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Éditorial
RÉCUPERATION MUSCULAIRE APRÈS CHIRURGIE DU LCA"... LE MUSCLE VOUS DIS-JE ? "
Véronique Salvator Witvoet, rédacteur en chef de la lettre.
Depuis bientôt un demi-siècle la chirurgie ligamentaire du genou et tout particulièrement celle du Ligament croisé antérieur (LCA) a connu une évolution considérable correspondant à l'essor du sport dans la société d'après guerre. : Geste opératoire sous arthroscopie, clarification des indications, rigueur des procédures chirurgicales, amélioration de la fixation du transplant, utilisation de greffes plus solides, reconstruction plus anatomique, gestion optimale de « l'environnement » articulaire (ménisques, cartilage, ligaments collatéraux).
Parallèlement les programmes de rééducation proposés aux patients ont progressé tout en faisant toujours une part importante au renforcement musculaire des stabilisateurs du genou opéré :
- dans les années 1970 les suites opératoires étaient longues et difficiles après une immobilisation plâtrée du genou de 6 semaines et son lot trop fréquent de flessum post opératoire..la pouliethérapie « sévissait » autorisant un travail non contrôlé en chaine cinétique ouverte du Quadriceps (Q) dont on a vite mesuré les résultats catastrophiques sur la plastie.
- Dans les années 1980, l'avancée des travaux biomécaniques et histologiques sur le processus de maturation du greffon chez l'homme a conduit l'ensemble des équipes de rééducation à une attitude très « conservatrice » vis-à-vis du site donneur de greffe (appareil extenseur principalement) pour protéger le transplant.
- A l'apogée du recours au tendon rotulien(TR) « gold standard » des greffes tendineuses, chacun à leur façon, Shelbourne d'abord aux états unis, puis Boileau en France à la fin des années 1990, a plaidé pour une « rééducation accélérée » après ligamentoplastie du genou par un transplant os-TR-os en insistant sur le caractère prioritaire du travail en chaine cinétique fermée (CCF) du Q
- Depuis une dizaine d'années, en partie en raison de la fréquence des douleurs antérieures persistantes en post opératoire après plastie au TR, les chirurgiens ont de plus en plus souvent recours aux Ischio jambiers médiaux (IJ) comme greffon ; si le travail en CCF du Q n'est pas remis en question, la sollicitation des IJ reste encore très controversée avec jusqu'à présent l'idée prédominante de protection initiale du site donneur pour éviter une%20morbidité sur ajoutée en particulier les fameux épisodes de « pseudo claquage » survenant entre 3 et 6 semaines post opératoires. Or certaines équipes de MPR commencent à dénoncer cette attitude attentiste possiblement délétère au vu des résultats de la déficience musculaire confirmée par évaluation isocinétique chez des sportifs de haut niveau.
Chaque type de chirurgie a donc des conséquences anatomiques sur le potentiel musculaire restant : Condouret et al.(1) en 2008 ont bien montré qu'à deux ans post opératoires il persistait un déficit moyen de 10% sur le Q et les IJ, mais que le déficit des fléchisseurs du genou était plus important en cas de plastie aux IJ. Or on connaît bien le rôle des IJ non seulement dans la protection de la distension secondaire de la plastie mais aussi dans le contrôle rotatoire interne du genou. L'absence de travail de ces IJ jusqu'à un délai de 4 à 6 semaines post opératoires et le maintien très fréquent d'une immobilisation en attelle d'extension du genou opéré pendant 3 à 4 semaines pourraient être incriminés dans leur cicatrisation en position haute (avec pour conséquence une moins bonne valeur biomécanique) mais aussi dans la survenue finalement de ces pseudo claquages (fragilisation de la cicatrice fibreuse par non sollicitation)
Dans ce dossier nous avons choisi de vous donner un nouvel éclairage sur les possibilités de récupération musculaire post opératoire, proposées par des spécialistes de différentes régions de lhexagone élaborant leur protocole sur des données reconnues de la science.
Honneur aux chirurgiens vous découvrirez l'article de David Dejour, chirurgien orthopédiste lyonnais : il ne revient pas sur l'opposition TR/ IJ, ni sur l'intérêt d'une plastie réparant un ou les deux faisceaux du LCA, ni sur les avantages supposés de la navigation assistée par ordinateur. Il nous livre les résultats d'une enquête multicentrique présentée au congrès de la Société Française d'Arthroscopie en 2008 à Lyon. Cette étude devant permettre au chirurgien de faire le meilleur choix chirurgical selon les aspects cicatriciels du LCA vus en arthroscopie en les confrontant à la clinique : LCA rompu totalement ou partiellement, en posant la question fondamentale de la qualité mécanique du ligament restant. Le menu « à la carte » proposé par nos collègues chirurgiens ne peut que nous séduire dans ce souci d'économie du capital tendino-musculaire résiduel après prélèvement du greffon.
