-Cox 2 les inhibent de façon sélective.
Risques potentiels:
- accident vasculaire cérébral, infarctus du myocarde (à vérifier),
- rénal et hépatique, mais encore peu de données.
Bénéfices :
- efficacité équivalente à tout anti-inflammatoire non stéroïdien,
- diminution du risque dulcère.
La deuxième génération est en attente.
La Cox a une activité sur le système nerveux central.
Des expériences dinjection intrathécale de substance P ont déclenché une réaction nociceptive. Les anti-Cox 2 ont été les seuls efficaces. En cas dinflammation locale, il ny pas daugmentation des prostaglandines avec les anti-Cox 2. La Cox 2 augmente sil y a inflammation périphérique dans les deux cornes postérieures médullaires et dans le thalamus ainsi que dans les noyaux et neurones corticaux. La médiation du système nerveux périphérique vers le système nerveux central se fait par lInterleukine 1b périphérique (la cytokine augmente dans linflammation) et non par les neurones ce qui permet aux anti-Cox 2 dagir en périphérique et en central.
« Les accidents vasculaires cérébraux et les douleurs neuropathiques centrales » Dr Pierre Cesaro, Créteil, France
5 à 8 % des accidents vasculaires cérébraux ischémiques présentent des douleurs
secondaires à larrêt de la voie ascendante (proche des lésions périphériques) de désafférentation, et dorigine thalamique et corticale liées à une perte de régulation avec parfois hyperpathie (proche des allodynies avec déclenchement somatique ou émotionnel).
Les théories neurophysiologiques :
Quel est finalement le
mécanisme ?
Circuit thalamo-cortical droit insula S II (insula inférieur), rôle majeur de la voie
médiale lobe médian et cortex avec régulation neurochimique.
Les résultats sont partiels avec les traitements médicamenteux.
- en cas dallodynique, toujours nociception doù antalgiques,
- douleurs spontanées : tricyclique, Kétamine, Anafranil, Tofranil, Laroxyl et Mantadine, Tramadol.
- Anticonvulsivants : en cas de douleurs flash.
- Si spasticité : Liorésal.
Quelle est la place de la neurochirurgie de stimulation ?
- un peu dans le thalamus,
- cortex moteur péri-rolando ?
Le Docteur GIRAUX de SAINT ETIENNE a présenté la rééducation visuo-motrice qui est basée sur lillusion visuelle. En effet, on peut retravailler limage mentale et diminuer les douleurs.
« douleurs
neuropathiques périphériques », Pr Monia Haddad, Tunis, Tunisie
et aux « douleurs
neuropathiques centrales » Pr Pierre Cesaro, Paris, France
Des schémas thérapeutiques ont été proposés avec échec dans 2/3 des cas ! !
Selon la sémiologie :
- douleurs spontanées : antidépresseurs ++, morphine et opiacés, antiépileptiques, éventuellement
- allodynie : anti NMDA, Kétamine en perfusion, Neurontin ?
Neurostimulation : stimuler les grosses fibres avec le TENS 27 % damélioration de 60 % à 100 %, fréquence 1 à 70 Hertz pour un effet inférieur à une heure.
Evaluation de lefficacité des traitements Les tests prédictifs sont non performants
Schéma thérapeutique : progression
·
Tramadol maximum 400 mg mais on a vu 600-800 mg
+ antidépresseurs tricycliques ou antiépileptiques
· Antidépresseurs + antiépileptiques
· Polychimiothérapie + traitement local + morphiniques
· Stimulateur cord posté-DRESD pompes intrathécales
« algodystrophie
et aux syndromes douloureux régionaux complexes»
Dr Anne Coutaux, Paris, France.
Les hypothèses physiopathologiques et les traitements restent discutés.
Références bibliographiques à lire :
Bruehl : Pain 2002, 95, 119-124
Rommel : Pain 1989, 80, 95-101
Siewecke : Pain 1999, 80, 171-177
Veldmann : Lancet 1993, 342, 1012-1016
Pour en savoir plus , contactez B.Barrois : brigitte.barrois@ch-gonesse.fr