L'article de Pierre Portero et de Peter Mc Nair fait le point sur l'étude de l'extensibilité du muscle, propriété moins connue et évaluée que ne l'ont été la Force, la Puissance et l'Endurance : ceci prend ici toute son importance quand nos programmes de rééducation font une large part aux étirements tendino musculaires (streching)
Ces deux chercheurs nous livrent leur expérience scientifique de l'utilisation des dynamomètres isocinétiques dans la caractérisation des propriétés mécaniques passives du complexe tendon-muscle ; ces données doivent permettre de préciser les modalités de réalisation plus rigoureuse des étirements musculaires en favorisant leur sécurité d'application et leur réelle efficacité.
Les trois articles suivants rapportent des expériences pratiques de structures de MPR :
- tout d'abord celle de Patrick Middleton et de ses collaborateurs du centre des grands chênes à Bordeaux qui fait un état des lieux des principes de renforcement musculaire dans la période post opératoire initiale en rappelant les éléments qui doivent dicter l'élaboration des programmes dans une approche globale et progressive dans le temps en fonction du type de plastie utilisée.
- Puis celle de l'équipe de Jean Marcel Ferret et de Yannick Barthélémy auprès des sportifs compétiteurs lyonnais chez lesquels ils ont remarqué les conséquences souvent néfastes de la mise au repos « forcé » des IJ après plastie DIDT et proposent ainsi un protocole très codifié de sollicitation précoce et progressive des Fléchisseurs- rotateurs médiaux du genou opéré inspiré de celui mis en place par Stanish dans la prise en charge des lésions musculaires et tendineuses ; ce « plaidoyer pour une rééducation précoce des IJ » fait écho dix ans plus tard à celui de l'équipe niçoise autour de Gérard Boileau pour une rééducation accélérée du Quadriceps, déjà cité plus haut.
- Enfin celle de l'équipe du CERS de Capbreton autour de Pierre Puig, habituée à accompagner les sportifs de haut niveau jusqu'à leur retour sur le terrain ; Le CERS nous livre ici son expérience de plus de 20 ans dans la mise en place d'un programme de réentrainement physique intensif à distance de la chirurgie. Ces séjours de réathlétisation en centre de MPR permettent, après évaluation des déficiences résiduelles de proposer des exercices musculaires et proprioceptifs personnalisés adaptés aux capacités du genou opéré et qui faciliteront sa reprise d'activité sportive.
Nous terminerons par l'article d'Hubert Siney et moi-même qui rapportons les résultats d'une étude multicentrique prospective de comparabilité entre évaluation isocinétique et appréciation globale par un test fonctionnel ; nous verrons que le test isocinétique bien que ne présentant pas toujours un consensus dans ses modalités de réalisation (délai de réalisation, pertinence des paramètres retenus..) reste le gold standard de la méthode d'évaluation.
Nous espérons que cet aperçu de l'évolution des possibilités de renforcement musculaire après plastie du LCA viendra enrichir votre expérience personnelle et vous donnera l'occasion de passer de « l'evidence based medicine » à « l'evidence based practice » dans votre prise en charge des patients opérés d'une plastie de reconstruction du LCA.
Nous remercions les différends auteurs de leur participation à ce thème qui fait encore débat et sommes toujours à l'écoute de vos remarques et propositions.
En 2010 la lettre va poursuivre sa parution trimestrielle avec des sujets variés tels la pelvipérinéologie, les actualités dans la Sclérose en Plaques, l'équilibre et la posture ..qui devraient permettre d'actualiser vos connaissances dans tous les domaines de notre spécialité. Je terminerai en vous rappelant que la lettre est avant tout votre lettre et qu'elle s'enrichit de toutes les expériences dont vous nous faites part. Au nom de tout le bureau de l'ANMSR je remercie tous ceux qui ont contribué à la faire vivre en 2009 et qui le feront encore en 2010.
1- Condouret J, Cohn J, Ferret JM et al (2008) Evolution isocinétique à deux ans de ligamentoplasties du ligament croisé antérieur au tendon rotulien et aux ischio- jambiers. Revue de chirurgie orthopédique et réparatrice de l'appareil moteur 94 S, pp S 375- S 382
